Que peuvent faire l’État et les entreprises dans ce contexte de crise?

Publié le 2019-11-06 | lenouvelliste.com

Rock André et Marc Alain Boucicault ont analysé la situation des entreprises après 8 semaines de paralysie totale des activités. Invités à la matinale de Magik9, les deux économistes ont fait le point sur les entreprises touchées par la crise et évoqué des décisions qui doivent être prises pour redresser la situation. Pour Rock André, durant cette période de crise, les entreprises sont dans une situation alarmante. « Cette situation va en s’aggravant. À CEDEL-Haïti, nous sommes en contact avec plusieurs entreprises. Un grand nombre d'entre elles sont obligées de fermer leurs portes. D’autres mettent leurs employés en disponibilité. Certaines autres licencient leurs employés tout bonnement. Il y a une quatrième catégorie d’entreprises qui restent en stand by, attendant une amélioration de la situation afin de pouvoir reprendre les activités. La situation est préoccupante, sachant que les entreprises représentent le poumon de notre économie. Quand elles ne peuvent pas fonctionner, les recettes de l’État diminuent », fait-il remarquer. 

Pour sa part, Marc Alain Boucicault, P.D.G. de Banj, invite les entrepreneurs dont les entreprises ont été victimes à demander à un juge de faire un constat des dégâts pour avoir un document officiel et de procéder à un état des lieux. « J’encourage les responsables d’entreprises à porter plainte au niveau des instances concernées. Ce, en dépit du fait qu’on ignore ce qui peut en advenir », encourage-t-il.

Que peut faire une entreprise ayant des problèmes de cash-flow pour se re-capitaliser ? Rock André estime que cette option paraît difficile dans le contexte de la crise. « La recapitalisation d’une entreprise est un choix stratégique. Il faut avoir la certitude que le cash qui sera disponible va être utilisé à bon escient et peut entraîner des retours sur investissement. En ce qui a trait au contexte politique actuel qui est très incertain pour les entreprises, la recapitalisation paraît difficile. Il a des entreprises dont les chaînes d’approvisionnement sont suspendues à cause du blocage des routes. Certaines ne peuvent pas recevoir les intrants. D’autres ne peuvent pas écouler leurs produits. On ne pourra pas faire grand-chose avec le cash-flow dans cette situation », estime-t-il, suggérant aux entreprises de se préparer en espérant que la situation pourra s’améliorer. 

De son côté, Marc Alain Boucicault a mis l’emphase sur ce que peut faire l’État au profit des entreprises victimes. « L’État pourrait en tout premier lieu envoyer un message de sympathie aux entrepreneurs concernés. Cela leur fera sentir qu'il s’en préoccupe et veut supporter l’entrepreneuriat. De plus, l’État peut mettre sur pied un fonds de recapitalisation des entreprises victimes dans cette crise et aussi lors des crises précédentes. L’État a des moyens pour cela. Les entreprises formelles ayant des rapports avec la DGI peuvent acheminer un rapport afin d’obtenir de la DGI une subvention de taxes, comme c’est prévu », suggère-t-il. 

Plus loin, Boucicault conseille aux banques de montrer qu’elles sont proches des entrepreneurs en discutant avec eux des échéances de paiement des dettes. L’économiste admet qu’il n’y a pas de solution toute faite dans ce contexte de crise. Le numéro un de Banj, invite tous les secteurs au dialogue afin de trouver des pistes de solutions. « Les discussions doivent aller au-delà de la crise », préconise-t-il. 

Plus loin, les deux experts ont fait un appel à la protection des petites et moyennes entreprises dans le pays. « Selon les prévisions, le taux de croissance sera inférieur à 1%. Cela dit, avec moins de richesses créées, il y aura plus de pauvreté. L’État ne peut pas donner du travail à tout le monde. On avoisine des déficits publics autour de 3%. Si l'on continue à s’en prendre aux entreprises, on conduit le pays dans une situation difficile avec un taux de change galopant, une inflation excessive et une flambée des prix. Quel que soit l'issue de la crise, nous aurons une économie à genoux avec moins d’emplois et moins de richesses », estiment-t-il.



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