Pour une société haïtienne soucieuse de sa jeunesse

Publié le 2019-09-05 | Le Nouvelliste

Le lundi 12 août 2019 marquait les vingt ans de la Journée internationale de la jeunesse, décrétée, en 1999, par l’ONU. Quel regard portons-nous sur nos jeunes ? Un regard de vieux, évidemment ! Déjà, les goûts et les priorités diffèrent, la nouvelle génération s’invente de nouveaux rituels et de nouvelles lignes d’orientation. Mais le plus déroutant, pour les gens de ma génération, c’est la perte de l’exclusivité d’influence. La culture intranationale n’est plus la source principale d’inspiration. La famille n’est plus le château fort de la société. Elle est fissurée. Elle se cherche, se décompose et se recompose. Chez les moins fortunés, les jeunes plutôt les filles, chefs de famille, malgré elles, leur Rabòday que nous méprisons, l’ont exprimé dans ( Madan Papa). Les jeunes sont connectés au monde, ils le portent dans la paume de leur main, avec un téléphone, une tablette. En un clic, ils se retrouvent à Milan dans un fashion show, si ce n’est pas dans un blog avec des jeunes de Madagascar.

Le monde n’est plus figé, il s’est rapetissé et se réfugie derrière des écrans d’appareils électroniques. La coiffure, le style vestimentaire, les goûts musicaux sont pluriels. Les jeunes sont non seulement différents de nous, mais également différents entre eux. En somme, en plus de la culture nationale, l’universalisation des moyens de communication permet aux jeunes l’accessibilité à différents courants mondiaux qui leur permet de forger leur identité. Nombreux sont les adultes qui se font une représentation stéréotypée des jeunes leur attribuant des défauts qui ne s’adressent qu’à une minorité d’entre eux. Cette diversité d’options devrait pousser les éducateurs, les tuteurs et parents à être plus inventifs et attrayants dans leur offre. Car il revient aux adultes de préparer et de proposer le patrimoine à la jeunesse. D’abord, nous devrions être inspirants, sans être arrogant.

Proposons, sans imposer ! Éduquons sans contraindre. Vous n’êtes pas en train de programmer un clone, mais de former un individu autonome. La responsabilité d’accompagnement de l’adulte vis-à-vis de la génération montante demeure une tâche qui ne changera probablement jamais. C’est la divine alliance qui permet la continuation. N’affirme-t-on pas qu’il n’existe pas de génération spontanée ? Investissons dans nos jeunes et présentons-leur le patrimoine, non pas comme un fardeau à traîner mais comme une richesse à partager entre nous et avec le monde qui nous entoure.

Nos danses, notre diversité musicale, notre cuisine sont autant de vecteurs de richesses pouvant s’avérer une source de subsistance, d’identité et un stimulant du développement national. Nous les aînés, nous composons à la fois le présent et le passé. Les jeunes sont ancrés dans le présent tournés vers le futur qui est incertain pour nous. C’est pour cela que j’exprime des réticences avec le concept de culture présenté comme un héritage. D’ailleurs, un héritage est un legs post mortem. Or, c’est ici et maintenant que nous transmettons le patrimoine aux jeunes. Dans une complexe édification permanente qui transforme cette même culture aux contacts générationnels. La transmission s’opère si naturellement que nous ne nous n'en rendons même pas compte. On ne sait ni quand on vient au monde ni quand on le quitte. Les transformations culturelles suivent le même courant. C’est le tango générationnel !

Rien ne s’est jamais arrêté, depuis Adam et Eve ! Entropie et Néguentropie. De temps à autre, nous observons des ralentissements ou des accélérations, mais la vie continue à avancer telle une bicyclette en tandem des générations. C’est le spectacle de la vie qui passe. La terre en est la scène. Dieu, dans les gradins du ciel, doit bien rigoler. Mettre les générations l’une en face de l’autre ou les comparer est complètement absurde. Les générations ne se comparent pas.

Chaque époque a ses défis et ses promesses. La technologie, l’accès à l’information, les régimes politiques, les rapports au travail, l’organisation des loisirs, l’ordre mondial figurent parmi les variables qui marquent la destinée des générations. La cohabitation est une responsabilité partagée. Jeunes et vieux doivent la ménager. Déjà que notre société haïtienne est déchirée par une violente lutte de classes, évitons la guerre suicidaire des générations. Ne leur barrons pas la route, en politique, dans les conseils d’administration, dans les associations. Les jeunes sont notre avenir. En plus, ils nous aident à rester dans le présent. Permettons aux jeunes de devenir.

Aly Acacia
Auteur
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