Asphyxie du crédit pour stabiliser la gourde, la BRH explique et défend ses choix…

Publié le 2019-08-05 | Le Nouvelliste

« Les décisions de politique monétaire sont prises en fonction de la conjoncture et des objectifs poursuivis en ce qui a trait à la stabilité des prix et du taux de change. Toute dépréciation de la gourde se transmet automatiquement à l’inflation en raison de la forte pondération des produits importés dans l’indice des prix à la consommation haïtien (IPC) », a confié au journal le gouverneur de la BRH, Jean Baden Dubois, interrogé par le journal sur l’effet d’entraînement provoqué par la hausse des taux d’intérêt sur les bons BRH passant à 10%, 14% et 22% sur les maturités de 7, 28 et 91 jours, respectivement contre 6%, 8% et 12% auparavant.

« L’inflation est un indicateur qui mesure la dégradation du pouvoir d’achat des ménages. Elle est positivement corrélée à la pauvreté. Les récentes mesures adoptées par la BRH concernant notamment la hausse des taux directeurs ont été prises dans un contexte marqué par : a) une hausse importante de dépréciation de la gourde dépassant les 30 % du début de l’exercice; la forte volatilité du taux de change est en grande partie imputable à ce que les économistes appellent les bruits, c’est-à-dire  des facteurs extraéconomiques qui ne dépendent pas de la BRH, mais qui ont des impacts sur le taux de change et la stabilité des prix.  C’est le cas, par exemple, des événements des 6 et 7 juillet 2018, du 17 octobre et du 18 novembre 2019, des incertitudes et troubles sociopolitiques qui sapent en général la confiance des agents en alimentant les anticipations de dépréciation qui deviennent autoentretenues. Ces dernières induisent une demande de dollars non transactionnelle à des fins de précaution et de spéculation ;

b)  une inflation ayant gagné près de 7 points de pourcentage, seulement en un an, pour atteindre 18,6 % en juin 2019. Cette évolution est principalement attribuable aux effets rémanents du financement monétaire historiquement élevé, enregistré en 2017-2018 et à la dépréciation de la gourde ; c) une instabilité sociopolitique non favorable à l’investissement (risque de plus en plus grand pour les entreprises locales de garantir la rentabilité). Conformément à sa mission fondamentale (stabilité des prix) et compte tenu des préoccupations concernant les situations inflationnistes et de change, la BRH a décidé de resserrer davantage les conditions monétaires », a longuement expliqué le gouverneur Jean Baden Dubois

« Les interventions de la BRH se font selon le contexte défini par l’environnement sociopolitique et économique et les signaux que traduisent les indicateurs macroéconomiques :  a) Dans une situation de stabilité sociopolitique favorable à une demande de crédit, particulièrement aux secteurs productifs de l’économie, la BRH aurait adopté un autre type de stratégie (baisse de taux d’intérêt, ou réserves obligatoires) puisqu’elle est toujours favorable à une croissance. Malheureusement, en raison de certains freins structurels à la production, plus de 65% du crédit est lié aux importations. Étant donné que ces importations sont constituées majoritairement de biens de consommation, non porteurs de croissance, la plupart des nouveaux crédits ne font qu’exacerber le déficit commercial et dégrader le cadre macroéconomique » , a-t-il indiqué au journal

« b) La Banque centrale, a poursuivi Jean Baden Dubois, à travers ses mécanismes financiers incitatifs, accorde cependant une attention particulière aux secteurs productifs de l’économie. Elle le fait en favorisant l’octroi de crédits à des taux très abordables et en supportant des initiatives qui visent à mitiger les contraintes structurelles à la production et à l’investissement, qui ne dépendent pas de la politique monétaire. Dans le cas du secteur agricole par exemple, la principale contrainte liée à ce secteur réside dans le niveau élevé de risques liés aux climatiques et autres aléas naturels. C’est dans ce contexte qu’en plus de la circulaire 113, la banque centrale travaille avec le Fonds de développement industriel et certains partenaires internationaux à la mise en place d’un fonds de garantie partielle des crédits et d’un fonds d’assurance- récolte pour le secteur agricole ».

« Une sortie de la crise socio-politique est indispensable a une redynamisation des activités économiques et le plein effet des mesures de politique monétaire. Les mesures de la BRH ont permis, en dépit de tout, d’atténuer la dépréciation continue de la monnaie nationale et de limiter l’ampleur des effets néfastes dans un environnement marqué par les chocs naturels (sécheresse dans plusieurs zones de production agricole)  et les difficultés dans la circulation des personnes et des biens, facteurs déterminants dans l’augmentation des prix des biens, et services »,a –t-il indiqué

« Ces mesures, a souligné Jean Baden Dubois, ont pris effet le 3 juin 2019. Avant cette date, soit du 1er avril au 3 juin, la gourde a perdu près de 12 % de sa valeur externe face au dollar américain. Subséquemment, du 4 juin au 31 juillet 2019, elle est restée relativement stable,  enregistrant une faible dépréciation proche de 0%.»

« Sur la base des résultats obtenus jusqu’à maintenant, la banque centrale rappelle le caractère conjoncturel des mesures prises. Elle adaptera sa posture suivant l’évolution de la conjoncture socioéconomique.  Le protocole signé entre la BRH et le ministère de l’Economie et des Finances a permis de contenir le financement monétaire, base caisse, autour de 2 milliards de gourdes au 31 juillet 2019 suivant les données disponibles à aujourd'hui. Tout compte fait, la politique monétaire n’est qu’un volet de la politique économique et par conséquent est grandement tributaire des autres politiques publiques », a-t-il affirmé.

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