Foire du livre/Parc Unibank

Livres en folie, « une journée magnifique… ça a l’air d’un pique-nique », dixit Dany Laferrière

Publié le 2019-06-21 | lenouvelliste.com

Malgré les doutes et les incertitudes liés à la conjoncture politique, les troubles sociaux qui secouent le pays depuis le 9 juin dernier, les organisateurs de Livres en folie n’ont pas bronché. Ils ont eu raison. Ils étaient près de  quinze mille personnes à avoir fait le déplacement le jeudi 20 juin au parc de la Unibank pour participer à la 25e édition de Livres en folie. Étonné par la présence en grand nombre du public, l’invité d’honneur a qualifié l'evenement cette année de pique-nique littéraire. « C’est une réussite », a renchéri le Premier ministre nommé, Jean Michel Lapin, fidèle à Livres en folie depuis 1995.

Un quart de siècle pour Livres en folie. Les aléas politiques n’ont pas eu raison de la plus grande foire du livre de la Caraïbe. Pour la 25e fois consécutive, la grand-messe du livre a tenu ses promesses. Une communion parfaite au parc de la Unibank entre les auteurs et le public qui a fait le déplacement en grand nombre.  « Tout ce qu’il y a ici ce sont des gens qui ont écrit ou qui lisent, ou qui écriront parce qu’ils ont lu. Les gens sont là, ils sont contents. C’est magnifique, c’est le village du livre. Le vent nous a donné de la fraîcheur… Ça a l’air d’un piquenique », a affirmé Dany Laferrière, l'invité d'honneur.

L’accueil des lecteurs et lectrices réservé à l’invité d’honneur de cette 25e édition de Livres en folie est inédit. Les participants ont prouvé qu’ils avaient réellement envie de voir et de communier avec l’Académicien. « Moi aussi j’avais vraiment envie de les voir. Je sais qu’ils viennent de partout, dans toutes les situations, dans toutes les conditions, dans toutes les formes pour être ici », a dit Dany Laferrière qui a eu une fin de visite chahutée.

« Je me demande quelle sorte de nuit ils ont passé à rêver et à prier pour que cela se fasse, parce que si on avait raté cette journée, il aurait fallu attendre l’année prochaine. Et moi aussi j’ai passé une pareille nuit à me dire que tout ce travail ne peut être en vain, toute cette image ne peut être détruite. Haïti marchera dans le feu pour atteindre le livre… », a dit l'éminent écrivain, comme lui seul sait comment trouver les bons mots pour chaque circonstance.  

Livres en folie fait l’expérience cette année d’un nouvel espace, le parc Unibank. Pour Dany Laferrière, ce nouvel espace devra être le nouveau  quartier général de la foire du livre. « Les gens semblent être en sécurité », a-t-il estimé.  L’invité d’honneur de la 25e édition de Livres en folie confie qu’il a dédicacé beaucoup de livres. « J’ai signé et signé tête baissée en espérant que les autres signent aussi parce que j’ai été le porte-drapeau de ce festival. Mais l’idée n’était pas que je devienne le centre de ce festival… », a-t-il avancé.

Après sa participation à Livres en folie, Dany Laferrière aura des choses à raconter à ses collègues à l’Académie française. Il souligne avoir été dans d’autres pays comme Hong Kong, Alger, Moscou pour voir la progression de la langue française. « Mais cela fait longtemps que je n’ai pas vu autant de gens. Ce n’est pas du tout un festival littéraire ici, c’est un match de foot…Il faut le dire si c’est un match Brésil vs Argentine… », a-t-il décrit en souriant pour parler de Livres en folie.

Dany Laferrière a appelé les écrivains à avancer de façon groupée. « 178 auteurs en signature, ce n’est pas à nous de dire qui est le plus important. C’est au public de décider. L’écrivain doit pouvoir faire son chemin, aller vers le public parfois hostile ou sympathique…Vos lecteurs vous jugent… », a expliqué l’Académicien, qui estime que tout écrivain devrait avoir sa chance.

Jean Michel Lapin : « J’étais venu voir l’échec, mais heureusement c’est une réussite »

Comme à chaque édition de Livres en folie, cette année encore, des personnalités de tous horizons ont pris part à cette 25e édition. Jean-Michel Lapin participe à Livres en folie depuis qu’il était commis à la Bibliothèque nationale. Aujourd’hui Premier ministre nommé, il a voulu rester fidèle à son rendez-vous annuel. « J’étais là lors de la première édition et 25 ans après je suis toujours là », a-t-il dit.  « Je suis venu partager les risques dans la situation sociopolitique que nous vivons aujourd’hui. Il y avait beaucoup d’incertitudes sur la réalisation de l’événement. Je tenais à être là pour partager l’échec de l’activité avec les organisateurs, mais heureusement je suis en train de partager avec vous une réussite… », a affirmé le chef de la Primature.

Comme il l’avait dit l’année dernière, Jean-Michel Lapin croit que l’État devrait investir davantage dans des activités comme Livres en folie. « J’aimerais que lors de la 26e édition de Livres en folie, l’État permette à chaque jeune qui participe à l’événement de faire l’acquisition d’un ouvrage au coût le plus bas possible », a-t-il affirmé.

Jean-Michel Lapin, ministre démissionnaire de la Culture et de la Communication, plaide pour la réalisation deux fois l’an de cette foire du livre. Ce qui, a-t-il dit, permettra à plus d’auteurs de s’affirmer.

Pour les organisateurs, la 25e édition de la foire du livre est un pari gagné. « Je suis satisfait de cette 25e édition. Il y avait une sorte de doute autour de sa réalisation, vu la situation dans laquelle se trouve le pays. Mais avec de la volonté et de la ténacité, nous avons réussi », a affirmé Max E. Chauvet, directeur du journal Le Nouvelliste, l’un des organisateurs de l’événement.

« L’année dernière, 17 000 visiteurs avaient pris part à Livres en folie. Cette année quel que soit le chiffre, nous sommes très satisfaits de ce qu’on a vécu aujourd’hui, très satisfaits de cette surprise du public », a déclaré pour sa part Frantz Duval, rédacteur en chef du journal Le Nouvelliste. Pour lui, la présence en masse du public au parc de la Unibank ce 20 juin, alors que depuis le 9 juin les activités sont paralysées à Port-au-Prince, n’est pas une réponse à la peur, mais une réponse à un rendez-vous vieux de 25 ans.

Si Livres en folie n’avait pas eu lieu cette année, ç’aurait été un vrai désastre, de l’avis de Dany Laferrière. « Ce n’est pas nous qui avons épargné Haïti de ce désastre, mais les lecteurs qui sont venus dans n’importe quelles conditions. Ils nous ont rendus heureux », a dit l’Immortel avec satisfaction.



Réagir à cet article