Une crise aux responsabilités multiples

Publié le 2019-03-01 | Le Nouvelliste

Haïti est sous la tutelle de l’ONU depuis 2004, à la suite de la crise politique ayant contraint l’ancien président Jean-Bertrand Aristide à l’exil. La Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), qui s’est retirée du pays en octobre 2017, a été remplacée par la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH). De la MINUSTAH à la MINUJUSTH, Haïti est depuis 2004 sous la tutelle onusienne. Le coût d’une telle opération s’élève à des milliards de dollars américains. Des milliards de dollars dépensés pour la stabilisation en Haïti. Quelle stabilisation ?

Moins de deux ans après le départ de la MINUSTAH, sous les yeux de la MINUJUSTH, Haïti vit une crise politique aiguë sur fond de revendications sociales légitimes d’une bonne partie de la population haïtienne. La gigantesque manifestation du 17 octobre 2018 et celle du 7 février 2019 pour exiger la reddition de comptes, suivies de l’opération ‘’pays locked’’ attirent les projecteurs sur le pays. Ces évènements sont exploités par l’opposition pour exiger le départ du président Jovenel Moïse, arrivé au pouvoir il y a deux ans.

Les activités ont repris totalement à travers le pays depuis le lundi 25 février, mais on n'a pas encore évalué la facture des derniers évènements sur les plans politique, économique, culturel… Cependant, nous savons déjà que notre pays est rayé de la carte touristique mondiale. Cette mesure porte la plupart des compagnies aériennes à réduire leurs vols sur Haïti. Le carnaval national est annulé. Les prix des produits de première nécessité grimpent. Bref, le pays s’enlise dans la crise. Même si le président Jovenel Moïse n’a pas été contraint à la démission, nous sommes cependant loin du dénouement de la crise.

La situation actuelle traduit l’échec des institutions haïtiennes à répondre aux revendications légitimes de la population. N’est-il pas un secret de polichinelle de dire que l’État haïtien a failli à sa mission ? Cette mauvaise note doit être cependant partagée avec nos amis de la communauté internationale qui nous dictent très souvent les décisions à prendre. N’est-ce pas eux qui décident quand il faut avoir des élections ? N’est-ce pas eux qui décident qui gagnent ou qui perdent ? N’est-ce pas eux qui décident quand il faut avoir transition ou non ? De nombreuses anecdotes dans notre histoire récente peuvent en témoigner.

Cette crise est aussi l’échec de l’ONU qui dépense depuis 2004 des milliards pour stabiliser Haïti. S’il faut reconnaître que la MINUSTAH avait permis à René Préval et à Michel Martelly d’achever leur mandat, il faut aussi reconnaître que, moins de deux ans après son départ, le pays est plongé dans l’incertitude. La crise actuelle est aussi l’échec des ONG qui nous assistent depuis toujours. On se rappelle que les bailleurs de fonds avaient choisi au cours des décennies 80-90 d’écarter l’État haïtien – trop corrompu - dans la gestion directe de l’aide au profit des ONG. Pour quel résultat ? Chaque ONG peut s’enorgueillir d’être le sauveur des plus pauvres de la population haïtienne. Mais un fait reste certain, la misère gagne du terrain. Cette crise est aussi l’échec de nos élites qui, depuis notre indépendance, accaparent les richesses du pays au grand dam de l'immense majorité de la population. Aujourd’hui encore, alors que le gros de la population vit dans la crasse, une minorité, déconnectée de la réalité, vit dans l’opulence.

La crise actuelle peut être une occasion pour sortir Haïti du cycle de la pauvreté et de la mauvaise gouvernance. Cela est possible, à condition que nous ne répétions pas les erreurs que les générations d’hier avaient commises dans la lutte contre le système. Il nous faut plus qu’un mouvement du genre « ôte-toi que je m’y mette ».

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