Le président Jovenel Moïse ne rate jamais une occasion d'exprimer son attachement au peuple haïtien. Mais ses actions et ses prises de décision prouvent le contraire.
Investi dans son costume de président avec un dossier judiciaire non élucidé, l’accusant de corruption et de blanchiment des avoirs, Jovenel Moïse ne se montre pas à la hauteur de sa fonction de chef d’État. Élu avec environ 500 000 voix sur plus de 6 millions d’électeurs inscrits, Moïse fait face à un déficit de légitimité. Pour combler ce manque, il devrait initier des actions novatrices pour mériter l’estime des 12 millions d’Haïtiens. Malgré ses promesses fallacieuses, il s’est montré contre les intérêts de la population dans toutes ses décisions.
Augmenter le prix des produits pétroliers sur le marché local, seulement 3 mois après son investiture, selon plus d’un, est l’une des plus mauvaises décisions du chef de l’État. Conséquences : hausse excessive du prix des produits de première nécessité et du transport en commun. Une situation qui paupérise davantage les couches les plus vulnérables. Le pire, 14 mois après, le président a tenté une nouvelle hausse spectaculaire du prix de l’essence de 39% à 51%. Cette fois-ci, il s’est cassé les dents sur les murs des revendications du peuple. La colère d’un peuple laissé à son sort, pataugeant dans la misère et les privations de toutes sortes, n’a pas de frein. On a vu comme elle s’est déchaînée les 6, 7 et 8 juillet derniers. Pourtant, il semblerait que nos gouvernants qui traînent encore les pieds n’ont rien appris.
Une autre décision irréfléchie du président Jovenel Moïse est la conception et la mise en application du fameux budget 2017-18 dans lequel rien n’a été prévu en termes d’amélioration des conditions de vie de la population. Ce dernier, chiffré à 144 milliards de gourdes, est un avilissement des classes défavorisées qui en font les frais. Selon ce budget, pour obtenir un passeport pour mineur, il faut 4 000 gourdes : 2 500 pour acheter le timbre, 1000 pour une matricule fiscale, et 500 pour déposer le dossier à l’immigration. Pour un adulte, il faut 6 000 gourdes pour les mêmes services dont 1000 pour déposer le dossier.
Dans ce document, il a aussi augmenté de 500 à 2500 gourdes les tarifs de tous types d’infractions en matière de circulation de véhicules. En plus, le permis de conduire a été révisé de 1 000 à 2 500 gourdes. Des taxes sont aussi exigées par mettre carré sur des propriétés non bâties... pour optimiser le budget. Quel paradoxe ! Si l’on porte un regard sur les pays qui protègent leurs citoyens, nous verrons que l’État cherche les taxes chez les classes possédantes.
Pourtant, l’enveloppe allouée aux ministères : Santé publique, Éducation nationale, Agriculture comme des secteurs-clés de services, reste un peau de chagrin. Respectivement 6,1 milliards, 22,92 milliards et 10 milliards de gourdes. Mais le Parlement, de son côté, a bénéficié de 7,2 milliards ! Depuis quand l’exécutif en Haïti et le Parlement marchent-ils en bons compagnons sur la voie de la démocratie ?
Malgré le refus de la population, le président Jovenel Moise ne veut pas entendre la raison, il parle en « le président a parlé, point barre !» Au mépris des intérêts supérieurs de la nation. Dans ce contexte de précarité économique, de façon inopportune, il met en application la loi sur le financement des partis politiques. Une façon de soudoyer l’opposition politique déjà fragilisée. Dans cette opération de coquin, la plus forte somme a été emportée par son parti rose PHTK et alliés.
Aujourd’hui, au grand dam de la population, les parlementaires se détournent de leur mission sacro-sainte consistant à contrôler l’exécutif et à légiférer pour défendre les intérêts de la collectivité.
C’est Montesquieu qui a dit, dans l’Esprit des lois : « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses le pouvoir arrête le pouvoir. » En se confondant avec l’exécutif, nos parlementaires qui représentent le pouvoir législatif ne sont pas sortis de leur ego, ils se concentrent sur eux-mêmes. Cette attitude a un effet dévastateur dans le public. Depuis quelque temps, un message circule sur les réseaux sociaux. Un message suicidaire pour la République. Ce n’est pas notre main qui écrira ce message.
