Crise politique

Jovenel Moïse tente de reprendre la main à la veille d’une nouvelle manifestation de l’opposition

Petit bain de foule à Pétion-Ville, des séances de travail au Palais national mardi et jeudi…Sorti des radars depuis plus d’un mois, le président de la République tente de rassurer les esprits sur son absence très remarquée. Le Premier ministre démissionnaire Jean-Michel Lapin, qui a fait savoir au Nouvelliste que Jovenel Moïse est bien là et au travail, s’est félicité de la reprise des activités à Port-au-Prince et des zones avoisinantes après environ trois semaines de paralysie totale du pays.

Publié le 2019-10-03 | lenouvelliste.com

Où est passé le président Jovenel Moïse ? « Il était à pied ce jeudi dans les rues de Pétion-Ville pour un bain de foule », a répondu au Nouvelliste un proche du chef de l’État. « Le président est allé saluer des gens à la rue Panaméricaine et c’était une action spontanée du président qui sortait de chez lui ce matin pour se rendre au Palais national… », a-t-il précisé.

« Le président et moi, nous travaillons tous les jours. Il était à son bureau mardi au Palais national et nous avons travaillé sur les instructions relatives à la formation des cellules d’action gouvernementale. Ce jeudi encore, le chef de l'État était à son bureau au Palais et a reçu les lettres de créances de la nouvelle ambassadrice de l’Union européenne. Ce jeudi aussi, il a rendu visite à des victimes dans la commune de Pétion-Ville », a déclaré au Nouvelliste le Premier ministre démissionnaire, Jean-Michel Lapin confirmant la vidéo qui circule sur les réseaux sociaux montrant Jovenel Moïse et son épouse dans une rue à Pétion-Ville ce jeudi 3 octobre. C’est sa première apparition publique depuis environ deux mois.

« J’ai reçu, au Palais national, le jeudi 3 octobre 2019, les lettres de créances de Madame Sylvie Tabesse, nouvelle ambassadrice de l'Union européenne en Haïti. Cette cérémonie est un acte de raffermissement des relations déjà excellentes entre Haïti et l’Union européenne », a écrit le chef de l’État sur son compte Twitter.

Jean-Michel Lapin, dans cette interview au Nouvelliste, a fait savoir qu’à aucun moment lors du Conseil des ministres spécial de lundi dernier, le président n’avait  appelé au téléphone pour passer des instructions. Selon lui, Jovenel Moïse, qui devrait effectivement présider ce Conseil des ministres, avait au même moment une autre rencontre avec des membres de la communauté internationale dans le pays. Lapin dit avoir été mandaté à ce moment-là par le président pour présider le Conseil des ministres.

Selon M. Lapin, le Conseil des ministres ne pouvait pas être reporté parce qu’il y avait des décisions importantes à prendre ce 30 septembre qui marquait la fin de l’exercice fiscal.

« À aucun moment pendant le Conseil des ministres que j’ai présidé, le président ne m’avait appelé au téléphone », a déclaré Jean-Michel Lapin pour rejeter les informations du secrétaire d’État à la Communication qui avait fait savoir au Nouvelliste que Jovenel Moïse avait appelé au téléphone pendant le Conseil pour passer des instructions.

Après trois semaines de paralysie, les activités économiques ont repris quasiment un partout dans l’aire métropolitaine ce jeudi 3 octobre.  « Nous avons priorisé l’axe sécuritaire, la sérénité et la paix. Nous le faisons avec beaucoup de précautions et de technicité… », a déclaré Jean-Michel Lapin qui se félicite de la reprise des activités.

Le chef du Conseil supérieur de la police nationale (CSPN) a toutefois dénoncé des provocations dont sont l’objet les policiers sur le terrain.

Si les activités tendent à reprendre leur cours normal ces deux derniers jours, Jean-Michel Lapin se dit conscient que le problème n’est pas encore résolu. « C’est dans le dialogue qu’on arrivera à résoudre les problèmes. Un dialogue social, économique et politique », a-t-il prôné.

Le Premier ministre démissionnaire veut maintenant voir les élèves retourner à l’école. « Je lance un appel à la société : le changement de système que nous demandons aura besoin des ressources humaines. Encourageons les enfants à retourner à l’école afin d’avoir une autre génération qui peut donner dans 25 ans un autre Jean-Michel Lapin, un autre grand orateur et avocat comme André Michel… », a-t-il avancé, appelant les acteurs au dialogue pour régler les différends.

Par ailleurs, alors que les produits pétroliers ne sont pas disponibles dans certaines pompes à essence à Port-au-Prince et dans les villes de province, Jean-Michel Lapin a fait savoir que le carburant est disponible sur le territoire mais les mouvements de protestation de ces dernières semaines ont empêché sa distribution. « Des dispositions de sécurité ont été prises pour faciliter la livraison de l’essence dans toutes les villes de province et à Port-au-Prince », a-t-il dit.

Pour le porte-parole du Secteur démocratique et populaire, même si une reprise des activités a été constatée ces deux derniers jours, il n’y a pas d’affaiblissement dans le mouvement de protestation de l’opposition. « Évidemment, il fallait, intelligemment, permettre à la population de respirer. C’est très important puisque nous ne sommes pas en guerre contre la population qui est notre associée dans cette bataille politique. Il n’y a pas d’affaiblissement du mouvement populaire », a soutenu Me André Michel.

Il a annoncé pour ce vendredi 4 octobre « une grande journée de mobilisation à l’échelle nationale pour continuer de créer les conditions des rapports de force politique indispensables à la démission de Jovenel Moïse, la réalisation du procès PetroCaribe et l’organisation de la conférence nationale haïtienne souveraine. Dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, une gigantesque manifestation partira de plusieurs branches pour prendre fin devant le local des Nations unies, question de faire comprendre à la communauté internationale regroupée au sein du Core Group qu’elle ne peut plus continuer à supporter un président rejeté par son peuple », a déclaré Me Michel.



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