T-Vice et Vayb, grands gagnants de la 21e édition du Haitian Compas Festival

PUBLIÉ 2019-05-20


Ce samedi 18 mai, le Haitian Compas festival a fêté sa 21e édition. 21 ans déjà que Rodney Noël et Jean Michel Cecibon ont réussi le pari difficile de maintenir en vie l'un des plus grands rendez-vous de la musique haïtienne. Presque tous les groupes musicaux ont foulé le podium du Compas Fest. Certains se sont toujours démarqués, d'autres se sont cassé le bec. À Wynwood cette année, cela n'a pas été différent. Un Cubano hors pair nous a surpris et ravis lors d'un hommage à Skah Shah #1 ; une accolade de réconciliation entre deux frères musiciens, Pouchon et Shabba, nous a émus ; de nombreux groupes musicaux, dont Gabel, Nu-Look, Kaï nous ont épatés par leur désir d'innover qui s'accroit d'année en année ; et T-Vice, le Mèt Beton, ne cessera jamais de nous étonner par son efficacité dès qu'il s'agit de faire bouger les foules. Depuis plus d'une décennie, Ticket est présent pour cette célébration non sans failles, mais qui en vaut toujours la peine.

À notre approche du Wynnwood Convention Center dans la cour duquel se déroule l’événement, nous sommes accueillis par les effluves sonores du groupe Klere, l’un des premiers à se produire au festival. De loin, nous ne pouvons évaluer la réaction du public, déjà qu’ouvrir des festivités est une tâche assez ingrate. Tout autour de nous, des centaines de festivaliers arborant tenues décontractées aux couleurs du bicolore haïtien se dépêchent de rejoindre le centre afin de jouir de cette 21e édition de Compas Fest.

Karizma

Dissous puis reformé, Karizma peine encore à trouver son rythme. Malheureusement, la prestation de la formation musicale n’a pas suscité grand émoi. Toutefois, les deux chanteurs du groupe ont mis le cœur à l’œuvre au cours de leur show. Ils ont quand même réussi à faire bouger quelques-uns à coups de "leve de men anlè". Mais vraiment rien de particulier à signaler autour de cette prestation, sinon que le chanteur vedette a distribué des T-shirts au public à la fin de son show.

Enposib

C'est le groupe qui a véritablement lancé le festival. En effet, la bande à Medjy a bien réussi son passage à la 21e édition du Haitian Compas Festival. Avec leurs tubes « Domino » et « Defo », les messieurs de Enposib sont les premiers à avoir suscité de vives réactions du public. Ce dernier a repris en chœur les notes des deux chansons. Plus que jamais à l’aise sur la scène, Medjy a animé, bougé et a su insuffler à la foule le vibe nécessaire afin que celle-ci s’embrase.

Skah Shah #1

Pour cette édition du festival, l'un des doyens de la musique haïtienne à avoir participé est le Skah Shah #1. Avec un Cubano au meilleur de sa forme, le groupe a conservé son professionnalisme et a offert une prestation à applaudir. Avant de monter sur scène, l’un des MC de la soirée a fait une longue tirade sur les mérites et l’accomplissement de l’iconique Cubano. Un hommage bien mérité à celui qui a lancé ces mots au cours de son passage sur scène : « I’ve been singing for you all my life. » Un mini-documentaire a été aussi projeté en son honneur. Énergique et totalement dévoué à son art, Cubano a tout simplement fait son show. Tcha-tcha en mains, vocale d’une justesse et d’une gravité hors pair, Cubano, qui a gardé ses lunettes de soleil durant toute la prestation, a assuré. Soulignons cependant que la génération de mélomanes et fans du compas qui a fait le déplacement ne connaissait pas les hits du Skah Shah #1. Cela n’a pas empêché les musiciens du groupe et particulièrement Cubano d’assurer un show de qualité. Avec seulement deux chansons, « Mwen sonje peyi mwen » et « Men nimewo a », le Skah Shah #1 a réussi son passage au Compas Fest.

Gabèl

Ce fut ensuite le tour de Gabèl. Co-champions de l’édition 2018, les chanteurs du groupe sont arrivés apprêtés comme des rois. Leur prestation était composée d’un medley de leurs différents tubes. Assez rapidement, la formation musicale a survolé des titres comme « Pa ka fè pitit », « Ou se melodi » ou encore « Fanm sa mare w ». Le groupe a été introduit par des danseurs jonglant avec le feu. Un des éléments originaux de l’ensemble du festival. Alors que le public étaient en diapason avec eux, les deux chanteurs cédèrent le stage à Eddy François. Oui, nous sommes toujours contents de voir Eddy sur scène, mais son passage a cassé le rythme. Il fut difficile de remettre la même ambiance de départ. Les messieurs de Gabel ont minutieusement préparé leur show. Lors de la deuxième partie, le public pouvait lire « Haiti 1804 » sur les T-Shirts des musiciens Flav et Katalòg qui avaient eu le temps de se changer. Encore à se demander pourquoi Gabèl n'est pas l'un des top groupes du HMI...

T-Vice

Il n'est plus à signaler que le groupe a la formule des festivals. Le Mèt Beton a une fois de plus fait son show. Tous vêtus des couleurs de notre bicolore, les Vice2K ont suscité l’une des meilleures réactions du public au cours de la soirée. Le groupe a d’abord fait un medley avec quelques anciens succès, pour ensuite interpréter des chansons plus récentes comme « Moving on » ou encore « San Limit ». Mais le clou de la prestation reste le passage du fameux hélicoptère. Wi, wi, elikoptè a ap mache toujou ! Cette ancienne composition carnavalesque sert encore à Roberto et Reynaldo Martino. Nous pourrons beau dire l’avoir bien trop entendue, il n’en reste pas moins qu’elle sait déchaîner les foules. Soulignons aussi que T-Vice est l’un des rares groupes à avoir fait un clin d’œil à la conjoncture sociopolitique d'Haïti. Bravo à l'équipe qui a prouvé que la préparation est la clé du succès.

