« Ondes vagabondes» de Maurice Cadet

« Devant nous c’est un chemin sans fin / C’est demain l’automne/ Il va neiger des flocons mauves tout le long de notre chemin de retour. » Ces vers évoquent la perception du voyage dans le recueil de poèmes de Maurice Cadet « Ondes vagabondes». Ils cartographient à eux seuls l’entreprise du poète. Ces vers dressent un hymne à l’identité, à l’amour, aux femmes...

Publié le 2018-08-02 | Le Nouvelliste

Paru chez Les éditions Feu de Brousse (Écrit des Forges), «Ondes Vagabondes» est une tentative pour conquérir l’espace d’« une mémoire des lieux habités en libre amour ». Maurice Cadet sait faire usage d’une langue de notre système symbolique qui pousse les limites de nos horizons. Littéralement, les poèmes sont d’une fluidité qui invite le lecteur à voyager au fond de l’inconnu à la quête du nouveau.

Entre souvenirs d’amour, d’amitié et « remodelage », le poète imprime dans les dédales de la conscience sa véritable dimension en présence des lieux d'ensevelissement et d’enfouissement :

« à chaque retour la violine des novembres m’envahit

Blanchi à chaux le cimetière fait mal aux yeux

Les nouvelles tombes affichent trop de noms connus

Les ombres aimées glissent dans le contre-jour ».

À travers ses poèmes, Maurice nous fait partager le drame qui se joue en lui, ses remembrances, ses amours et l’extase qu'il témoigne à la « fertilité », à l’« éternité » et à la « luminosité ». Il atteint les possibles qu’installe une œuvre qui se donne pour but de créer les lignes de la mesure, la transversalité des sujets et la justesse du tracé.

Comme un contre-espace qui s’inscrit dans le temps de l’enfance, les corps et les zones d’ombre sont conçus dans une relation de transition :

«[…] ah ! ce n’est pas la faute du temps

Si à travers les rumeurs de la rue Provence

Je crois entendre dans les palabres de l’arrière-cour

Voix rieuse et raclements de gorge

Si au soleil levant du balcon-devant

Il y a encore grincement d’une chaise-dodine

Le père se berçant à l’ombre du bougainvillier fleuri

fort souvent les morts font des ombres sur nos ombres

Et leur silence n’abrège pas la durée de nos angoisses

Daguerréotypes figés dans leur cadre bronzé

Aïeuls aux jabots de dentelle et au faux col relevé

Tout une galerie des vieux regards me poursuivant

Scrutant dans leur rigidité d’outre-tombe

Jusqu’à la moindre retaille de mon enfance décousue »

Toujours dans l’action, esprit vagabond, « pleins feux », rien chez le poète n’arrête la mémoire. Par-delà les mots, sa création musicale prend une formule mnémotechnique dans l’imagination du lecteur. L’oisiveté n’est pas de mise. Il s’empare de nous, « fragilise la certitude » capable de rendre compte de l’altérité.

Maurice Cadet, né à Jacmel, est auteur de plusieurs recueils de poésie, il a enseigné la littérature au secondaire (1967-1995). « Ondes vagabondes» est son cinquième titre publié aux Écrits des Forges.

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