Consommation/Energie

Des économistes divisés sur l'avenir de la subvention du carburant

Publié le 2019-09-03 | Le Nouvelliste

A l’heure où le pays est confronté une fois de plus à une pénurie de carburant dans les différentes stations de pompe à essence, la question relative au maintien de la subvention du carburant continue d'agiter les débats. Si certains économistes appellent à l’élimination de la subvention du carburant par l’État, ils reconnaissent neanmoins  que le problème est beaucoup plus complexe et recommandent aux autorités d’êtres prudents, au regard des émeutes de juillet 2018.Tandis que d'autres sont d'avis que la subvention soit maintenue.

Pour l’économiste Eddy Labossière, contacté par le journal, c’est une exigence pour l’État d’éliminer la subvention. Cette dernière « ne touche pas réellement les vrais bénéficiaires », souligne-t-il. Une idée également reprise par Enomy Germain qui déclare « qu’il est nécessaire de lever ces subventions » tout en reconnaissant que le moment est inopportun. « Comment lever les subventions pour faire verser le juste prix quand le pouvoir d'achat de cette population ne cesse d'être érodé par l'inflation. Comment prendre une telle décision dans un contexte difficile de réouverture des classes ? ». À cela, Eddy Labossière suggère de cibler les pauvres, avant ou pendant l’arrêt de la subvention. L’essentiel est d’arrêter la subvention, même s’il se dit conscient de la faible capacité de l’État. L’économiste a aussi enjoint les autorités de fixer un ratio pour les compagnies pétrolières afin de limiter les prix.

Abondant dans le même sens, Etzer Émile appelle à une réorientation de la subvention. Intervenant à la rubrique Le Point de la radio télé Métropole, la semaine écoulée, l’économiste estime que l’État n’a plus les reins pour supporter cette subvention. À en croire Etzer Émile, cette astuce pourra soulager la population qui se trouve aux abois.   

Thomas Lalime, pour sa part, estime que « les considérations d’ordre économique pourraient justifier une augmentation des prix à la pompe ». Sur chaque gallon de gasoil vendu à la pompe, l’État haïtien doit rembourser 82.75 gourdes aux importateurs pour pouvoir garder le prix à la pompe à 179 gourdes tel qu’il est. N’était la subvention, le consommateur devrait verser 261,75 gourdes pour chaque gallon. Sur chaque gallon de gazoline vendu, la subvention s’élève à 70.15 gourdes afin de maintenir le prix à 224 gourdes contre le prix réel de 294.51 gourdes, fait remarquer Thomas Lalime. L’essence qui permettait au Trésor public de rentrer de l’argent par le passé est aujourd’hui source de déficits budgétaires dans un contexte où les recettes fiscales sont en baisse. Cette situation, faut-il le rappeler est due en grande partie à la mauvaise gestion des autorités, du gaspillage du fonds PetroCaribe. Toutefois, Thomas Lalime admet que « le coût politique voire économique serait plus faible si l’on garde les prix à la pompe inchangés, particulièrement à la veille de la rentrée des classes ».

L’économiste Fritz Alphonse Jean, tout comme son confrère Riphard Sérant, logent à l’enseigne de ceux qui sont pour la poursuite de la subvention du carburant par l’État haïtien. Dans une entrevue accordée au quotidien Le Nouvelliste, Fritz Alphonse Jean a fait valoir que la population ne peut pas faire les frais de la mauvaise gestion de l’État. Il revient aux autorités de trouver des fonds pour son bon fonctionnement, les citoyens qui sont de plus en plus démunis ne peuvent être pénalisés. Selon l'ancien gouverneur de la Banque centrale, les autorités doivent davantage travailler sur leur crédibilité car aux yeux de la population, elles ne l’inspirent pas. Et seulement après,  on pourra envisager «  une suspension de la subvention pas seulement au niveau du carburant mais dans tous les domaines. », martèle Fritz A. Jean.

Ainsi , Haïti se retrouve dans un véritable drame cornélien. Avec un taux d’inflation jamais égalé, soit de 19.1 % en juillet, il parait évident qu’augmenter les prix des produits pétroliers dans ce contexte, c’est assené un coup de massue à la population. Dans la même veine, l’État haïtien est à bout de souffle. Il doit disposer d’un montant de 20 millions de dollars pour rembourser aux compagnies pétrolières, soit une moyenne de 240 millions de dollars sur l’année. Un coût que le gouvernement ne peut plus supporter avec un taux de change de 94 gourdes pour 1 dollar. Depuis la fin de la manne du programme PetroCaribe, les caisses de l’État sont pratiquement vides, pour parodier un ancien président.

Martine Isaac
Auteur
Ses derniers articles

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".