Malgré les privilèges accordés aux législateurs, ils ne sont pas satisfaits. Leur poche est devenue vertigineuse. Ils marchandent leur vote, menacent, réclament des postes pour mieux sucer les mamelles de l’État en première loge. Selon les calculs de certains experts, entre privilèges et salaires, chacun des 119 députés coûte à l’État 31 millions de gourdes l’an. Un sénateur, 123 millions de gourdes sur la même période. L’État dépense cinq mille dollars US par mois pour payer le loyer de chaque ministre. Mais qui paie le loyer pour le peuple des sans-abri ? Qui paie pour l’ouvrier dont le salaire minimum est une insulte à la force de travail ? À la Chambre haute on compte 30 sénateurs, à la Chambre basse 119 députés, et au gouvernement 18 ministres. Faites le calcul global dans chacun des cas et tirez une conclusion.
En dépit de ce boulet que traîne notre population, le pays offre un spectacle tragique. Les petits copains aux commandes de l’État sont friands des projets sans lendemain pour la collectivité. Ce qui importe : gagner de l’argent.
Comme amateur, M. Moïse tâtonne sur tous les fronts. D’où la naissance du mouvement opaque « Caravane du changement,» qui a démarré dans la vallée de l’Artibonite, le 1er mai 2017. Un projet vide de contenu, dans lequel plusieurs milliards de gourdes sont dépensées dans le secteur agricole. Plus d’un an après, les résultats ne sont pas visibles. Et la caravane tombe en panne.
Dans notre triste République, la misère devient chronique et la société saigne. Nos jeunes, la force de travail, l’avenir du pays, désorientés, vont vers un ailleurs pour alléger le poids de leurs souffrances.
Tous les indicateurs sont au rouge. Malgré la mesure gouvernementale interdisant toute transaction en dollars américains sur le marché local, la gourde ne cesse de se déprécier. Pour le moment, elle a atteint la barre psychologique de 70 gourdes pour 1 dollar. L’inflation est galopante. Pour faire face aux coûts de la vie, des employés de certaines institutions publiques telles que OAVCT, ONA, la Douane, la Santé, la Justice, l'Éducation... recourent le plus souvent à des grèves en série. Ils dénoncent la corruption et la mauvaise gestion qui empêchent l’État d’augmenter leur salaire. Ajoutons que la classe ouvrière qui réclamait 800 gourdes de salaire minimum, en a reçu 15 du président de la République. Devant l’inflation, elle regagne les rues et réclame 1000 Gdes. Pour toute réponse, le pouvoir de Jovenel Moïse leur a répondu à coups de bâton.
M. Moïse ne cesse de clamer urbi et orbi qu’il promeut un État de droit et lutte contre la corruption en Haïti. Devant la communauté haïtienne de France, il dit avoir nommé sous pression 50 juges corrompus dans le système judiciaire. Par ailleurs, il affirme avoir des gens partout dans l’appareil judiciaire pour bloquer le rapport PetroCaribe, tant qu’il exerce son mandat présidentiel.
À la présentation officielle du Premier ministre Nommé Jean Henri Céant, il lui a confié la mission de faire la lumière sur le dossier PetroCaribe. Le président est-il sincère dans cette démarche ? Au lieu d’attaquer la corruption dans ses racines, il s’installe dans la profération des menaces contre ses détracteurs, réclamant le jugement des dilapidateurs du fonds PetroCaribe (3,8 milliards de dollars engloutis). Il faut aussi noter que ses chauds supporteurs au Parlement ont voté une loi sur la diffamation. Muni de cet instrument juridique, il menace de juger quiconque dénonce la corruption sans preuve, y compris les journalistes : le thermomètre qui donne la température de la corruption. Pourtant, ils n’exigent pas l’application de la loi Bastien promulguée dans Le Moniteur par le président Jocelerme Privert. Cette loi prévoit une amélioration pour les parents, face aux directeurs d’écoles privées qui prennent goût à augmenter les frais scolaires chaque année.
Manifestement, la corruption devient la règle sous l’administration Moïse-Lafontant. À la dernière session de l’Assemblée générale des Nations unies, du haut de la tribune, Jovenel Moïse avait identifié cinq problèmes majeurs du pays. Dans une formule qui avait fait mouche, il avait énuméré le mot corruption à cinq reprises. Quand le président regarde l’une de ses mains, à quel doigt pense-t-il pour niquer le peuple ?