Samuel Suffren, une vie de funambule

C’est en empruntant le chemin qu’il a mille fois contourné que le réalisateur haïtien, Samuel Suffren, a trouvé sa vocation. De la photographie en passant par le graphisme jusqu’à la réalisation, Suffren est un professionnel polyvalent qui jongle dans les domaines du visuel et de l’image. Invité en France par les organisateurs du festival Africajarc, qui s’est tenu du 18 au 21 juillet 2019, avec son court-métrage: « Survivre », le jeune réalisateur a pu se tailler une place dans le jury officiel des courts métrages en compétion pour cette année. Entre ici et ailleurs, c’est un nouveau chapitre qui s'ouvre pour ce passionné de l'image.

Publié le 2019-08-05 | lenouvelliste.com

Inspiré du poème de Jacques Roche - journaliste haïtien retrouvé mort le 14 juillet 2005 à Delmas -, « Survivre » de Samuel Suffren est un court métrage d’une durée de cinq minutes qui met en évidence les possibles contrastes de la liberté d’expression par une parole poétique. Sélectionné dans plusieurs festivals, notamment le festival Vue d’Afrique à Montréal et le festival Africajarc consacré essentiellement aux œuvres africaines, cette année, explique Samuel, « le festival voulait faire un focus sur Haïti et avait sélectionné quatre films haïtiens qui faisaient écho à la poésie ». Il s’agit de : « Kafou » de Bruno Mural, « Tezen » de Cherlie Bruno, « Ayiti mon amour » de Guetty Felin et « Survivre ». 

Comme ce titre évocateur: « Survivre », Samuel Suffren s’inspire de son quotidien sans patauger dans des idées toutes faites. Il explore, certes, un champ qu’on traite en parent pauvre en Haïti, mais ce n’est pas la première ni la dernière fois que le réalisateur sillonne le monde cinématographique et donne à voir au public sa vision des choses. « Bon voyage », court métrage d’une durée de quatre minutes tourné dans la capitale parisienne, donne voix à une jeune femme qui présente les subtilités de deux mondes différents. Mettant sous les feux des projecteurs la comédienne Sachercnka Annacassis dans le rôle d’une jeune fille qui vient d’arriver à Paris et qui s’égare dans un univers autre que le sien, c’est une histoire vraie et courante sur la violence sexuelle des femmes en voyage qui est mis en avant.

Sur cette même lancée, c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre à d’autres perspectives. En effet, à la Résidence Soleil qui loge des bâtiments privés à Lafleur Ducheine, un groupe de jeunes gens, sous la coordination de Samuel Suffren, tente de pallier l’absence des dispositifs cinématographiques par leur désir de repousser des limites. À l’initiative d’un club de cinéma, LeKit club, mis en place le 28 mai dernier, tous les dimanches après-midi des amateurs du septième art se retrouvent dans un petit studio à Lafleur Ducheine entre 19h à 21 h pour partager un moment exquis. Ils sont réunis pour visionner des films de tous genres qui font appel, d’après l’initiateur de ce projet, à la curiosité de tous, et en particulier des cinéphiles capables de proposer d’autres façons d’approcher le septième art que l’écrivain Jean Cocteau appelait : l’art de la lumière. « Ces projections, affirme le fondateur de LeKit, ont été proposées en vue d’éveiller l’esprit des critiques et le regard des scénaristes, cinéastes et cinéphiles en Haïti.  Chaque dimanche, un film est projeté au cinéclub. Le choix porte sur des œuvres qui ont marqué le cinéma et que nous estimons qu’il est important de regarder, ou sur des films d’auteurs qui ne sont pas connus, mais qui méritent d’être analysé. Aujourd’hui, nous comptons déjà plus de 8 séances de projections. »

L'idée de créer un espace d’échanges pour les jeunes et toute personne passionnée par le cinéma n’est pas seulement portée par le photographe-réalisateur. À l’origine, l'nitiative a été prise par Suffren.  Mais il ne fait pas cavalier seul. « Le projet a été bien accueilli », lance celui-ci avec entrain. « On ne s’y attendait pas ! Très prochainement le ciné-club sera hébergé dans un centre culturel de Port-au-Prince. »  Arborant un large sourire dans son studio de travail, Suffren confie « qu’un ensemble de jeunes passionnés de cinéma ont décidé de s’aventurer dans ce projet afin d’approcher ou de pallier certains problèmes auxquels fait face cette industrie en Haïti ».

 Aussi des espoirs et des rêves alimentent la réalité de ces jeunes qui semble, au premier abord, incertaine et frivole. Pour pérenniser cette action, l’équipe espère que ce projet pourra vraiment aider les gens à regarder les films autrement et avoir des retombés sur la création des films haïtiens d’aujourd’hui.

Outre le club de cinéma, un laboratoire de scénario sera lancé très prochainement pour pouvoir accompagner les auteurs et réalisateurs dans leurs projets d’écritures. « On souhaite faire bouger les choses. On veut garder l’espoir », conclut avec véhémence Samuel Suffren qui a embrassé le cinéma en voulant perpétuer la volonté de se battre contre les moulins à vent dans un pays qui ne possède pas une salle de cinéma, de théâtre ou un espace aménagé pour les spectacles vivants ou artistiques.



Réagir à cet article