Transparence

Faible salaire et presque rien comme privilèges et avantages pour les médecins dans la fonction publique

Les médecins et les enseignants dans la fonction publique sont deux parmi les catégories les plus mal loties dans le système. Pour les médecins, leur salaire mensuel brut oscille entre 49 000 et 34 000 gourdes. Ils ne connaissent pas la notion de privilèges et d’avantages dans l’exercice de leurs fonctions. Pour prendre soin de leur famille, ils se tournent vers les ONG ou mettent sur pied leur propre clinique médicale. La situation des médecins résidents et les internes est beaucoup plus compliquée…

Publié le 2018-08-06 | Le Nouvelliste

Selon la dernière grille salariale du ministère de la Santé publique en application après un ajustement effectif le 28 juillet 2018, un directeur médical dans un hôpital départemental reçoit un salaire mensuel brut de 49 000 gourdes, le directeur médical dans un hôpital communautaire de référence reçoit 47 500 gourdes, le directeur médical dans un centre de santé a droit à un salaire de 46 000 gourdes, les médecins chefs de service 40 000 gourdes, les médecins spécialistes 38 000 gourdes et les médecins généralistes 34 000 gourdes.

La notion de privilèges ou d’avantages n’existe pas vraiment pour ces médecins dans la fonction publique. Rares sont des directeurs d’hôpitaux qui ont droit à un véhicule de fonction.

Le salaire de ces médecins expérimentés est loin d’être le moins élevé dans la chaîne. « Le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) a l’avantage de vous informer qu’il a été décidé de vous engager comme interne à l’HUEH pour la période allant du 1er janvier 2018 au 30 septembre 2018. Durant votre internat, vous recevrez des frais mensuels de 10 000 gourdes », lit-on dans une lettre d’engagement portant la signature du ministre de la Santé publique, Marie Gréta Roy Clément.

Un médecin résident en première année, qui s’est confié au Nouvelliste, a indiqué qu’il reçoit des frais mensuels de l’ordre de 12 600 gourdes après prélèvement de certaines taxes. « Qui pis est, le ministère accuse souvent des retards allant jusqu’à six mois dans l’émission de ces frais », a-t-il soupiré. « À la cafétéria de l’hôpital général, on nous donne un repas par jour pour le prix de 50 gourdes accompagné d’une boisson gazeuse ou d’un Tampico. Avec ça on termine notre formation et on soigne aussi les patients à l’hôpital. C’est écœurant, mais c’est notre réalité… », a avancé ce jeune médecin qui a eu honte de parler des conditions de fonctionnement des médecins à l’HUEH.

Selon le Dr Jessy Colimon, médecin de service et directrice de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), outre leur salaire, en guise de privilèges, les médecins de service reçoivent deux mille gourdes de cartes de recharge pour leur téléphone et entre deux mille et cinq mille gourdes pour le carburant. Elle a plus loin souligné que les médecins ne reçoivent régulièrement pas ces frais. Parce qu’elle est directrice de l’hôpital, elle a droit à un véhicule de service, mais pas les autres médecins de service.

Le Dr Colimon a par ailleurs souligné que le salaire des médecins dans la fonction publique ne leur permet pas de répondre aux besoins de leur famille. Pour vivre, ils sont obligés d’ouvrir leur propre clinique, a-t-elle confié, précisant que ces médecins travaillent à l’hôpital général en fonction d’un horaire bien défini.

À son bureau, le directeur général du ministère de la Santé publique reçoit tranquillement Le Nouvelliste pour faire le tour de la situation du système sanitaire du pays. Il y a plus d’un millier d’institutions sanitaires dans le pays avec environ neuf mille personnels de santé dans le privé et dans le public répartis en médecins, infirmières, sages-femmes, entre autres, a indiqué le Dr Lauré Adrien.

Pour le DG du ministère de la Santé publique, c’est évident qu’avec plus de moyens le MSPP aurait fait mieux. « Dans ma position, je me demande si on a fait assez avec les moyens dont nous disposons. Nous essayons d’entrer dans un processus de bonne utilisation de nos ressources », a-t-il affirmé.

Le système sanitaire du pays fait face à deux grandes difficultés, a-t-il souligné. D’une part, il y a un manque de ressources humaines en qualité et en quantité, a avancé le Dr Adrien. A ce niveau, il y a aussi un problème de productivité, a-t-il ajouté avant d'ajouter que si les médecins accordaient entre 40 et 50% du temps demandé, beaucoup de problèmes seraient résolus. Mais en même temps, il reconnaît que le MSPP ne peut pas demander aux médecins de vivre uniquement avec leur maigre salaire.

Le manque de moyens constitue d'autre part, le deuxième plus grand problème auquel fait face le système sanitaire, a fait savoir le DG du MSPP. Il a souligné qu’entre 60% et 70% du budget du ministère sert à payer les employés du MSPP à travers le pays.

S’agissant des retards enregistrés dans la livraison des frais aux internes et résidents, le Dr Lauré Adrien a fait remarquer que cela est dû au fait que cette catégorie est renouvelée régulièrement et qu'ils n’entrent pas dans le système au début de l’année fiscale. Selon lui, il faut à chaque fois envoyer au ministère de l’Economie et des Finances une nouvelle liste accompagnée d’une lettre d’engagement. Après 12 mois d’internat, les concernés passent au statut de résident en service social, il faut encore envoyer leurs noms au ministère des Finances, a-t-il informé.

À chaque étape, le MSPP doit envoyer une nouvelle liste au ministère des Finances pour l'aviser que les médecins ont changé de statut afin de faire les considérations nécessaires dans le payroll.

Le Dr Lauré Adrien reconnaît en outre que les frais alloués aux internats et aux résidents sont insuffisants pour répondre à leurs besoins alors qu’il y a des retards dans la livraison des chèques. Il promet que le problème sera résolu même si cela va prendre du temps.

Dans le budget 2017-2018 en exercice, le budget du ministère de la Santé publique est de l’ordre de 6,14 milliards de gourdes alors que celui du Parlement est de 7.2 milliards.

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