Crise politique

"Pays lock": Jovenel Moïse et Jean-Henry Céant se taisent, les lignes bougent

Publié le 2019-02-11 | Le Nouvelliste

5e journée de paralysie totale des activités à Port-au-Prince et dans les villes de provinces. Des gens attaquent et pillent des magasins. La Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti et les Chambres départementales se disent alarmées par la détérioration rapide de la situation générale du Pays. La CCIH dénonce les déclarations incendiaires des uns, l'irresponsabilité, le manque de vision et de leadership. Elle demande au président de la République d’entamer un dialogue avec tous les secteurs dans lequel aucun sujet ne sera tabou. Entretemps, Jovenel Moïse et Jean-Henry Céant se taisent.

Le mécontentement généralisé de la population est justifié, a reconnu d’entrée de jeu la Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti dans un communiqué publié le lundi 7 février. Craignant une catastrophe imminente pour le pays tout entier, la CCIH lance un ultime cri d’alarme. La CCIH « Constate l'échec de nos autorités à anticiper et à prévenir les dérapages fiscaux et financiers de l'Etat qui ont entraîné ce déficit extraordinaire avec pour conséquences la dépréciation accélérée de la gourde, l'inflation galopante qui s'accentue, la paupérisation et le désespoir de la population en plus de la décapitalisation des entreprises et la perte du pouvoir d'achat des salariés. »

La Chambre de commerce « exhorte fortement le président de la République, s’il veut que soit maintenu l'ordre constitutionnel dans le Pays, à inviter, en toute humilité, en compagnie de son Premier Ministre et des Présidents du Sénat de la République et de la Chambre des Députés, dans une déclaration solennelle à la Nation, les différents secteurs politiques, sociaux et économiques à un dialogue national inter-haïtien, véritable et transparent, en donnant la garantie publique qu'aucun sujet ne sera tabou même les mandats respectifs du Premier Ministre, des Parlementaires et du Président de la République. »

La CCIH propose que les autorités étatiques adoptent des actions d'urgence, réalisables et mesurables, visant à instaurer un régime d'austérité au niveau du budget de l'Etat en supprimant toutes les dépenses non-essentielles, à restaurer l'ordre public et à permettre à la population de vaquer librement et paisiblement à ses activités.

Ensuite, la CCIH invite le président et tous ceux qui participeront à ce dialogue, à déclarer qu'ils respecteront les conclusions de ces assises nationales organisées et dirigées par un Conseil de sages proposés par les secteurs organisés de la société. Les conclusions qui sortiront de ces assises nationales inclusives et inter-haïtiennes seront sans appel et seront imposables à tous les Pouvoirs et à toutes les parties,  recommande la Chambre de commerce.

Jovenel Moïse et Jean-Henry Céant sortis des radars

Le président de la République et le Premier ministre sont sortis des radars à un moment où le pays est au bord de la catastrophe. Déjà cinq jours depuis la paralysie totale de toutes activités à Port-au-Prince et dans les villes de provinces à la suite d’un appel pour une opération ‘’pays lock’’ lancé par l’opposition politique. Les principaux axes routiers du pays sont bloqués, le transport en commun, les écoles, le commerce, l’administration publique… rien de ne fonctionne en continue depuis le 7 février à l’appel de l’opposition qui exige le départ de l’équipe au pouvoir.  Jovenel Moïse et Jean-Henry Céant ne pipent mots.

« Le président travaille sérieusement sur la cherté de la vie, c’est pourquoi qu’il y a actuellement une mission à Washington. Il travaille avec des partenaires politiques et économiques… », a expliqué Guichard Doré sur le silence du chef de l’Etat. Le conseiller spécial de Jovenel Moïse qui intervenait lundi matin à l’émission Panel Magik sur Radio Magik9, ne pouvait pas clairement expliquer pourquoi le pays est bloqué depuis cinq jours.

Interrogé sur ce que fait le pouvoir pour débloquer la situation après 5 jours de paralysie des activités dans le pays, le conseiller spécial du président de la République a réitéré l’appel au dialogue lancé par Jovenel Moïse depuis plusieurs mois. « Le président tend la main à tout le monde », a-t-il dit. Un appel au dialogue rejeté par l’opposition. « Il n’y a pas d’alternative au dialogue », a avancé Doré, soulignant au passage quand on ne veut pas le dialogue c’est l’affrontement.

