Une séance de ratification sous haute surveillance, l’opposition exige la démission de Carl Murat Cantave

Publié le 2019-09-23 | Le Nouvelliste

Le président du Sénat Carl Murat Cantave veut utiliser les grands moyens afin de réaliser la séance de ratification de l’énoncé de politique générale du Premier ministre nommé Fritz William Michel. À cet effet, des correspondances ont été acheminées à Jean Michel Lapin, premier ministre ai, également chef du CSPN, et au ministre de la Justice et de la Sécurité publique Jean Roody Aly. Dans une première correspondance, Carl Murat Cantave réclame la présence des policiers à l’intérieur du Parlement. « Le bureau du Sénat vous demande, en vertu de l’article 140.2 du règlement intérieur du sénat, de passer des instructions au directeur général de la police nationale pour qu’il sécurise l’aire intérieure du Parlement à l’occasion de la séance de ratification du Premier ministre nommé Fritz William Michel », peut-on lire dans cette correspondance.

Carl Murat Cantave ajoute qu’aucun agent de sécurité parlementaire ne sera en la circonstance habilité à travailler dans l’espace de la cour intérieure qui doit être exclusivement prise en charge par des agents de la police nationale. « Il demeure entendu que chaque sénateur ne peut se faire accompagner à l’entrée du Parlement que des deux policiers en uniforme qui sont affectés à son service en plus de son chauffeur pour des raisons sécuritaires. Seul le portail du ministère de la Défense servira de porte d’entrée aux sénateurs, les journalistes et le personnel », a-t-il fait savoir. 

Soulignant que la séance sera retransmise en direct, ce pour obéir aux exigences de la Constitution qui veut que les séances soient publiques, Carl Murat Cantave annonce « qu’aucun autre civil que le personnel dûment accompagné d’un laisser-passer ne sera habilité à entrer dans l’enceinte de la cour intérieure du sénat ». « Le bureau vous sera gré de bien vouloir transmettre à la direction générale de la PNH la liste en annexe des employés du Sénat et des journalistes qui seront habilités à avoir accès au Sénat », recommande-t-il.

Le président du Sénat a également demandé des policiers à l’extérieur du Parlement ce lundi. « Le bureau du Sénat vous demande de passer des instructions au directeur général de la police nationale afin de sécuriser le périmètre extérieur immédiat du Parlement à l’occasion de la séance de ratification du Premier ministre nommé Fritz William Michel », a-t-il écrit dans une seconde correspondance adressée à Jean Michel Lapin. Le président du Sénat a également indiqué que chaque sénateur ne peut se faire accompagner que d’un chauffeur et de deux policiers en uniforme. Ce, avance-t-il, « pour éviter la réédition des événements malheureux qui se sont produits au Sénat de la République, le mercredi 11 septembre dernier, où la vie des sénateurs et du personnel a été fortement menacée ».

En plus des policiers à l’intérieur et à l’extérieur du Parlement, Carl Murat Cantave veut aussi des substituts commissaires et des juges de paix toujours dans le cadre de cette séance. Une correspondance a été adressée au ministre de la Justice Jean Roody Aly en ce sens. « Le bureau du Sénat vous demande de passer des instructions au parquet de Port-au-Prince afin de mobiliser à son service trois substituts commissaires et trois juges de paix le lundi 23 septembre à partir de 8h a.m. à l’occasion de la séance de ratification du Premier ministre nommé Fritz William Michel au cas où il y aurait flagrance, et ce pour éviter la répétition des actes de vandalisme sur les meubles et immeubles du Parlement, comme ce fut le cas le mercredi 11 septembre dernier. Ils n’auront accès au Sénat que si le besoin se fait sentir », souligne-t-il.

Si Carl Murat Cantave utilise les grands moyens pour réaliser cette séance, son leadership est toutefois contesté au bureau du grand Corps. Les sénateurs Sorel Jacinthe, Nènel Cassy et Ricard Pierre lui ont adressé une correspondance dans laquelle ils lui demandent de surseoir à la séance de ratification de Fritz William Michel. « Cette démarche fait suite à la lettre de l’opposition institutionnelle qui vous a été adressée le 16 septembre par laquelle elle vous avait demandé d’œuvrer à l’exécution des points suivants : la tenue d’une conférence des présidents afin de poser et de résoudre les problèmes qui entravent le bon fonctionnement du Sénat, la mise en place d’une commission chargée d’enquêter sur les scandales de corruption, notamment celui impliquant le Premier ministre nommé Fritz William Michel, l’acheminement du rapport de la Cour des comptes déposé au Sénat depuis plusieurs mois et le dossier DERMALOG par devant la juridiction compétente », écrivent-t-ils.

Plus loin, ces sénateurs de l’opposition disent constater avec beaucoup de regrets l’incapacité du président Cantave pour créer et maintenir l’harmonie entre les différents groupes composant l’assemblée des sages. « Depuis votre arrivée à la tête du Sénat, vous vous êtes comporté en défenseur du pouvoir exécutif au détriment des intérêts supérieurs de la nation. De plus, vous avez publiquement affirmé et assumé détenir un ministre au sein du gouvernement pour lequel vous vous apprêtez à diriger une séance de ratification de politique générale. Cela vous met en porte-à-faux avec les grands principes de la séparation des pouvoirs de l’État. Fort de ce qui précède, les sénateurs de l’opposition, au nom de la morale républicaine et de l’éthique institutionnelle, se voient dans l’obligation de réclamer votre démission en tant que président du Grand Corps », exigent-ils.

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