Le temps de la confusion

Publié le 2018-11-12 | lenouvelliste.com

Ce lundi est le premier lundi de l’histoire récente de ce pays (depuis 1919) qui voit les transactions se faire à un taux de change de 75 gourdes pour un dollar américain. La chute de la valeur de la gourde est devenue une constante de ces derniers mois. Ce nouveau palier ne choque personne. On n’en parle même pas. On serre les dents. On accepte. On finira par s’habituer en attendant la prochaine glissade. La confusion sur les causes de cette dégringolade a raison de tout bon sens.

Moïse Jean-Charles, leader de l’opposition en chasse d’attention, a hissé le week-end écoulé un étendard noir et rouge au haut d’un mât à Vertières. Un étendard, mais pas le drapeau des Duvalier. Cela fait des mois que sporadiquement, Moïse, toujours en chemise rouge, fait flotter le noir et rouge dans des manifestations. Ces couleurs rappellent la dictature. Moïse se dit de gauche. Ce lundi, plus d’un se demande si le leader de Pitit Dessalines a fait un coup d’éclat ou posé un acte révolutionnaire. Se rapproche-t-il de Dessalines et de son drapeau noir et rouge ou fait-il allégeance au régime des Duvalier ? Moïse Jean-Charles se réclame-t-il de l’autoritarisme des présidents et monarques qui ont régné en Haïti avec le noir et le rouge ou veut-il lancer une nouvelle ère loin des passés révolus ? Moïse devra vite nous expliquer sa pensée profonde avant que la confusion n’enlève tout sens à son action.

Le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, maître Clamé-Ocnam Daméus, multiplie les actions. Après la série des lettres d’invitation, tombent les gels de comptes en banque d’une trentaine d’entreprises. Tout semble être lié au dossier PetroCaribe et à d’autres cas présumés de corruption. En même temps, un juge d’instruction instruit en toute discrétion le dossier PetroCaribe après des plaintes de plusieurs citoyens. En même temps, la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif promet un rapport sur la gestion du fonds PetroCaribe. Cela n’empêche pas que la même juridiction et l’Unité de lutte contre la corruption traitent de cas qui intéressent le commissaire du gouvernement. Dans le meilleur des mondes, on devrait se réjouir d’autant de sollicitudes pour combattre la corruption. En même temps, on doit craindre que la confusion ne tue l’effort des uns et des autres. Combien de mauvaises causes n’ont été sauvées par des procédures mal engagées !

Le premier ministre Jean-Henry Céant cherche un nouveau souffle pour son mandat. On parle ici et là de remaniement ministériel, de crise de management ou de régime en panne. Tous les acteurs politiques, le premier ministre lui-même, acceptent l’idée que quelque chose ne tourne pas rond ces dernières semaines. Le président doit se réinventer. Le premier ministre doit s’inventer. Le pays a besoin d’être gouverné. Tout se passe si lentement et si rapidement que la confusion risque de tout emporter.



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