Jovenel Moïse entre les fausses promesses et le tic-tac de bombe sociale…

Publié le 2019-05-17 | Le Nouvelliste

Le président Jovenel Moïse a promis de mettre « de l’argent dans les poches et de la nourriture dans les assiettes ». Plus de deux ans après, l’urgence alimentaire s’est aggravée, la famine est à nos portes. Loin des radars des chefs et autres gloutons qui se livrent parfois un combat au couteau pour obtenir des avantages ou consolider des chasses gardées, le nombre d’enfants faméliques augmente, des gestantes mal nourris appréhendent l’avenir avec angoisse.

Sans être agrégé d’économie, monsieur Tout-le-monde comprend aisément qu’avec plus de 90 gourdes pour 1 dollar, 17 % d’inflation, l’asphyxie de pans entiers de l’économie et des licenciements massifs au sein de certaines entreprises, nous sommes aux antipodes des lendemains qui chantent promis par le président Jovenel Moïse. Pour ne rien arranger, les attaques à la vie et aux biens augmentent dans les villes et dans les campagnes.

Le président Moïse, qui a promis le « changement », est au palais au moment où les expressions de l’effondrement  de l’Etat sont criantes. Prisonnier de son camp, des alliances l’ayant porté au pouvoir et avec lesquelles il dirige, Jovenel Moïse n’a, selon toute vraisemblance, ni la volonté politique ni l’autorité morale pour rassembler le pays dans l’effort de transformation nécessaire de l’Etat, dans l'effort pour avoir un vrai pacte républicain reposant sur une communauté d’intérêts bien compris des classes sociales, des groupes sociaux. Pour le président Moïse, le temps a sonné le glas du faire semblant.

Entre-temps, désinhibé, renforcé par le soutien des Américains, de Trump, Jovenel Moïse, après le renvoi de Jean-Henry Céant, du coup de bluff de mise en accusation des conseillers de la CSC/CA,  ne peut plus, au risque de se faire chahuter, prétendre vouloir que la lumière soit faite sur le dossier PetroCaribe.

En faisant rempiler Jean Roody Aly au ministère de la Justice avant de lui confier également le portefeuille de la Défense, Jovenel Moïse fait tomber les masques. Il est la provocation du reste de morale publique, mise à mal, entre autres, par un sénateur, un de ses alliés, fier d’assumer ses fréquentes communications téléphoniques avec un bandit, un chef de gang, un assassin notoire, Arnel Joseph.

Le président Moïse risque aussi de provoquer des fous rires à l’avenir en évoquant la séparation des pouvoirs, lui qui, de manière inquiétante, empiète sur les prérogatives du CSPJ, en faisant une nomination à la cour d’appel de Port-au-Prince.

Le temps montrera si le président Moïse grillera d’autres feux rouges sur l’autoroute de l’autoritarisme, d’autant qu’il devient de plus en plus hypothétique d'avoir des élections pour renouveler la Chambre des députés et un tiers du Sénat. Mais avant d’avoir les pleins pouvoirs d’ici janvier 2020, il est peu probable que le président Jovenel Moïse regagne la confiance d’une bonne partie de la population, de certains acteurs du secteur privé et de partenaires internationaux.

Sans cette confiance, ce président isolé, aux capacités de convocation largement érodées, ne pourra pas garantir la sérénité et la lisibilité indispensables aux agents économiques. Le pays, avec l’avis « ne pas voyager en Haïti niveau 4 K » du département d’Etat de Donald Trump, un climat  des affaires pas des plus favorables, n’attirera pas d’investissements directs étrangers conséquents.

Le temps qui a démasqué, montré les promesses non tenues,  reste le pire ennemi du président Moïse. Il ne pourra pas jouer la montre indéfiniment. Il ne pourra pas toujours bénéficier de la faiblesse de l’opposition dont une composante, présentée comme "modérée", roulée dans la farine pour certains, a accusé le président Moïse d’affaiblir les partis politiques.

Comme d’autres présidents avant lui, Jovenel Moïse a promis, donné ou braconné dans le camp de l’opposition. En faisant de la politique, avec un certain succès pour garantir sa survie, Jovenel Moïse ne devrait pas détourner le regard ni boucher ses oreilles pour ne pas écouter le tic-tac de la bombe sociale.Si les indicateurs macroéconomiques ne s’inversent pas, le « grangou » pourrait emporter la présidence de Jovenel Moïse. Le secteur privé, comme en 2018 ou lors du « pays lock » en février 2019, risque, encore une fois, de payer un lourd tribut à cause des déficits multiples d’un président dont le leadership a été ouvertement mis en cause.

Pour le moment, contre toute logique, comme si le tic-tac de la bombe sociale était inaudible, certains donnent du temps au temps, ne donnent pas corps à la compréhension qu’il faut ordonner et non subir la rupture par rapport à ce système de production de pauvreté qui se renouvelle. 

Le président Jovenel Moïse, bien entendu, n’est pas responsable de tous les maux du pays. Il est tout simplement sur le pont d’un navire qui sombre. Il a tout simplement vendu des rêves à deux sous à un pays qui a besoin d’assumer ses fragilités, de comprendre qu’il n’y a pas de solution facile pour sortir du trou creusé par les inégalités, la corruption, la captation des biens publics par des particuliers dépositaires d’un brevet d’impunité.

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