Que faire après la grève et les discours ?

Publié le 2018-11-22 | Le Nouvelliste

Editorial -

Dans un pays à l’arrêt depuis dimanche, le président Jovenel Moïse a pris la parole mercredi soir pour s’accrocher à la seule chose sûre du paysage : la Constitution qui lui donne un mandat de cinq ans.

Sans faire allusion aux problèmes auxquels il est confronté, sans promettre de solution miracle, sans même demander aux Haïtiens de reprendre le travail ou de retourner à l’école, le président, dans une mise en scène martiale et un ton convaincu, a parlé au pays pour la deuxième fois depuis dimanche.

Il est trop tôt pour dire si les mots présidentiels du jour auront un poids sur l’actualité. Les premières réactions ne dénotent aucun enthousiasme.

Le pays vit une crise multidimensionnelle en l'absence de toute réaction des institutions. Le Parlement est en dysfonctionnement. Le judiciaire est en panne. Le gouvernement est en attente de replâtrage.

Le secteur privé est silencieux. Les églises se taisent. La société civile observe. La communauté internationale consulte. La population subit les affres de la dépréciation de la gourde et les soubresauts de l’insécurité.

Le président Jovenel Moïse a parlé mercredi soir. Après s’être fait attendre 24 heures. Des journalistes bien informés avaient cru savoir de quoi allait parler le chef de l’Etat. En fait, quand Jovenel Moïse a pris la parole, il n’a rien dit de ce que qui que ce soit savait, attendait ou espérait qu’il dise.

Moïse a fait un Moïse comme il les aime. Il a parlé de lui, de son mandat, de sa place dans notre démocratie et a fait une seule nouvelle promesse : une commission de démobilisation, de désarmement et de réinsertion (DDR) va être mise sur pied pendant que la police et la justice vont mettre la main au collet des coupables qui courent les rues.

Cette option de passer par une commission DDR avait donné des résultats, il y a plus de douze ans, sous la présidence de René Préval. Entre la crise économique et la crise sécuritaire, la présidence a choisi son adversaire. D’ailleurs, tous les membres du Conseil supérieur de la police nationale, Premier ministre, ministres de la Justice, de l’Intérieur, de la Sécurité publique et chef de la police, encadraient le président pendant la livraison de son message.

Ce discours du 21 novembre aurait été tellement parfait le 17 novembre ou trois mois avant. Avant les manifestations du 18 novembre et bien avant les trois journées de grève générale que vient de connaître le pays. Mais le monde n’est pas parfait. On devra s’en contenter.

Bien entendu, ceux qui ont espéré un moment que le président de la République cède une once de son pouvoir au Premier ministre doivent se mordre les doigts. Ceux qui espéraient qu’il reconnaisse une quelconque vertu aux mouvements de l’opposition aussi peuvent aller se rhabiller. En Haïti, les présidents n’ont jamais tort. Ni en pensée, ni en action, pas même par omission.

Le dialogue est réclamé et proposé par la présidence comme par l’opposition, mais, en fait, personne ne s’assoit à la même table pour le faire. Il n’y a pas de front uni de l’opposition, et entre le président et le Premier ministre on se renvoie la balle. Un jour c’est l’un qui s’en occupe, un jour c’est l’autre qui en a la charge.

Reste à savoir qui pourra amener les parties haïtiennes autour d’une table pour qu’elles abordent les questions qui concernent les intérêts d’Haïti. Cela commence à devenir vraiment urgent qu’un vrai dialogue commence après les vains mots des uns et des autres.

Frantz Duval
Auteur
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