« Haitian Ladies Weekend », le rendez-vous des femmes haïtiennes de la diaspora aux USA

PUBLIÉ 2018-10-08


Ce premier week-end d’octobre, Washington était le point de conjonction de plusieurs dizaines de femmes haïtiennes venues de divers endroits des États-Unis afin de participer au « Haitian Ladies Weekend ». Ce qui ne fut au départ qu’un brunch entre amies il y a treize ans a évolué pour devenir un des grands moments de retrouvailles de la diaspora féminine haïtienne chez l’oncle Sam. Un événement signé Haitian Ladies Network qui se déroule désormais sur deux jours avec un symposium le samedi 6 et un brunch le dimanche 7 octobre 2018.

Ne cherchez pas des hommes dans la salle, vous ne risquez pas d’en trouver. Du moins, pas beaucoup. Les quelques rares têtes mâles que l’on voit sont soit des invités d’honneur tels que l’ambassadeur d’Haïti à Washington, Paul Altidor, soit des hommes venus prêter main-forte à la logistique tels que ceux que je croise à l’accueil lors du brunch à l’ambassade d’Haïti à Washington. Le Haitian Ladies Week-end est avant tout un événement pour les femmes et par les femmes. Des femmes toutes fières, revendiquant ou assumant leur « haïtianité ».

La journée du samedi 6 octobre 2018 est réservée au symposium marqué par plusieurs panels de discussions autour de différentes thématiques. Organisé pour la deuxième fois depuis l’existence de l’événement, il se déroule au George Washington University.

Le premier panel, modéré par Thamar Harrigan et baptisé « Engaging with Haiti », fait intervenir Jacqueline Charles, journaliste du Miami Herald ; Guetty Felin, cinéaste dont le film “Ayiti mon amour” fut présélectionné aux Oscars 2018 ; Léonie Hermantin, professionnelle très impliquée dans la diaspora et Haïti à travers des structures telles que Prodev, Sant La ; et Naomy Grand’Pierre, première femme à représenter Haïti en natation aux J.O. On a droit aussi à une causerie menée par Théola DeBose, qui nous permet de découvrir Yamiche Alcindor, journaliste correspondante à la Maison Blanche pour PBS et qui contribue aussi à NBC News et MSNBC. S’ensuit, entre autres, un panel autour du bien-être et de la santé mentale, « Strenght of Haitian Women : Self-care and resilience », animée par Dr Sandra Duval, avec les Dr Suzie Richardson Armas et J. Nadine Gracia comme intervenantes. Après cette journée bien remplie de débats en anglais, l’on se sépare pour mieux se retrouver le lendemain pour le Haitian Ladies Brunch.

Cette fois, on se rend au 2311 Massachusetts Avenue, où loge l’ambassade d’Haïti à Washington dès 1 heure de l’après-midi. C’est la sixième fois que l’ambassade accueille le brunch du Haitian Ladies Network. Elles sont plus de 300 femmes à faire le déplacement. Véritable vitrine de la richesse de notre culture, le local de l’ambassade est des plus attrayants en ce jour de fête. Les tableaux, des œuvres de maîtres pour la plupart, choisis avec goût, rehaussent les pans de mur et attirent les regards si ce n’est quelques minutes de contemplation et d’admiration. « L’ambassade est devenue une destination pour les Haïtiens ou Haïtiens d’origine, et même des étrangers. C’est littéralement l’ambassade la plus visitée à Washington », confie fièrement l’ambassadeur Altidor qui a élaboré toute une politique ces dernières années pour susciter plus d’intérêt pour Haïti.

Retrouvailles chaleureuses, effusions de joie, conversations spontanées et enthousiastes qui se nouent créent une ambiance sympathique. La cuisine créole est au rendez-vous. On s’en sert à volonté. Ici on se sent chez soi. Ici on n’a point peur d’aller vers l’autre. D’ailleurs, le Haitian Ladies Weekend est aussi un espace de networking qui attire un public d’horizons divers. Des activistes telles Marleine Bastien, Gepsie Metellus, Maritza Adosnis, des athlètes qui ayant représenté Haïti telles que Vanessa Clerveaux, des professionnelles et des jeunes de toutes aspirations. Et même si beaucoup comprennent difficilement le français ou le créole (les échanges étaient majoritairement en anglais), elles sont toutes présentes au nom de leur haïtianité, de leur attachement à notre culture, à leur origine.

Dans ses mots de circonstance, devant une assistance qui fut toute ouïe, l’ambassadeur Altidor a une fois de plus invité les unes et les autres à travailler, à s’impliquer pour changer l’image d’Haïti, à revendiquer leur haïtianité. « Je vous remercie de supporter les efforts de l’ambassade mais je veux aussi que vous continuiez à supporter la cause d’Haïti », a dit- l’ambassadeur qui a, de plus, invité, ceux qui sont éligibles (les Haïtiens d’origine notamment) à faire leur demande de passeport, document d’identité qui prouve leur nationalité. Il a même lancé l’idée du hastag #BanmPaspòm au niveau de la diaspora.

En marge de l’événement, quoique visiblement fatiguée, Nadine Duplessy Kearns, fondatrice du Haitian Ladies Network, n’a pas caché sa satisfaction. Elle et son équipe ont fait du bon boulot. Il y a treize ans, cette femme qui a émigré aux États-Unis à l’âge de 11 ans et qui s’est établie à Washington en 2000 a voulu créer un espace pour permettre à des femmes de se retrouver. De cette rencontre amicale, l’activité a grandi, s’est ouvert au public. « C’est un événement unique pour et par les femmes haïtiennes. Nous avons un comité de 10 personnes, toutes bénévoles, qui planifie l’événement à l’année. Continuer à grandir tout en maintenant le même souci de qualité est un grand challenge, mais nous tenons le coup. On envisage de devenir une plateforme globale qui va pouvoir regrouper les femmes haïtiennes un peu partout dans la diaspora », confie Nadine Duplessy Kearns, qui dévoile déjà que la quatorzième édition aura lieu du 11 et 13 octobre 2019 à Washington.



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