« Nous avons un pays à construire ensemble, le gouvernement a entendu le cri de la population », a avancé Guichard Doré soulignant que des actions sont en cours pour soulager la situation de la population.

Parmi les pistes de solution évoquées au Palais national pour sortir de la crise, la démission du président de la République n’en fait pas partie, a soutenu Guichard Doré. Il a évoqué la Constitution pour appuyer sa position. Le conseiller spécial du chef de l’Etat n’est pas en mesure de dire si les activités reprendront demain mardi ou mercredi ou…

Selon un autre conseiller du président Jovenel Moïse requérant l’anonymat, « Si les autorités dûment constituées permettent à la situation de se détériorer à un point tel que l'ordre public cause une rupture, les Etats-Unis, comme tout autre pays, ou instance multilatérale - ONU, OEA, CARICOM prendront acte d'un vide exécutif, que la constitution doit permettre de remplir. »

« Une médiation internationale, de préférence onusienne, serait donc fort utile, si les antagonistes refusent d'obtempérer », a-t-il dit « Aussi, il s'agit d'une rechute à l'instabilité, qui risque de garder Haïti sous l'égide du chapitre 7 de la Charte de l'ONU, alors que la mission d'évaluation stratégique de l'ONU conduite par Jean-Pierre Lacroix, sous-secrétaire général aux opérations de maintien de la paix envisageait une présence politique, vraisemblablement sous l'égide du chapitre 6. » 

Du côté du Premier ministre c’est le silence radio le plus total. Jean-Henry Céant n'a fait aucune déclaration publique depuis sa visite au parquet de Port-au-Prince le 4 février dernier. Le Nouvelliste a tenté en vain d’entrer en contact ce lundi avec le chef de cabinet et le porte-parole du Premier ministre.

La communauté internationale à travers le Core Group a dit prendre note des revendications exprimées par les manifestants lors de la journée de contestation du 7 février 2019. Elle déplore les pertes en vie humaines et les dégâts matériels occasionnés par « les inacceptables actes de violences qui ont eu lieu en marge des rassemblements, tout en saluant le professionnalisme dont a fait preuve la Police Nationale d’Haïti dans son ensemble. »

Le Core Group appelle les acteurs de la société haïtienne, et en premier lieu les dirigeants du pays, à engager un dialogue constructif et inclusif afin d’identifier et mettre en œuvre des solutions réalistes et pérennes à la crise politique et économique dans laquelle Haïti est actuellement plongée. A cet égard, le  Core Group dans un communiqué, encourage le gouvernement à accélérer ses réformes structurelles visant à promouvoir une meilleure gestion des ressources de l’Etat, améliorer les conditions de vie de la population en précarité, lutter contre les disparités, et favoriser le climat d’investissement pour stimuler le développement des secteurs productifs.

Le Core Group qui soutient que « dans une démocratie, le changement doit se faire par les urnes, et non par la violence », exhorte le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif à collaborer afin que la loi électorale ainsi que la loi de finances pour l’exercice fiscal 2018-2019 soient adoptées et promulguées sous les meilleurs délais. « Ce n’est qu’au travers de ces actions que les scrutins prévus par la Constitution pour octobre 2019 pourront se dérouler de façon libre, juste, et transparente, et qu’un vide institutionnel sera évité. »

Depuis la publication de ce communiqué du Core Group, l’opposition a intensifié le mouvement de protestations pour exiger le départ du président de la République. Plus de barricades enflammées sont constatées dans les rues à Port-au-Prince ce lundi 11 février. Seuls quelques taxis motos assurent le transport des rares passagers bravant le danger des barricades et des manifestations souvent violentes. 

Par ailleurs, en plus des organisations politiques Fanmi Lavalas, Pitit Dessalines, le secteur dit démocratique et populaire, les politiques AYISYEN POU AYITI, FUSION, KONTRAPÈPLA, MOCRHENHA, OPL, GPPP- MOPOD, VERITE et VEYE YO exigent maintenant la démission de Jovenel Moïse.  

Ses derniers articles

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".