Est-ce la fin des grands projets du Grand Nord ?

Publié le 2019-04-03 | lenouvelliste.com

Le parc industriel de Caracol, la plantation de bananes d’Agritrans, le parc Codevi, la plantation de bigarades de Grand-Marnier et l’université Roi Henry de Limonade devraient constituer les moteurs d’un changement de paradigmes dans le grand Nord avec en sus un port commercial à Fort-Liberté ou la rénovation de celui du Cap-Haïtien et le port touristique de la Bande du Nord pour desservir les touristes, de Labadee en particulier, qui pourraient, par cette entrée, aller à la citadelle en empruntant un téléphérique.

Après le séisme de 2010 et jusqu’aux premiers mois de l’administration du président Jovenel Moïse, ces projets étaient en chantier ou sur la table. Dans l’ordre des choses possibles, on pouvait espérer une conjonction de réussites.

Les projets de la USAID, de la Banque mondiale, de la BID, de l’Unesco et même de l’Union européenne avec la construction de la route nationale numéro 3, qui relie la capitale au Cap-Haïtien, en passant par le Centre, entraient dans ce paquet où agriculture, sous-traitance, tourisme, transport, commerce international et formation universitaire se mariaient pour constituer un maillage solide et durable en donnant naissance à un nouveau pôle de développement en Haïti après celui de la région métropolitaine.

Tout le long du corridor qui relie la frontière avec la République dominicaine au Cap-Haïtien, il allait y avoir de nouveaux villages pour travailleurs, étudiants et cadres.

La perspective, avec les emplois et le potentiel de croissance, était réaliste et grandiose.

C’était sans compter sur les maladies qui ont décimé les plantations,sans compter sur les péripéties administratives et le manque de leadership qui, au fil des années, en moins de dix ans, ont bloqué les projets portuaires ou mal utilisé les fonds des autres projets.

Le corridor du grand Nord est-il en train de devenir un chalumeau (une paille) vide ? Sans grande consistance ? Qui ne sert qu’à laisser passer les marchandises en provenance de la République dominicaine ? C’est la question que plus d’uns se posent au constat que la région est inondée de produits de chez nos voisins. 

L’annonce cette semaine que la Banque interaméricaine de développement (BID) surseoit à un don de plus de quarante millions de dollars qui devait permettre l’agrandissement du parc de Caracol et celle que le plus grand employeur de la région cherche à délocaliser tombent comme la nouvelle du décès d’un beau rêve.

Dire qu’il a fallu l’article de Roberson Alphonse dans notre édition de lundi pour réveiller l’intérêt des autorités pour le parc de Caracol n’étonnera personne. Qui se soucie encore d’emploi et de développement en Haïti ?

Qui est le directeur du parc industriel de Caracol ? Quelle est l’autorité qui coordonne les actions publiques-privées dans le grand Nord ? Qui veille à la bonne marche et à la coordination des projets des bailleurs de fonds ? Les gens du Nord ont-ils jamais pris la main pour conduire le destin de leur région ?

Des fois, l’échec est un fâcheux accident, une accumulation d’erreurs, des fois, il est une lente construction.

Il n’est pas trop tard pour renverser la vapeur et sauver ce qui peut encore l’être dans le Grand Nord. Cette fois, il faudra plus d’engagements des uns et des autres et une intelligence qui va au-delà du partage de butin.



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