Semence de qualité, l’une des principales échardes aux pieds des agriculteurs

L’État haïtien dispose de 43 fermes agricoles. Ces fermes quand elles fonctionnent s’occupent de la production de semences de qualité des principales denrées produites dans le pays. Depuis plusieurs années, la grande ne fonctionne pas. Ce qui sous-tend que les semences utilisées par les agriculteurs ne sont pas de qualité. Participant à l’émission Allo Agro de la PROMODEV présentée par l’agronome Talot Bertrand,  l’agronome Jude Pierre-Marie Basquiat, ancien responsable du Service national semencier du ministère de l’Agriculture, a critiqué la politique de l’État haïtien dans la production de semences.

Publié le 2019-10-24 | Le Nouvelliste

Dédiant une grande partie de sa vie au service de l’agriculture notamment à la production de semences, l’agronome Jude Pierre-Marie Basquiat affirme qu’il est inconcevable que les paysans n’aient toujours pas accès aux semences de qualité. Rien que cinq des quarante-trois fermes agricoles de l’État, soutient le responsable, sont en état de fonctionnement, citant entre autres les fermes de Lévy dans le Sud, de Mauger dans l’Artibonite et de Savane-Zombie dans le Sud-Est. Il déplore que les millions décaissés pour l’achat de semences à chaque campagne agricole ne soient pas bien dépensés.

Pour l'immense majorité des acteurs évoluant dans le secteur agricole, l’une des causes du faible rendement agricole réside dans des semences non certifiées. En fait, les semences de qualité ont été identifiées comme l'un des intrants permettant d'intensifier la production agricole. Le secteur semencier en Haïti, dit-on, est encore peu structuré et organisé, peu performant et ne répond pas à la demande. Ce n’est pas un agronome qui a servi le secteur semencier pendant plusieurs années à un poste de direction qui dira le contraire. « En Haïti, rares sont les producteurs qui ont accès à des semences », soutient l’agronome qui ajoute que ce sont les grains récoltés qui sont souvent utilisés comme semences.

Très peu de compagnies sont impliquées dans la production de semences. Les centaines de producteurs de semences artisanales formés avec le support de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), poursuit l’agronome, n’ont pas les moyens de leur politique. Après une ou deux récoltes, explique-t-il, il faut de nouvelles semences. La multiplication de semences ne peut être transférée à des paysans aux mains nues produisant sur des petites parcelles ne dépassant pas un quart d'hectare et attendant la pluie.  Donc, il faut des fermes de production pour leur fournir des semences de qualité.

Ces structures sont les meilleurs sites de production de semences de base. Jude Pierre- Marie Basquiat croit que les semences commerciales, par contre, peuvent être produites par des structures moins bien isolées. Ce qui est surtout frustrant pour le technicien, c’est que des fonds sont décaissés périodiquement pour la production de semences. Au cours de ces dernières années, ces fonds, de l’avis de l’agronome Basquiat, sont gérés par un réseau comportant des cadres des ministères des Finances, de la Planification et de l’Agriculture. « Des grains sont achetés sur le marché reconvertis en semences », déplore-t-il.

Cette situation est rendue possible, car les autorités qui se sont succédé à la tête du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural ne défendent pas les intérêts du secteur. Le technicien de 61 ans se félicite d’avoir contribué au devenir de la ferme de Savane-Zombie. Pour le moment, c’est l’une des rares fermes encore en fonction qui produit des semences de haricot et de pomme de terre. Au départ, l’objectif principal de cette structure étatique était de rendre le pays autosuffisant dans la production de semences de pomme de terre. Ce n’est pas encore possible, mais l’agronome se réjouit du fait que cette ferme est encore en fonction et que c’est l’un de ces anciens collaborateurs qui en a le contrôle.

La ferme de Savane-Zombie montre que le résultat ne dépend pas vraiment de grands moyens. Les matériels sont fonctionnels et la terre est disponible. Ce sont là, dit-il, les deux conditions indispensables pour une ferme. Mais, reconnaît-il, la situation est très compliquée dans certains endroits. Jude Pierre-Marie Basquiat a pris l’exemple de la communauté du village Espoir à Saint-Michel de l’Attalaye où la volonté de produire était là jusqu’à ce que des politiciens décident d’intimider les responsables. Cette intimidation se fait par des chimères qui sont à la solde de parlementaires, dans l’indifférence la plus totale du haut management de Damien. « Les ministres, les directeurs généraux n’agissent pas et de fait ne peuvent pas agir, car ils ont le même patron que ces chimères », regrette l’agronome soulignant que ce sont des parlementaires qui sont les patrons de ces deux groupes et sont les principaux responsables de cet état de fait.

Jose Flecher
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