Les producteurs de riz dans la Vallée de l’Artibonite à rude épreuve

Les riziculteurs de la vallée de l’Artibonite font face à des difficultés de tous genres. Une partie importante de la vallée n’a pas été mise en valeur au cours de la campagne d’hiver. Pour la grande campagne dite campagne de printemps, l’optimisme n’est pas au rendez-vous. Le prix de services des principaux facteurs de production sont tous revus à la hausse. L’eau, le seul intrant pour lequel l’on n’a pas l’habitude de dépenser une forte somme, diminue considérablement, tel est le tableau décrit par André Saint-Louis, le président du Réseau des associations pour l’intégration des planteurs du Bas-Artibonite (RAPBA).

Publié le 2019-04-15 | Le Nouvelliste

La préparation de sol, la semence de qualité, la disponibilité de l’eau et les fertilisants sont, selon André Saint-Louis, président du RAPBA, les quatre principaux facteurs de la production rizicole. Ils sont tous indispensables. Pour emblaver les parcelles. Tout a un coût. Et ce n’est pas le moindre. À chaque étape de la production, les agriculteurs consentent des dépenses qui dépassent les moyens.

On est en avril. Dans les conditions normales, presque toutes les parcelles de riz des huit communes du Bas-Artibonite sont habituellement déjà emblavées. Pour la grande campagne 2019, tout est différent. Cela s’explique en grande partie par la non-disponibilité de l’eau dans la vallée. Dans certains endroits, l’eau est à plus d’un mètre au dessous du niveau habituel. Les écluses dites bassins de distribution sont vides. Faute du niveau du canal Maître Rive gauche, les parcelles visitées par Le Nouvelliste, le 11 avril dernier, ne peuvent pas être alimentées. Une situation inquiétante s’installe. Au niveau de Cova et de Borel, l’on a déjà terminé avec la préparation des sols. Les platebandes, le nivelage des parcelles, tout est pratiquement prêt. Les semences sont mûres et n’attendent que la transplantation. Mais l’eau fait encore défaut.

Dans certains cas, les producteurs ne peuvent plus attendre. Il faut à tout prix procéder à la transplantation sinon on va perdre les semences. Ronel Jean-Louis se trouve dans cette catégorie. Ce riziculteur est obligé de faire l’usage d’une génératrice pour pomper l’eau jusqu’à sa parcelle se situant à une centaine de mètre du canal Maître Rive gauche. « Si je ne fais pas ça, je perdrai les semences », a affirmé le planteur. L’utilisation d’une motopompe, ajoute-t-il, coûte très cher surtout en ce moment où il faut parcourir des dizaines de kilomètres pour trouver un galon d’essence. Ce qui augmente encore plus le coût de production de riz dans la vallée de l’Artibonite.

Mais l’eau ne constitue nullement le seul facteur limitant la production dans la vallée. C’est plus que ça. La préparation de sol est un facteur non négligeable même pour ceux qui font partie d’un bloc de production. À ce niveau, il faut embaucher des travailleurs agricoles en plus du paiement des coûts exigés pour les machines agricoles. Avec la révision du salaire minimum, raconte le président du RAPBA, la journée de trois heures d’un travailleur agricole est de 300 gourdes. Pour un hectare de terre, il faut plusieurs ouvriers agricoles si l’on veut terminer dans une journée.

Cela explique partiellement la complexité du travail agricole. La plus grande partie en termes de dépense consiste en l’achat de semences et de fertilisants. La Caravane a facilité la tâche à certains niveaux, mais les difficultés demeurent. Au niveau du bloc de production de Cova, les producteurs se plaignent du coût d’un sac de semence et de fertilisant. « Il faut mille quatre cent quarante gourdes pour un sac de semence et environ deux mille cinq cents gourdes pour un sac de fertilisant », ont déclaré successivement André Saint-Louis et Ronel Jean-Louis.

Aussi, affirme André Saint-Louis, là encore ce n’est pas sans difficulté pour se les procurer. Les matériels et les intrants agricoles mis à la disposition des responsables de blocs ne sont pas utilisés à bon escient. Les chefs de blocs les utilisent, fait-il savoir, à des fins personnelles. Dans certains cas, sous les regards impuissants et parfois complices des responsables de la Caravane, des semences et autres intrants subventionnés par l’État et qui devraient faciliter la tâche aux agriculteurs se retrouvent sur le marché et se vendent au prix fort.  

Si l’on en croit le responsable d’organisation, c’est le même constat pour les machines agricoles. Dans une grande proportion, les tracteurs ne sont pas utilisés à la cause des blocs pour lesquels ils ont été achetés et donnés. Ces derniers sont loués à des particuliers au grand dam des producteurs constitués en blocs de production. Une situation qui révolte les riziculteurs rencontrés par le journal. « On a dénoncé cette situation au plus haut niveau de l’État et aucune suite n’a été donnée », a déploré le président du Réseau des associations pour l’intégration des planteurs du Bas-Artibonite qui estime que ces malfrats devraient être derrière les barreaux.

Fort de cela, le producteur n’a pas manqué de critiquer le comportement des autorités du pays dans la gestion de la Caravane. Le manque de résultat de ce mécanisme s’explique par la mise à l’écart des producteurs. Toutes les décisions, soutient-il, ont été prises par les autorités sans tenir compte de l’avis des agriculteurs, les principaux acteurs de la chaîne. Ce qui a conduit à un échec annoncé, notamment avec l’achat des tracteurs Mahindra qui, explique-t-il, ne conviennent pas au sol de l’Artibonite et qui, par conséquent, lors de la saison pluvieuse, ne sont pas d’une utilité réelle pour la production de riz.  

Par ailleurs, il croit qu’on peut encore rectifier le tir. Pour ce faire, il exige la participation des producteurs dans les grandes décisions concernant la production. M. Saint-Louis croit que la vallée a la capacité de permettre au pays d’être autosuffisant dans la production de riz. Thomas Jacques, le coordonnateur de la Caravane, parle d’un rendement avoisinant les 4.5 tonnes à l’hectare dans cette partie du pays. Le responsable de RAPBA affirme que le rendement de ses parcelles dépasse les 6 tonnes à l’hectare. « Si les producteurs sont impliqués et que l’État prenne les décisions qu’il faut, le rendement peut encore s'améliorer.

« Avec un rendement à l’hectare proche de sept tonnes, la vallée est amplement suffisante pour nourrir tout le pays » fait-il savoir, expliquant que la zone dispose de 32 000 hectares et avec deux récoltes par saison, l’on peut avoir plus de 440 000 tonnes de riz annuellement rien que dans la vallée.

L’augmentation de la production n’est pas impossible. Mais les producteurs ne peuvent pas le faire sans l’appui des autorités. L’on doit commencer par mettre en place un système de crédit bien pensé et qui n'est pas sous le contrôle des politiques. Avec la décapitalisation des producteurs, le responsable propose la vente du sac de l’engrais à 500 gourdes et d’autres mesures incitatives comme la vente des services à crédit pour la préparation de sol et la vente de semences et que les producteurs aient la possibilité de s’acquitter de leurs dettes après la récolte.

Jose Flecher
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