Dossier Petro-caribe

Nous pataugeons dans la vase

Par Robert Paret Sr.

Par Robert Paret Sr.

Récemment, je suivais sur l’un des réseaux sociaux une interview du professeur Leslie François Manigat – accordée probablement quelques années avant sa mort - qui émettait une opinion basée sur l’observation et l’analyse de la société haïtienne. Sur le ton ferme, direct et convainquant qu’on lui connait, il déclarait sans ambages : « Nous sommes une société en pleine dégénérescence. » Ce qui ne manqua pas de m’étonner et me laisser perplexe. Venant d’un si éminent homme politique dont la plus farouche détermination à diriger son pays n’a jamais fléchi… il y avait bien de quoi être surpris. Après avoir approfondi sa réflexion et pénétré le fond de sa pensée, la justesse du raisonnement qui soutenait sa thèse finit par me convaincre qu’il n’avait pas tort. Il disait vrai, le professeur. (*)

La dégénérescence dont faisait mention l’interviewé pourrait se référer à une dévalorisation des valeurs morales et éthiques de la société. Elle pourrait tout aussi bien concerner la dégradation de notre système d’éducation ou de notre environnement. Cela pourrait faire ressortir la détérioration des rapports humains qui jadis liaient les Haïtiens entre eux, dans l’estime et le respect de chacun envers l’autre. Cela pourrait être aussi le navrant constat d’un manque de préoccupation des pouvoirs publics concernant la santé et la protection à accorder à la population. Toutes, des déviances qui mériteraient d’être corrigées si tel était le cas.

Et quand au-delà de cette dégénérescence viennent s’ajouter - comme il est constaté de nos jours - des fléaux aussi dévastateurs que la drogue, la contrebande et la corruption, l’État se trouve menacé dans ses fondements, et d’urgentes mesures de redressement s’imposent. Car à ce niveau il ne s’agit plus seulement de dégénérescence mais d’actions criminelles qui portent atteinte aux mœurs et à l’intégrité de tout un peuple. Surtout lorsque ces faits délictueux sont cautionnés, entretenus et protégés par un secteur mafieux qui agit de connivence avec les pouvoirs d’État. Des corrompus et corrupteurs qui ne reculent devant rien pour satisfaire leur ego et leur besoin jouissif d’étaler, sans vergogne et sans crainte, leurs biens mal acquis.

Comportement répréhensible qui se déroule pendant que dans nos centres hospitaliers des Haïtiens meurent par manque de soins indispensables et de médicaments nécessaires à leur guérison. N’est-ce pas scandaleux ?

Trop, c’est trop ! C’est ce qu’a compris la majorité de la population face à ces phénomènes outrageants qui ne cessent de prendre de l’ampleur à travers tout le pays. Car lorsque les organismes des Nations unies, dont le PNUD, notent que 85% des Haïtiens sont pauvres ou vivent au-dessous du seuil de pauvreté on ne peut plus parler seulement de dégradation économique, mais de génocide de tout un peuple.

Si on s’en tient à la dégradation de notre pays durant ces soixante dernières années – au début des années soixante nous avions le même P.I.B que la république dominicaine - il faut bien admettre que nous périclitons dangereusement et qu’à ce rythme nous risquons de disparaitre comme nation. Je ne me souviens plus de qui disait avec justesse : « Olye'n vanse, nou kase tèt tounen ».

Il faudra bien arrêter cette descente aux enfers qui nous conduit à une humiliante déchéance. Pour ce faire il convient de diagnostiquer le mal, de déterminer les causes qui l’ont provoqué et de prendre des mesures pour y remédier.

La vague de protestations et de revendications portée par les « Petro-challengers » vient à point nommé pour mettre fin à cette situation de dépravation et de corruption. Les initiateurs de ce mouvement, et de bien d’autres qui se sont fixés les mêmes objectifs, ont d’autant plus raison de s’impliquer à trouver des solutions, qu’ils seront les premiers concernés lors du remboursement de cette dette dont ils ont hérité et qui ne leur a été d’aucun apport. À ce titre ils doivent être les porte-étendards de cette protestation générale. La génération précédente qui a eu la responsabilité de conduire la barque nationale durant plus de trente ans a lamentablement échoué dans sa mission. Nous, de cette génération, devons bien l’admettre et faire notre mea culpa. Le flambeau doit être transmis à la jeunesse pour conduire le pays vers de nouveaux horizons. Nous avons trop tardé en route. Il est temps de rejoindre le concert des nations pour restituer à Haïti sa fierté et sa dignité.

L’exemple doit être tracé par l’affirmation d’une volonté de changement de tout le peuple pour un réel progrès. C’est pourquoi le « PROCÈS de PETRO CARIBE » doit se faire et se réaliser dans un esprit nationaliste, sans idées partisanes ou revanchardes, mais plutôt dans la repentance pour ceux qui savent avoir participé au dépècement de la nation et dans la ferveur chez ceux qui se consacreront à la rebâtir.