Gold Cup 2019

Yves Jean-Bart : « Nous avons montré que nous pouvions rivaliser avec les meilleurs de la zone »

Les Grenadiers, éliminés en demi-finale (0-1) après prolongations face au Mexique, ont quitté la Gold Cup par la grande porte. Pour le président de la Fédération haïtienne de football, « il n’y a rien d’étonnant de voir Haïti monter en puissance dans le football de la région ». Yves Jean-Bart, qui a attribué un satisfécit à son institution, en a profité pour lancer un appel, entre autres, à l’État haïtien et au secteur privé.

Publié le 2019-07-02 | Le Nouvelliste

Le Nouvelliste : Comment avez-vous vécu les multiples exploits qu’avaient réalisés les Grenadiers dans la Gold Cup 2019 ?

Yves Jean-Bart : En fait, je dirais sans étonnement. À mon avis, c’est un fait et un acte de progression normal. Vous savez que nous sommes en progression constante depuis 2013 en jouant des matches exceptionnels contre l’Espagne (1-2) et l’Italie (2-2). À cela, il faut ajouter notre bonne Gold Cup en 2015 et notre qualification pour la Copa America Centenario en 2016. Malheureusement, on avait raté cette dernière peut-être parce que le niveau était encore trop élevé pour nous. Nous avons raté aussi les éliminatoires de la Coupe du monde de la FIFA, Russie 2018, mais tout en ayant été très proches des ténors. Nous avions concédé rien que des défaites à score minimum, dus en grande partie à de terribles problèmes, et dus aussi, aux confusions politiques qui régnaient au pays.

Le Nouvelliste : Il était question qu' Haïti, en proie à d’énormes difficultés d’ordre financier, renonçait à participer à ses échéances régionales et internationales. Contre toute attente, Haïti a rebondi. Vous avez une explication ?     

Yves Jean-Bart : Nous étions justement au bord du forfait, mais nous avons repris notre marche ascensionnelle avec une sélection rajeunie, et ce avec de bons matches joués contre le Japon (3-3) ; les Émirats Arabes Unis (1-0) ; des tests douloureux, mais profitables contre l’Argentine (0-4) à titre d’exemple. Malgré l’absence de financement local et national, mais on se sentait très proche du Costa Rica et Panama, membres de notre groupe, qui s’étaient qualifiés pour la phase finale du mondial russe. N’était pas la Concacaf qui nous avait fait un gros prêt (que nous aurons encore à rembourser), on aurait même pu abandonner. On avait raté le mondial 2018 juste par manque de moyens financiers (joueurs absents, faute de billets d’avion, pas de stages pour préparer les compétitions à venir). C’est d’ailleurs avec les nouveaux fonds FIFA et Concacaf que nous épongeons les dettes résultant de ce mondial 2018.

Le Nouvelliste : Il va sans dire que les Grenadiers avaient préparé leur Gold Cup ?

Yves Jean-Bart : Sans aucun doute. On avait relancé notre course avec une équipe rajeunie sans ressources proches, mais honorant les déplacements avec les frais de FIFA solidarité. Nous avons, sans support particulier déjà mentionné, disputé les éliminatoires de la ligue des Nations et entamé la Gold Cup 2019. Ainsi, nous avons planifié une préparation de ‘‘haut de gamme’’ et coûteux, avec, entre autres, stage à Bradenton (le plus grand centre d’entraînement au monde), un long déplacement au Chili, et surtout, arriver à San Jose (Costa Rica) une semaine avant notre premier match dans la Gold Cup 2019.

Le Nouvelliste : On dirait que le support financier de la FIFA et de la Concacaf sont d’une extrême importance pour Haïti ?  

Yves Jean-Bart : J’avoue sans les ‘‘fonds forward et one concacaf’’ judicieusement utilisés, on n’aurait pas connu pareille réussite. Heureusement, en cours de chemin, le gouvernement haïtien, avec une contribution substantielle pour aborder les délicats problèmes de per dîem, de primes de victoires (qui restent toujours une sorte de pierre d’achoppement et de déstabilisation des équipes nationales par le passé) ; notre travail de développement entamé depuis maintenant huit ans et nos programmes de détection pour renforcer avec des bons jeunes talents éclos sous d’autres cieux, nous avons cru que l’heure viendrait bientôt où nous pouvons rivaliser avec les meilleurs et troubler la hiérarchie de la zone.  

