Il y a un an, les émeutes de juillet

Publié le 2019-07-05 | Le Nouvelliste

Le 5 juillet 2018 le pays s’était endormi en paix.

En ce temps-là, on attendait que les promesses du président Jovenel Moïse portent des fruits. L’électricité 24/24 heures sur tout le pays. La caravane du changement. Les routes et autres visions.

L’alerte de mars était oubliée. Le premier de ce mois, sans prendre les précautions d’usage, le gouvernement avait lancé le pays dans la dédollarisation. La gourde n’a pas cessé depuis de perdre de sa valeur. Le 5 juillet 2018, peu de gens s’en inquiétaient et tout le monde croyait que cette expérience malheureuse avait laissé des traces chez nos responsables.

Le 6 juillet 2018, à nos dépens, on a compris qu’il n’en était rien. Non seulement l’administration Moïse-Lafontant allait mal introduire une augmentation des prix des produits pétroliers, mais les pourcentages appliqués aux hausses des prix permirent à tous de constater qu’elle n’avait ni appris de la dédollarisation ni bien lu la situation économique du pays.

On connaît la suite.

Douze mois de turbulences et l’irruption en Haïti, pour la première fois comme revendication politique, de l’exigence de la lutte contre la corruption.

Là encore, faut-il le rappeler, le président Jovenel Moïse a amorcé tout seul la bombe qui éclabousse toute sa présidence. N’est-ce pas le président fraîchement élu qui avait dit que le pays a cinq problèmes seulement : la corruption, la corruption, la corruption, la corruption, la corruption?

N’ayant jamais pu présenter un seul corrompu devant les tribunaux, le chasseur Moïse est devenu la proie. Cela s’est accentué depuis que la Cour des comptes l’a lui-même indexé dans un rapport qui étale la corruption présumée dans la gestion du fonds PetroCaribe.

Il n’en fallait pas plus pour que les suspicions se transforment en actes d’accusation.

Depuis une année, comme si la crise économique et la crise morale ne suffisaient pas, le pays vit aussi une crise institutionnelle. Les trois pouvoirs sont en panne. L’exécutif a épuisé trois premiers ministres en douze mois sans rien résoudre. Le Parlement ne peut plus se réunir sur les questions qui intéressent le pays. Le judiciaire est plus souvent en grève qu’au travail.

Reste la Cour des comptes qui essaie de rattraper dix ans de léthargie. A chaque pas qu’elle exécute, elle creuse la tombe des politiques et des hommes d’affaires haïtiens et, à chacun de ses pas, elle creuse sa propre tombe car il est à craindre que plus jamais les parlementaires et l’exécutif haïtiens ne laissent des juges libres siéger à la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif.

En une année, comme jamais depuis 1986, sans intervention d’aucune force armée comme ce fut le cas à certaines périodes, les institutions haïtiennes de la Constitution de 1987 ont montré leur limite. Les hommes et les femmes de ce pays ont aussi étalé leurs lacunes, leurs incohérences et leurs faiblesses. Car un an après les événements de juillet 2018, aucun groupe n’est assez fort pour imposer sa loi.

Si le président Jovenel Moïse est bien celui qui a le plus à perdre et le plus à donner, on ne sait toujours pas qui recueillera les dépouilles de la nation ni qui réanimera l’État haïtien.

Un an après le match de Coupe du monde de football perdu par le Brésil, Haïti continue de perdre sa place dans le concert des nations.

Et le problème des prix des produits pétroliers n’a pas le début d’une solution ni d’un consensus national.

De PetroCaribe aux prix à la pompe de l’essence, Haïti se cherche dans un baril de pétrole pendant que ses enfants jouent tout autour à se faire peur avec des allumettes enflammées.

Frantz Duval
Auteur
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