Haïti, un autre 7 février compliqué

Publié le 2019-02-06 | Le Nouvelliste

Editorial -

Ce 7 février devrait être un jour de fête. Pour deux raisons. C’est le jour qui marque le début de la transition démocratique en Haïti avec le départ le 7 février 1986 du dictateur Jean Claude Duvalier. C’est aussi le jour de la prise de fonction du président Jovenel Moïse, il y a deux ans.

Ce 7 février 2019, on ne commémorera ni l’un ni l’autre de ces événements. Ce 7 février sera un jour de protestations. Dans les rues, comme annoncé par l’opposition. Dans les cœurs, car rares sont les Haïtiens et Haïtiennes heureux de leur sort ces jours-ci.

Sachant la situation difficile, le 5 février, l’administration Moïse-Céant avait convoqué la presse pour assister à un grand show : un Conseil des ministres ouvert au public, pour le public. Des mesures pour combattre la vie chère allaient être dévoilées, avait-on promis.

Il n’en fut rien.

D’entrée de séance, à la demande du président Jovenel Moïse, le premier ministre Céant a lu une série de onze mesures qui portent sur le train de vie de l’Etat que l’Etat se montre incapable de faire appliquer depuis deux ans.

S’en est suivi un exercice de questions-réponses entre le président Jovenel Moïse et les membres du gouvernement où les ministres étalèrent leur incapacité à répondre aux attentes de la population et aux questions du chef de l’Etat.

En troisième partie, sans passer par aucune suggestion ou discussion pour comprendre comment on y est  arrivé, le secrétaire général du Conseil des ministres Renald Luberice sort de son chapeau deux résolutions. L’une porte sur « l'urgence économique », un concept dont on ignore tout. Et une autre résolution porte sur la suspension des franchises douanières et fiscales, sauf certaines exceptions, ce jusqu'au 30 septembre 2019.

Il n’était même pas nécessaire d’attendre la fin du show médiatique pour comprendre que l’exercice avait été mal ficelé. Et sur le plan du contenant, la communication, et sur le plan du contenu, les faibles mesures annoncées.

Les observateurs attentifs se demandent encore où sont passés les huit produits de première nécessité dont les prix vont diminuer. Le premier ministre tout sourire en a fait l’annonce mais aucun ministre ni lui-même n’a décliné la liste desdits produits.

Le Conseil des ministres radiotélévisé et exceptionnel n'a pas tenu ses promesses. Les mesures économiques et la façon de faire du tandem Moïse-Céant ressemblent comme deux gouttes d’eau à celles de l'administration Moïse-Lafontant qui l’a précédé avec l’insuccès que l’on connaît.

Il y a même, d’une administration à l’autre, des dénominateurs communs qui ne changent pas: La constance dans l'inefficacité, la méconnaissance de l'administration et un engagement à ne pas respecter les acteurs économiques.

Quand le ministre de la Culture et de la Communication a rappelé que cette série de mesures dans sa grande majorité avait déjà été adoptée et ignorée et qu’il a demandé qui va surveiller, cette fois, leur application, il n’y a pas eu de réponse ni du président ni du premier ministre.

Et pourtant, il est évident que l’un des nœuds de nos problèmes passe par l’inapplication des propres décisions de ce gouvernement par ses membres. Comment responsabiliser les ministres qui sont seuls responsables de l'exécution du budget de leur ministère et de la gestion des organismes qui relèvent d'eux ? Comment les impliquer dans la lutte contre le gaspillage et la corruption quand ils sont ordonnateurs ou adorateurs de la bamboche dépensière ?

Après la mésaventure du 5 février qui annonce des jours pénibles, plus encore que pour des raisons politiques, l’exécutif haïtien doit penser à faire le ménage dans ses rangs. Il y a des branches faibles dans l’échafaudage. Des oranges pourries. Des maillons défectueux.

Jusqu'à ce jeudi, la gourde n'a pas repris un centime sur le dollar. Réduire le train de vie de l’Etat et essayer de réduire les prodigalités de l’administration avaient pour but de renforcer notre devise. Il n’en est rien pour le moment.

D’ailleurs, aucune mesure prise ou annoncée depuis la catastrophique dédollarisation de mars 2018 n'a renforcé la valeur de la gourde. De Jack Guy Lafontant à Jean-Henry Céant, pas une seconde Haïti n'a cessé d’augmenter ses importations, l'Etat d'augmenter ses déficits, l’administration de rater ses objectifs.

Ce 7 février 2019, le gouvernement en place ne peut fêter. Il n’y a pas de victoire.

La population va se rabattre, encore une fois, sur les conquêtes du 7 février 1986 : la liberté de manifester et la liberté d’expression.

C’est très peu, mais faute de grives, on mangera encore des merles. Faute de fruits mûrs, on cueillera les vertes.

Frantz Duval
Auteur
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