Le Nouvelliste : Avant que ne débutât la Gold Cup 2019, aviez-vous des indices montrant qu'Haïti pouvait réaliser quelque chose de positif dans cette compétition ?  

Yves Jean-Bart : Pas de doute, nous avons quand même fini à la première place sur 34 pays lors du tournoi de classement de la ligue des Nations de la Concacaf. Nous avons répondu à toutes les demandes du sélectionneur national, sauf quelques joueurs que nous avions ratés de près ; mais on avait eu un stage de 22 jours et disputé un minimum de trois matches amicaux, vidéographies et monteurs vidéos expériences, assistant expert sur balle arrêtée, équipe médicale de grande compétence ( 80,000 dollars d’appareillage médical dernier cri) ; coaches de gardien, préparateur physique, matériel d’entraînement (uniformes, buts mobiles, plots, haies) et un nombre incalculable de meeting avec staff et joueurs pour trouver des arrangements financiers autour des empoisonnants  problèmes de primes lors de ces tournois ; une planification minutieusement préparée par le staff management de l’équipe nationale avec de nombreux débats à distance, par téléphone avec joueurs et staff technique.  

Le Nouvelliste : Selon vous, qu’est-ce qui fait la force de l’équipe nationale et comment a-t-elle pu arriver à renverser la vapeur contre le Costa Rica et le Canada, deux adversaires réputés difficiles ?   

Yves Jean-Bart : D’abord, une planification rigoureuse, malgré l’absence de moyens financiers ; de fréquents dialogues avec tous les acteurs pour les faire adhérer aux plans ambitieux mis en place créant ainsi un moral de groupe ; un travail scientifique mené par des spécialistes sous la direction de Marc Collat ; un esprit de gagnant qui s’est renforcé au fil des difficultés notamment avec les blessures et indisponibilités de Soni Mustivar, Ricardo Adé, Méchack Jérôme, la présence de bons leaders dans les vestiaires (Meshack, Placide, Nazon, Bazile, Donald), des jeunes de tempérament ambitieux pour leur pays et le reste de leur carrière.  

Le Nouvelliste : Que vous inspire cette brillante participation d’Haïti à cette 15e édition de Gold Cup ? 

Yves Jean-Bart : Que notre football continue son ascension depuis que nous avons résolu de faire ce saut vers l’élite. Pour y arriver, il faut une sorte de prise en charge précoce de nos talents (6- 7ans), préformation et formation conduites scientifiquement par des coaches expérimentés constamment en formation, cela se solde par des statistiques impressionnantes. Et cela doit se faire dans toutes les catégories de jeunes U14, U15, U17, U20 et U23 (filles et garçons). Nous sommes le numéro 1 indiscutable de la Caraïbe. Ce qui fait de plus en plus que nos talents sont sollicités ailleurs et s’imposent. Nous avons aussi mis l'accent sur l’éducation classique chez les jeunes footballeurs. Nous les lançons tôt dans le bain de la compétition internationale. Nous n’hésitons qu’au prix de gros sacrifices à recruter des éducateurs de métier pour former et encadrer nos jeunes qui sont aussi nourris et font leur apprentissage dans le centre technique le plus moderne de la Caraïbe.  

Le Nouvelliste : Mis à part la FIFA et la Concacaf, nous ne pouvons pas compter sur l’aide financière des sponsors ou encore du public haïtien ?  

Yves Jean-Bart : Dommage que le pays et sa situation nous tirent fermement par l’arrière, car le football ne peut pas se reposer sur l’assistance de la FIFA et de la Concacaf. Au fait, sans le support des sponsors du secteur privé, et avec nos fans misérables, le football ne pouvait apporter les fonds indispensables venant de la vente de billets et des produits dérivés. Autrement dit, le football ne peut pas nourrir ses talents attirés par toute forme de délinquance. Que dire du taux de déperdition de nos talents qui est beaucoup trop élevé, sans oublier l’état d’extrême pauvreté de la presse.  

Le Nouvelliste : S’il faut placer un dernier mot en guise de conclusion, vous direz quoi au juste ?  

Yves Jean-Bart : En février 2016, nous avons signé un accord de 100 millions de gourdes annuellement avec l’État haïtien, pour aider les clubs, ouvrir les académies fédérales, soutenir les sélections nationales. On serait de très loin plus avancé si seulement on avait un minimum de ressources sur une base régulière. Imaginez quel élan le football connaîtrait si on avait dix (10) centres comme celui de « CAMP NOUS » dans les 10 départements du pays.  

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