Katiana Milfort et Manbo Katy séduisent à Cannes

PUBLIÉ 2019-05-21
La Quinzaine des Réalisateurs bat son plein. À Cannes, en France, un public sélect s’est réuni cette année encore pour assister aux projections de films triés sur le volet. Au menu de la 51e Quinzaine, 24 longs-métrages, dont « Zombi child » de Bertrand Bonello, où Katiana Milfort a réussi à marquer les esprits dans le rôle de Manbo Katy.


« Le public a été tour à tour étonné, choqué, effrayé. Ils ont adoré. Nous avons eu une standing ovation de plus de 10 minutes. Par la suite, toutes les autres salles de la Quinzaine qui projetaient "Zombi Child" étaient toujours combles ! » C’est une Katiana Milfort transpirant de fierté qui décrit la réaction du public suite à la première projection de « Zombi Child », film où elle tient un rôle essentiel. Les sentiments de l’actrice n’ont pourtant pas été aussi clairement définis à l’annonce de la sélection du long-métrage pour ce festival qui se tient en parallèle du festival de Cannes en avril dernier. « J’étais partagée entre la peur et la fierté. Être sélectionné pour la Quinzaine à Cannes, c'est une chose, mais comment le public va accueillir le film, c’en était une autre », souligne l’ancienne du Petit Conservatoire.

Dans ce cas-ci, il y a eu bien plus de peur que de mal. La dernière œuvre de Bertrand Bonello, réalisateur français dont la réputation n’est plus à faire, a été chaleureusement reçue. « Zombi Child » sert une double intrigue, avec des scènes tournées dans deux pays, la France et Haïti, et des histoires qui s’étendent sur deux époques. Katiana Milfort, retenue lors d’un casting réalisé en Haïti, a fait sensation dans la peau de Manbo Katy, la fille de Clairvius Narcisse, un des plus célèbres morts-vivants, un zombie. Revenant sur son expérience, l’actrice qui a beaucoup souffert du décalage horaire lors des différentes scènes tournées en France, affirme que l’aventure a été « très riche, marquée par le respect et un professionnalisme rares ici, spécialement avec Bertrand, qui est un réalisateur très calme qui sait ce qu'il veut ». Katiana affirme : « Il ne m’a pas bousculée et est resté ouvert à mes propositions, surtout que c’est un univers qu'il découvrait malgré toutes ses recherches. »

« J’étais souvent paniquée », reconnaît-elle. « Cet univers vodou ne m’est pas familier techniquement. Je devais être dans le vrai et dans la fiction et trouver la juste mesure en tant qu’actrice pour assaisonner ce ‘’tchaka-fromagé’’. Je me sentais loin de chez moi, trop loin pour porter une telle responsabilité, même en tant qu’actrice. Mais j’ai fait mon travail », assure Katiana Milfort qui dit avoir eu pour principaux repères Suzan Joseph, sa mère, sa sœur Christelle, Smith Sajous et Grégory Josselin, un vodouisant rencontré au marché sur la route de Frères. Et ce travail a été reconnu et apprécié.

Pour la jeune comédienne qui a fait ses armes en Haïti dans des productions comme « Pluie d’espoir », « Le mythe de la caverne », « Dimanche 4 janvier » et « Zaho », le cinéma haïtien est un secteur en ébullition. « C’est assez difficile, mais les acteurs s'efforcent de faire croître le secteur. On a le festival Nouvelles Vues qui est réalisé par une belle équipe de techniciens passionnés. Une équipe en qui j’ai une ferme confiance. Muska Group, Rev’Cinéma qui se battent contre vents et marées, et tant d'autres. Moi, je vois beaucoup d'espoir. L’État aveugle et sourd doit se réveiller de cet enlisement malsain pour assurer la bonne marche de ces institutions, de ces innovations haïtiennes. Maintenant reste à ce public assoiffé de consommer, d’exiger de son côté », insiste-t-elle.

Et à ceux que le théâtre et le cinéma intéressent, elle conseille : « N’ayez pas peur de vous battre avec dignité dans ce pays ; le travail honnête, ça paie. Autant de respect que vous devez à une personne en face de vous dans une discussion, c’est en centuple pour un public qui se déplace pour vous. Prenez le soin d'apprendre, prenez le soin de donner. Vous n’êtes pas Internet, vous êtes des humains, prenez le temps qu'il faut dans vos projets artistiques », a conclu la femme de théâtre qui prévoit de continuer à structurer sa production, En-Jeu, et un tournage avec Muska Group dans les mois à venir. Pour ce qui est de « Zombi child », le film est à la Quinzaine des réalisateurs qui se tient cette année du 15 au 25 mai sous la houlette de Paolo Moretti. Sa sortie est prévue pour le 12 juin.



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