Pour Ginoue, Rutshelle, Nice et pour tous ceux que nous battons

Publié le 2018-10-03 | Le Nouvelliste

« Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. » On peut bien détourner la fable Le Loup et l’Agneau de La Fontaine pour mettre cette fois en accusation les loups qui sont parmi nous et qui appliquent à n’en plus finir à leur avantage la sentence « la raison du plus fort est toujours la meilleure ».

Oyez donc :

Ginoue Mondésir était une présentatrice vedette de Télémax. À l'époque, la chaîne 5 est l'une des plus populaires en ondes claires de la région métropolitaine. Ginoue est connue et appréciée. Le 25 décembre 2005, la nouvelle tombe : Ginoue a été sauvagement tuée par son conjoint.

Il y a trois ans, le 1er octobre 2015, c'est la chanteuse Rutshelle Guillaume qui dénonce les violences exercées sur sa personne par son conjoint. Rutshelle est connue, aimée, adulée. Ses concerts sont courus. Sa popularité sur les réseaux sociaux inégalée.

Le 2 octobre 2018, Nice Simon, mairesse de la commune de Tabarre, actrice vedette de I love you Anne et We love you Anne, deux des films les plus populaires de l'histoire du cinéma en Haïti, publie sur les réseaux sociaux une série de photographies montrant les traces de violences subies des mains de son conjoint.

Dans les trois cas, trois femmes, trois mères, trois visages connus sont victimes de la plus abjecte des violences. Les trois cas sont médiatisés, mais à chaque fois la société haïtienne peine à prendre clairement position pour condamner et poursuivre avec rigueur les coupables.

On leur trouve même des circonstances atténuantes. Les victimes deviennent des coupables. On argumente. On explique. On justifie.

Si les femmes que nous aimons sont ainsi traitées, imaginez le malheur et le calvaire des femmes anonymes, de celles qui sont quotidiennement battues dans l'indifférence générale.

Combien de mortes ? Combien d'estropiées ? Combien de femmes et de filles autour de nous vivent l'enfer ?

Personne ne le sait. Nous fermons les yeux. Nous nous bouchons les oreilles. Nous préférons rire et ironiser. Nous prêtons main-forte aux bourreaux par nos silences.

Dans les familles, à l’école, dans les églises et d'autres institutions comme la police, la justice et les organismes de défense des droits de la personne, on accepte, souvent comme une évidence, le fait que les enfants et les femmes sont battus en Haïti sans susciter de condamnation.

Nous, hommes et femmes de ce pays, nous laissons faire, nous laissons battre des enfants, nous laissons mourir des femmes par respect et admiration pour la violence familiale et conjugale alors que nous nous sommes débarrassés de la violence politique (kraze zo) et dénonçons régulièrement la violence policière.

Les autorités doivent prendre position. Les institutions doivent se prononcer. Les citoyens doivent s'en persuader. Il n’y a pas assez de combattants ni de combattantes qui mènent cette guerre. En Haïti, il y a même plus de femmes que d’hommes qui estiment qu'il est justifié qu'un homme batte sa partenaire, selon une étude publiée en juillet 2018 par le ministère de la Santé publique et de la Population et des organisations internationales.

Il est temps que nous prenions conscience en Haïti que personne n'a le droit de frapper une autre personne. Il est temps de convaincre la société haïtienne que toute forme de violence est à bannir dans les relations humaines.

Frantz Duval
Auteur
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