... Est-ce urgent de renverser le président Jovenel Moise ?

REGARDS

Publié le 2018-11-05 | Le Nouvelliste

National -

Évidemment, la démocratie ne se résume pas uniquement aux élections, au parlementarisme et au multipartisme. Bien entendu, «la démocratie est le régime politique dans lequel le pouvoir est contrôlé par le peuple, c’est le principe de la souveraineté », «Pèp souvren».

Doit-on, pour autant, décréter la permanence de la rue? Si la rue est le poumon de la démocratie, chez nous, elle semble souffrir de difficultés respiratoires ! Nous ne pouvons pas donner carte blanche au pouvoir, ni un blanc-seing à l’opposition.

Nous étions mal partis

Notre transition démocratique débute le 7 février 1986 avec une junte militaro-civile, nommée par le dictateur déchu, Jean-Claude Duvalier. Les militaires interpréteront ce geste comme une prime de séparation qu’ils vont âprement se disputer.

La junte éclate moins de 6 semaines plus tard, avec la démission de Gérard Gourgue.

Ce fut le premier toussotement de notre «fœtus démocratique».

Mais retenez votre respiration ! Les militaires/makouts vont nous bousiller les 8 premières années de transition, de 1986 à 1994 :

• 5 coups d’État ou tentatives : (Namphy, Avril, Rébu, Lafontant et Cédras);

• 3 élections présidentielles: (une noyée dans le sang, la mascarade «manigatesque» et le triomphe d’Aristide);

• 7 chefs d’État, un seul élu démocratiquement (Namphy x2, Avril, Trouillot, Aristide, Jonassaint, Nérette).

Avec une moyenne de longévité d’à peine un an par mandat de chef d’État, le pays n’a jamais été gouverné. En 8 ans, les militaires ont tué la démocratie dans l’œuf. À chaque fois, ils couvaient de nouvelles aventures qui n’ont jamais éclos.

La désillusion Lavalas !

De retour à «l’ordre constitutionnel », c’est la valse lavalassienne «Titid-Tirene»1994-2004, un record de la période post-1986, 3 chefs d’État en 10 ans.

Les masses désorganisées par la répression militaire et déçues des promesses en l’air se désintéressent du spectacle.

L’opposition, impatiente d’exécuter ses pas, chahute les nombreux faux pas de J. B. Aristide qui mène la danse!

Et vint celui-ci, son contrat en poche et une «Chorégraphie Sociale » pour 184 danseurs. Il mit hors concours Aristide qu’il accuse d’écraser les pieds de ses partenaires.

Évidemment, une fois Aristide expédié en Afrique du Sud, pour aller danser le Sipiwe avec les Zulus, le contrat et la chorégraphie ne seront jamais exécutés.

De 1986 jusqu'à 2004, aucun mouvement insurrectionnel n’avait jamais corrigé les maux du pays. On s’attaque aux personnalités, renvoyant aux calendes grecques les questions structurelles.

Victoire à la Pyrrhus de la rue (2004-2016)!

La démocratie de la rue à l’haïtienne adore les raccourcis. La formule est simple. Les coups d’État armés n’ont plus la cote, essayons les manifestations émeutières, violentes et séditieuses. Des détours qui aboutissent à des impasses.

En 12 ans, tout s’est réglé dans les rues : du renversement d’Aristide, en passant par l’élection bâclée de Préval, jusqu'à l’imposition de Martelly au deuxième tour et la double élection de Jovenel Moise. Mais on a réduit le nombre de chefs d’État (5 en 12 ans).

Quel bilan réel pour le pays ? Qu’avons-nous gagné ? Casse, instabilité, exode, appauvrissement, prolifération d’armes, criminalité.

Partis politiques au pouvoir et opposition : même incapacité à mobiliser l’électorat.

Depuis 2001, nous n’avons eu que des présidents si faiblement et si douteusement élus que leur légitimité, voire leur légalité, sont constamment remises en question.

À peine 20% de participation aux dernières élections, c’est peu. La participation populaire en démocratie est une exigence, pas une option.

Pour se développer, Haïti devra prendre des virages drastiques et impopulaires que seul un gouvernement ayant une large base électorale peut risquer. Hélas, le discrédit des partis politiques (pouvoir et opposition) est général.

La paralysie des gouvernements faibles et la permanence insurrectionnelle de l’opposition nous conduisent invariablement au cycle perpétuel du «dekouchaj» et de l’instabilité. Le progrès est asphyxié.

L’abstention aux urnes est un carton rouge à toute la classe politique. Certes, elle a de graves conséquences. Un pays a besoin de citoyens actifs qui questionnent, délibèrent, choisissent et votent. Mais c’est également le rôle des partis politiques de transformer l’individu privé en citoyen public.

Et Maintenant…

En 2018, une énième fois, après 15 chefs d’État en 32 ans, certains politiciens nous invitent à chanter « time to say goodbye» à Jovenel. On connait l’air et la chanson. Ce qu’on ignore, ce sont nos chances d’en faire un hit…

Les militaires et les politiciens viennent de passer 32 ans à ne pas gouverner, mais à exercer le pouvoir ! Dans 32 ans, nous serons en 2050 ! Et les défis qui nous attendent sont énormes : 16,1 millions d’habitants à nourrir, loger, éduquer et soigner. Et cela fera plus de déchets à gérer, un réseau routier et un système de transports en commun à concevoir…

Combien parmi nous vivrons sous le seuil de la pauvreté ? Combien auront accès à des latrines? Combien de temps nous faudra-t-il pour traverser, en voiture, Port-au-Prince qui comptera 6 millions d’âmes (c’était la population totale d'Haiti en 1980)? Que restera-t-il de nos forêts et de nos terres arables?

1986, c’était à peine hier ! 2050, c’est déjà demain ! Aujourd’hui, l'urgence est la décote de la gourde qui nous appauvrit, le chômage qui pousse nos jeunes en exil, La gangrène de la corruption qui nous fait régresser, l’insécurité alimentaire pour 2 à 3 millions de compatriotes !

Haïtiens, dans 3 ans, ce sont les élections présidentielles. Quel parti a commencé à préparer son plan de relance pour la nation? Un leader incapable de vous convaincre avec des stratégies efficaces et réalistes, face aux défis d’aujourd’hui et de demain, ne mérite pas de nous diriger.

Aly Acacia
Auteur
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