Kai

La bande à Richard Cavé a entamé le festival avec sérénité. Conscient de son point fort, le groupe a amené le public à chanter avec chacun des morceaux choisis pour l’occasion. En entonnant « Malad » ou encore « Kansè », Richard était accompagné du public. Niveau animation, Kai y est allé doucement mais sûrement. En solo avec sa guitare sur le stage, le concept de Richard a séduit. Le lead vocal du groupe a réussi à provoquer une vague lumineuse réalisée avec les flashs des portables de la foule. Mentionnons aussi la présence du comédien Success Junior au cours de la performance du groupe, qui a repris le passage de Rutshelle dans le morceau « Kansè ». Ce qui a amusé certains, mais agacé bien d'autres...

Harmonik

Le premier mot qui nous vient à l’esprit suite à la prestation de Harmonik est : déception. Nous étions bien loin du groupe qui prépare de fil en aiguille sa performance à un festival et surtout très loin du champion de l'année dernière... La désinvolture se sentait tout au long de la prestation de ce groupe dont le dernier album est intitulé « Respè ». « Benyen » et « Incroyable » sont parmi les morceaux que le groupe a interprétés qui ont quand même fait chanter le public sans pour autant le secouer... On ne sait si c'est la fatigue de la préparation du nouvel album ou la précipitation du groupe, men li pa t mòde.

Djakout #1

Si Djakout n’a pas offert la meilleure prestation de la soirée, son passage reste l’un des plus mémorables. En effet, Shabba a repris du service au sein de la formation musicale au cours du festival. Certains diraient que ce fut le clou de la performance du groupe. « Yo te sèlman vin montre nou ke Shabba toujou la », a chuchoté un fan visiblement déçu. Hervé Anténor est monté sur scène dans une boîte cadeau. Très bien accueilli par le public, le groupe s'est présenté sous un front uni même si cela n'a visiblement pas suffi. L’accolade de Pouchon et Shabba était un plus.

Nu-Look

La bande à Arly Larivière est la seule à avoir attisé la curiosité du public. Beaucoup se sont questionnés sur ce qui allait se passer en voyant les mariachis arriver sur le stage. « Ki moun sa yo ? », avons-nous entendu dans le carré de journalistes où nous reprenions notre souffle après avoir fait un saut dans la foule pour en mesurer la densité. Lorsque le maestro de Nu-look apparaît quelques minutes après que les musiciens eurent fait chanter le public sur un tube mexicain, moun yo te gentan sou sa. Un mélange surprenant mais délicieux et inattendu de la part d'Arly. En gros, bonne prestation du groupe qui a été interrompue pour une distribution de T-shirts à des dames qui ne cessaient de s'extasier devant le maestro.

Vayb

Contrairement à l’édition 2018 où Mickael Guirand nous avait servi du Carimi pur et simple, le groupe a joué ses propres compositions cette année... pour le plus grand bonheur du public. « Ou pa nan plas mwen », « One night stand » ont conquis la foule. Nous sommes habitués aux prouesses de Noldy, mais ce coup-ci, les autres musiciens du groupe se sont tous mis à la danse. Eh oui, en plus des danseuses habillées en cheerleaders qui mettaient l’animation, les hommes du groupe ont également exécuté des pas de danse synchronisés. Mickael Guirand a réussi à recréer la fameuse vague lumineuse qu’il avait réalisée avec le public parisien lors du 40e anniversaire de Kassav. Ceci malgré la fatigue et l’heure tardive à laquelle le groupe s’est produit. Certains dansaient les yeux fermés et exécutaient tout ce que demandait le chanteur. Décidément, Vayb sait faire vibrer une foule. L'une des meilleures performances de la soirée.

Zenglen

Entre le public qui festoyait depuis 4 h pm et le groupe Zenglen, nous nous sommes demandé lequel des deux était le plus fatigué. Dommage que ni « Grèv bèbè », ni « Swete l danse » ni « 5 dwèt la » n’ont pas réussi à retenir le public qui avait commencé à vider les lieux. Conscients de la situation critique, les musiciens se sont vite dépêchés de vider leur sac quand l'un des chanteurs principaux a commencé à envoyer des signaux de détresse en lançant des regards de poisson frit autour de lui... La prestation du groupe aurait pu être mieux travaillée, mais surtout le groupe aurait pu jouer plus tôt.

Au final, c'était un bon 21e. Pas de pluie, les groupes présents ont tous livré la marchandise et il n'y a pas eu de longs temps-morts. Mais certains MC ont occupé bien trop de place dans le line-up. Un temps qui aurait pu être alloué aux formations musicales, leur permettant de jouer bien plus que deux ou trois chansons et éviter que le public reste sur sa faim face à certaines prestations. Et contrairement à ce qu’avaient annoncé les organisateurs, plusieurs groupes et artistes solo n’ont pas fait le déplacement pour Miami. Si certains ont été absents faute de visas adéquats pour leurs musiciens (c’est le cas de Kreyòl La, Zikòs ou encore Roody Roodboy et même la chanteuse Rutshelle), nous n’avons aucune explication sur l’absence d'autres, citons Maestro, par exemple, ou encore Anie Alerte. Par contre, la chanteuse Tamara Suffren, qui devait pour la première fois prendre part au festival, n’y a pas participé alors qu’elle était bien présente au Wynnwood Convention Center.



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