Ces femmes qui ont vaincu la violence électorale

En Haïti, la Constitution amendée, en son article 17.1, fait obligation à l’État d’intégrer les femmes dans les espaces de décision du pays, proposant un quota de 30% de femmes. Malgré cette prescription, les femmes, qui représentent 52% de la population du pays, sont loin de jouir réellement de ce droit. À titre d’exemple, lors des élections de 2015, sur les 2 029 candidats qui se sont fait inscrire, seulement 162, soit 8%, étaient de la gent féminine. Panos Caraïbes a choisi de rencontrer certaines de ces actrices qui ont triomphé en se faisant élire dans des conditions les unes plus difficiles que les autres. Le but a été de recueillir leurs expériences pendant les élections et sur le terrain de la politique en tant qu’élues.

Publié le 2019-04-12 | Le Nouvelliste

Députés, sénateurs et maires, toutes celles qui ont accepté de témoigner lors de ce travail, indexent la violence comme le principal handicap à la participation de la gent féminine à la vie politique en Haïti. La sénatrice du Nord Dieudonne Luma Étienne, la seule femme élue au Sénat de la République, ne passe pas par quatre chemins pour cracher l'amère expérience qu'elle a vécue lors de sa campagne électorale : « Je devais trouver des ressources financières pour pouvoir mener campagne ; en frappant à la porte des éventuels partenaires, j’ai été souvent reçue par cette question : « As-tu vraiment la force pour répondre aux assauts des hommes ? » Ce genre de question indique que ceux qui ont les moyens économiques ne sont pas prêts à investir dans des faibles. Face à une telle réalité, que faire dans une société où  les femmes sont perçues comme des êtres faibles ?

À côté de la violence qui les fait fuir, la sénatrice Dieudonne Luma Étienne évoque le machisme qui prévaut au sein des partis politiques comme un autre frein à la participation des femmes aux affaires de la cité. Selon la sénatrice, les partis politiques n’offrent aucun espace tendant à l’évolution des femmes qui désirent en faire partie. Elle souligne : « Parmi tous les partis qui pullulent sur le terrain, seule la Fusion des sociaux-démocrates se laisse diriger par une femme. » La déduction de Dieudonne Luma Étienne est simple, mais loin d’être simpliste : « La société voit dans le sexe féminin de bonnes épouses, de bonnes mères et de bonnes filles, mais jamais de bonnes dirigeantes. »

Aujourd’hui, sénatrice de la République, Dieudonne Luma Étienne n’entend nullement jeter l’éponge. Ainsi, elle plaide pour des mesures visant à réduire la violence électorale sous toutes ses formes et une intégration des femmes au sein des partis politiques.

À des centaines de kilomètres de Dieudonne Luma Étienne, Raymonde Rival, voulant être députée de la circonscription de Cornillon-Grand-Bois, a connu elle aussi son calvaire lors de la campagne électorale.  Sur le plan économique, sa situation était comparable à celle de la sénatrice : « Les bailleurs m’ont minimisée en pensant que la politique n’est pas le jeu des femmes, trop faibles pour affronter l’ardeur des hommes. » Cette tendance qui se justifie dans les actes de violence qui émaillent les campagnes électorales a contraint la candidate d’alors à ne compter que sur des proches parents pour l’aider à supporter le poids économique de la campagne.

Le refus des bailleurs de supporter les femmes candidates est un fardeau psychologique, soutient la députée qui, aujourd’hui, en tant qu'élue doit non seulement répondre aux prérogatives constitutionnelles en votant des textes de loi, mais aussi tenter de réaliser ou de faire réaliser des projets dans sa circonscription, pour être bien vue des mandants. Ce fait est le lot de tous les parlementaires, mais quand on est femme, une autre logique s’impose,  « se fanm ki konn mizè fanm ». Par cette formule, la députée souligne qu’elle est constamment sollicitée à aider des femmes à remonter la pente après avoir cumulé des faillites dans leurs petits commerces.

Loin de Raymonde Rival, l’intention d’abandonner la politique malgré les difficultés. Cependant, elle juge nécessaire que des mesures soient prises pour forcer les acteurs à mettre un terme à la violence qui maintient les femmes loin du terrain de la politique.

À l’Arcahaie, Rosemila Petit-Frère n’avait rien à envier à personne en ce qui a trait au parcours combien périlleux des femmes qui osent s’aventurer dans la politique. Malgré les risques et les mises en garde de proches, «  ne voyant pas dans la politique le jeu des femmes qui veulent se garder des injures de toutes sortes », elle a trouvé bon de faire une carrière en politique. C’est ce qui l’a poussée à se porter candidate aux élections municipales.    

Contrairement aux attentes de ceux qui « ne voyaient pas en une femme un être capable de faire de la politique », Rosemila Petit-Frère est aujourd’hui la mairesse de la cité du Drapeau. Cette fonction, elle l’occupe au prix de dur labeur, elle qui, un jour, s’était résolue d’abandonner la course électorale à cause des injures portant sur le sexe dont elle fut l’objet sur les réseaux sociaux et sur les murs de la cité. Malgré les années passées, la mairesse n’est pas prête à oublier cette phrase qui lui était une véritable épine au pied : «  La cité du Drapeau est trop politique pour confier sa direction à une femme. »

Pour Rosemila Petit-Frère, ce discours est bien révolu à l’Arcahaie puisqu’elle a su prouver qu’une bonne vision politique ne dépend pas du sexe de la personne qui la porte.

Cependant, cette « battante », qui souhaite rester longtemps encore dans la politique active, croit aussi nécessaire que des changements soient opérés dans le système électoral haïtien. Forte de son expérience, elle croit que ces changements doivent se faire dans les familles, les partis politiques et dans le système électoral qui doit bannir la violence sous toutes ses formes.

  Panos Caraibes

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