Ils nous ont quittés en 2018

Le Nouvelliste, cette année encore, choisit de lister les citoyennes et citoyens, décédés (e) au cours des douze derniers mois, qui ont marqué la vie publique d’une manière ou d’une autre et dans certains cas donné de leur personne à la communauté.

Publié le 2018-12-26 | lenouvelliste.com

Emerante Depradines est décédée le 4 janvier 2018, à quelques mois de son centenaire. Chanteuse, danseuse, elle était tombée dans la marmite quand elle était petite, pourrait-on dire ; elle était la fille du compositeur et interprète Auguste Depradines, Candio. Elle a, toute sa vie, fait la promotion de la culture haïtienne, particulièrement des chants et danses traditionnels.

Rachel Beauvoir Dominique nous a quittés le 5 janvier 2018. Anthropologue, chercheure, professeure d’université, manbo, elle était la fille de Max Beauvoir, premier Ati national. Rachel Beauvoir Dominique avait publié en 1992 « L’ancienne cathédrale de Port-au-Prince » ; en 2003 « Savalou E » coécrit avec son mari Didier Dominique qui leur avait valu le prix Casa de las Americas.

Ronald Semelfort est parti le 2 février 2018, il était âgé de 64 ans. Ingénieur, physicien, analyste météorologique, professeur à l’Université d’Etat, il fut directeur de l’Unité Hydrométéorologique d’Haïti, ce qui l’avait souvent amené à prendre la parole dans les médias. Il a prêté ses services pendant 30 ans à l’administration publique haïtienne.

Gérald Mathurin est mort le 3 mars 2018, il avait 64 ans. Ingénieur-agronome, il a été ministre de l’Agriculture sous la présidence de René Préval. Homme passionné et engagé, il n’a pas pu faire carrière dans la politique comme il l’avait souhaité ; prétendant à deux reprises aux élections sénatoriales du Sud-Est, sous la bannière du parti OPL, sa candidature n’a pas été validée par le Conseil électoral du fait qu’il n’avait pas obtenu décharge de sa gestion comme ministre. Jusqu’à la fin de sa vie il est demeuré un politique et un professionnel très respecté dans le milieu.

Michel William était agronome; il s’est suicidé chez lui le 28 mars 2018 ; à l’entame du week-end de Pâques. Il avait 76 ans. William Michel était « une gueule ». Il connaissait bien le fonctionnement institutionnel du secteur de l’agriculture et ne se privait pas de le décortiquer dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Yves Déjean, linguiste, éminent professeur d’université, grand défenseur de la langue créole a tiré sa révérence le jeudi 29 mars 2018 ; il avait 90 ans. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont le très remarqué « Yon lekòl tèt anba nan yon peyi tèt anba » qui a contribué à éveiller la conscience de plus d’un sur le mal fonctionnement et l’inadéquation du système scolaire haïtien.

Général Henry Namphy, haut gradé de l’armée d’Haïti, ancien président du Conseil National de Gouvernement (CNG) qui a dirigé le pays après le départ de Jean-Claude Duvalier en 1986, est décédé le 26 avril 2018, en République dominicaine où il était établi depuis 30 ans. Il avait 85 ans. Le général Namphy avait la charge d’organiser les élections de novembre 1987 qui s’étaient terminées par le massacre de la rue Vaillant. Il avait inventé et popularisé les termes « bamboche démocratique » et « correction démocratique » en employant ce dernier après qu’il eut fomenté et réussi à déposer le président Lesly Manigat dont il avait favorisé l’élection.

Docteure Michaëlle Amédée Gédéon est décédée le 22 août 2018, des suites d’un accident de la route, près de la ville des Cayes. Médecin, elle a été ministre de la Santé publique et de la Population et présidente de la Croix-Rouge haïtienne. Nous gardons d’elle le souvenir d’une personne intelligente, mesurée, d’une belle lectrice aussi.

Rosemond Pierre, dit Ti Rosemond, a été assassinée le 11 septembre 2018 sur la route de l’Arcahaie. Il avait 50 ans. Il avait été un brillant milieu offensif du club de football Aigle noir ; il était entraineur du Real Hope Academy. Beaucoup de citoyens, de citoyennes ont, comme Ti Rosemond, été blessés ou tués sur cette route en 2018.

Edouard Viala est décédé le 27 septembre 2018 ; il était médecin. Il a été secrétaire général puis président de la Société haïtienne d’obstétrique et de gynécologie. Professionnel respecté, il laisse une belle empreinte dans le monde de la médecine haïtienne.

Gérald Bloncourt nous a quittés le 20 octobre 2018. Photographe, journaliste, écrivain, né à Bainet, il avait 92 ans. Contraint de quitter Haïti pour avoir été parmi les instigateurs et acteurs des bouleversements populaires de 1946, il a passé 72 ans à l’étranger sans que jamais son pays d’origine ne le déshabite. Invité de l’émission de Yasmine Chouaki, en Sol Majeur, sur RFI, en 2009, il avait choisi comme musique d’entrée La Dessalinienne. Son dernier livre « Un homme peau noire peau rouge, un homme de toutes les saisons » est sorti après son décès aux Editions Mémoire d’encrier.

Jean Céradieu Augustave, Diplomate de carrière, ancien professeur à l’université, est décédé le 25 octobre 2018, à Bogota, en Colombie où il était chargé d’affaires par intérim, avec rang d’ambassadeur. Ceux qui l’ont connu le décrivent comme un homme compétent, digne, bon professeur et bon camarade. Les cadres du ministère des Affaires étrangères, ses anciens étudiants, voient en sa disparition une grande perte pour la diplomatie haïtienne.

Monseigneur Guire Poulard, archevêque de Port-au-Prince de 2011 à 2017, est décédé le 9 décembre 2018. Il avait 76 ans. Ordonné prêtre en 1972, il fut évêque de Jacmel puis des Cayes. Ses prises de position contre le régime Aristide en 2004, ses coups de gueules publique contre la corruption, l’incompétence, les inégalités lui ont conféré un aura particulier. Il est demeuré jusqu’à la fin une figure respectée.

Général Williams Régala, haut gradé de l’armée d’Haïti, membre et ministre de l’Intérieur du Conseil National de Gouvernement (CNG) qui a succédé à Jean-Claude Duvalier en 1986, ancien ministre de la Défense du gouvernement Martial Célestin en 1988, est mort, chez lui à Port-au-Prince, le 23 décembre 2018. Le général était à la tête des services secrets sous la présidence de Jean-Claude Duvalier. Souvent cité comme faisant partie des instigateurs du massacre de la rue Vaillant à Port-au-Prince pendant la journée électorale du 29 novembre 1987, il n’a jamais été réellement inquiété par la justice.



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