Le BMPAD ne stabilise pas le marché des produits pétroliers par ses pratiques

Publié le 2018-09-07 | lenouvelliste.com

Confrontés à des retards de livraison répétitifs, beaucoup d’opérateurs du marché pétrolier en Haïti ont les nerfs à vif. Pour le moment, en dépit des promesses du gouvernement de trouver une solution au problème de l'approvisionnement régulier du marché, il n’y a pas grande amélioration en vue. Ces derniers jours, parce que Novum, un broker, une nouvelle fois, exige d’être payé plus de 20 millions de dollars américains par l’État haïtien avant de débarquer sa cargaison de 250 000 barils de diesel, certaines compagnies pétrolières ont dû attendre pour avoir du carburant ou subissent un rationnement de fait.

Aux dernières nouvelles, a appris le journal de sources concordantes jeudi soir, le tanker MT High Tide, arrivé à quai le 3 septembre, a annoncé dans un message le 5 septembre qu’il a reçu l’instruction de débarquer 70 000 barils, une partie au terminal de Varreux et l’autre au terminal de Thor, le 6 septembre. Le journal a appris aussi que le ministère des Finances remue ciel et terre pour honorer les factures et permettre l'alimentation du marché en diesel, en attendant l'arrivée d'une nouvelle cargaison de gazoline.

Par rapport à leurs commandes, les compagnies reçoivent un volume de diesel pour alimenter leurs clients pendant quelques jours. «À quoi ça sert de soumettre nos besoins si le BMPAD décide de faire une répartition unilatérale des quantités reçues sous prétexte de vouloir restituer les stocks des autres compagnies et si les fenêtres établies ne sont pas respectées», a écrit une compagnie à une fonctionnaire de l’État s’occupant des dossiers relatifs au marché pétrolier.

Pour des sources proches du marché pétrolier, le retard dans la livraison de produits et les ruptures de stocks de certaines compagnies sont étroitement liés à l’absence de respect des clauses des appels d’offres et à la pénurie de dollars. Un importateur a gagné 4 appels d’offres et a été à chaque fois incapable d’importer le carburant en question. Par rapport à cela, le BMPAD a toujours eu recours à des appels d’offres d’urgence pour trouver des alternatives afin d’alimenter le marché, a confié une autre source qui se demande pourquoi l'entreprise en question n’a jamais été sanctionnée.

Souvent, c’est Novum, ce broker qui transporte cette dernière cargaison de diesel qui joue le rôle de roue de secours. Novum ne commercialise pas de carburant en Haïti et exige le paiement des factures échues avant de débarquer de nouvelles cargaisons, a poursuivi cette source. Quand le BMPAD importe deux navires de diesel et deux navires de gazoline par mois et qu’il y a des retards de livraison importants, cela est pénalisant pour tout le monde, a poursuivi cette source. Elle a confié qu’au niveau du secteur, les critiques contre le BMPAD sont de plus en plus ouvertes. Sa présence comme interface est remise en question.

«Le BMPAD, dans ces opérations, avait un sens lorsque le programme PetroCaribe existait encore», a expliqué notre source qui estime qu’il ne serait pas mauvais que les compagnies s’arrangent pour importer les produits dont elles ont besoin pour desservir leur clientèle. Le gouvernement, au courant de cette tendance, selon une source gouvernementale, n’envisage pas pour le moment de permettre aux compagnies d’organiser elles-mêmes l’importation des produits pétroliers pour que ne disparaissent les petites compagnies fraîchement installées qui n’ont pas les reins suffisamment solides pour importer.

Cette source, contrairement à la source gouvernementale, a souligné que la quasi-totalité des compagnies, membres de l’association de professionnels du pétrole, peuvent s’arranger pour qu’aucun opérateur ne soit pénalisé, pour qu’il n’y ait pas de mise à pied. Cependant, le risque est nul, a reconnu cette source qui croit qu’il est urgent que l’État haïtien fixe des normes de fonctionnement pour les stations à essence. Ces temps-ci, n’importe qui, sans respecter les normes, ouvre une station d'essence, sans label et grignote des parts de marché de ceux qui respectent les normes, s’est plaint un propriétaire de station à essence qui souhaite que les pouvoirs publics prennent les décisions intelligentes pour le marché pétrolier.

Les importations de ce secteur représentent entre 800 millions et 1 milliard de dollars américains par an. Le besoin de dollars pour importer des produits pétroliers, la rareté de dollar, la nervosité sur le marché des changes et le peu de lisibilité politique quant à un avenir stable ne jouent pas en faveur de la stabilisation de la gourde par rapport au dollar. Chaque jour, la gourde perd un peu plus de sa valeur par rapport au dollar, s’est inquiétée cette source.

Le ministre de l’Économie et des Finances, Jude Alix Patrick Solomon, au terme d’une réunion avec la BRH, le BMPAD, la BNC, a confié au Nouvelliste, mercredi 1er août 2018, «qu’une solution durable» a été trouvée pour que l’acquisition de produits pétroliers ne soit plus problématique.

Il avait annoncé dans la foulée que la dette à très court terme de 40 millions de dollars vis-à-vis des fournisseurs sera payée vendredi. Tous les bordereaux échus seront désormais payés à temps, avait garanti Jude Alix Patrick Salomon.

Les retards sont essentiellement dus à l’obtention à temps de dollars pour payer les fournisseurs compte tenu du fait que les compagnies payaient en gourdes, avait expliqué Jude Alix Patrick Salomon. À la faveur de l’arrêté stipulant que les transactions commerciales doivent s’effectuer en gourdes, « des gens sont entrés dans la brèche pour payer automatiquement en gourdes».

Le titulaire du MEF a souligné qu’on n’avait pas, au niveau de l’État, «pris le temps de bien préciser que les transactions pour les biens importés doivent s’effectuer en devise». Il n’y a pas eu de problème de disponibilité mais d’accès à temps aux dollars. «On n'a pas l’habitude d’aller sur le marché. On a eu des retards», avait soutenu Jude Alix Patrick Salomon, qui affirme que ce problème appartient au passé parce qu’une solution a été trouvée. Pour ce qui est des flottements dus à la «dédollarisation», Jude Alix Patrick Salomon avait indiqué que le système est en équilibre.Tout système qui fonctionne, aussi imparfait qu’il soit, est en équilibre. C’est cet équilibre-là qu’on tardait à trouver parce qu’on allait trop vite.



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