Importation des produits pétroliers, le BMPAD change un peu les règles

Publié le 2019-03-18 | lenouvelliste.com

Le BMPAD lâche un peu de lest. Il ne fera plus d’intermédiation sur le marché pétrolier. La libération, demandée par des compagnies pétrolières, par des associations patronales, est en passe de devenir une réalité. Le BMPAD, « dans le cadre de la libéralisation de l’importation des produits pétroliers : diesel, gazoline et jet » , informent les compagnies pétrolières qu’une « lettre de crédit stand-by sera requise par les potentiels fournisseurs locaux desdits produits pour la valeur équivalente à la demande exprimée par chacune des compagnies afin de garantir les paiements et de minimiser les risques éventuels », lit-on dans une lettre adressée aux compagnies pétrolières par le directeur général du BMPAD, Ignace St Fleur, le 15 mars 2019.

« Ainsi, il vous est demandé de bien vouloir prendre toutes les dispositions nécessaires afin de faciliter la mise en œuvre  de ce nouveau mécanisme dès le prochain appel d’offres. Le BMPAD, poursuit cette correspondance, compte sur votre collaboration coutumière afin de rendre disponibles ces produits en tout temps sur le marché local et de couper court à tout forme de rupture ».

Le journal a appris, samedi, d’une source proche du BMPAD que cette institution organisera les appels d’offres, s’assurera que la compagnie gagnante de l’appel commande pour toutes les autres et de la disponibilité des carburants. Le BMPAD fera le contrôle de qualité à travers Intertech, a indiqué cette source proche du BMPAD qui évoque la grogne des « petites compagnies comme Kimazou, DNC, Cap Invest ».

Aucune des ces petites compagnies n’a les reins assez solides pour gagner toute seule un appel d’offres. Avant la libéralisation, il n’y avait pas l’exigence d'une lettre de crédit stand-by, a expliqué cette source qui souligne que désormais c’est soit Dinassa, Total ou Sol qui seront en capacité de gagner les appels d'offres.   

Le journal a obtenu copie d’une lettre d’une des petites compagnies au directeur général du BMPAD Ignace St Fleur pour exprimer « sa position concernant la décision du BMPAD de la libéralisation de l’importation des produits pétroliers ». « La libéralisation des dits produits pétroliers, diesel, gazoline et kérosène, devrait se faire selon les conditions suivantes :

- Le remboursement intégral des dettes du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) envers les compagnies pétrolières ; l’établissement d’un mécanisme financier permettant de s’assurer que les subventions de l’État Haïtien sur les dits produits pétroliers soient aussi porteuses d’une garantie sous forme de lettre de crédit, ceci afin de garantir les paiements et de minimiser les risques éventuels pour les compagnies pétrolières ; que les subventions de l’État Haïtien sur les dits produits pétroliers soient comptabilisées dans la monnaie de transaction initiale (selon la facturation faite aux compagnies pétrolières), soit le dollars USD, ceci afin de minimiser les risques de pertes de change qui affectent indument le bon fonctionnement des compagnies pétrolières ; que la BMPAD demeure l’instance régulatrice du secteur pétrolier », a lit-on dans cette lettre.

« Ces quatre points de recommandations ne sauraient représenter une liste exhaustive des mesures à prendre pour le bon fonctionnement du secteur pétrolier en Haïti, mais les plus urgente du moment et les seules permettant à ramener une certaine stabilisation au niveau de l’approvisionnement du pays en dits produits pétroliers », a fait valoir cette petite compagnie, selon notre source.

Cette mesure peut permettre un « fonctionnement assez classique », la possibilité de « travailler dans des conditions plus normales » et devrait permettre « d’éviter des ruptures de stocks », a confié au journal une source proche d’une des grandes compagnies pétrolières. Il faudra attendre et comprendre mieux ce que veut faire l’Etat, a-t-elle poursuivi avant de revenir sur le « problème de trésorerie » confronté par beaucoup de compagnies pétroliers.  Si l’Etat libéralise et que les compagnies n’ont pas de trésorerie pour importer, il y a un problème à résoudre, a poursuivi cette source qui indique être au courant du paiement d’une partie de la dette « à rembourser » à au moins une compagnie, une parmi les petites.

Appelée également SBLC (stand-by letter of credit), la lettre de crédit stand-by « est une garantie bancaire avec laquelle l'importateur garantit à son fournisseur que sa banque se substituera à lui s'il est défaillant, à condition que l'exportateur présente les documents réclamés comme preuve de l'existence de la créance », peut-on lire sur internet. 

Le journal, d’une autre source, a appris que la mesure de la BMPAD a été discutée avec les compagnies pétrolières. L’annonce est un peu précipitée, a-t-elle indiqué. Par ailleurs, pour les petites compagnies n’ayant pas les reins solides, ce ne sera pas facile de mobiliser une lettre de crédit stand-by en participant à chaque appel d’offre sans avoir la certitude de remporter le bid.

Mais, une chose est certaine, l’Etat se déleste du fardeau d’avoir à alimenter le marché. Il le passe aux compagnies pétrolières, a expliqué cette source. Il y a sur le marché des changements, des actions pour mettre hors jeu Novum, contraint de s’adapter, de trouver un statut au regard de la législation Haïti. Il y a aussi des positions dominantes qui sont confortées, a indiqué cette source sans rentrer dans les détails. Le journal a appris que des efforts sont faits pour commencer le paiement des 37 millions de dollars de dette envers Novum.



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