Qui suivra le sénateur Ricard Pierre ?

Publié le 2018-07-20 | Le Nouvelliste

Editorial -

Après avoir été accusé cette semaine par son collègue Joseph Lambert de détourner une génératrice achetée au nom du Parlement haïtien, le sénateur Ricard Pierre a tenté ce vendredi de prouver le contraire. La génératrice en question a été embarquée sur un trailer pour être livrée à Jacmel. Un groupe de la population a empêché l’opération. Ayant été retournée à Port-au-Prince, la génératrice est encore en possession du sénateur Ricard Pierre.

Difficile de savoir qui dit vrai dans cette affaire. S’agit-il d’un vol ? S’agit-il d’un retard dans la livraison pour des raisons indépendantes de la volonté du sénateur du Sud-Est ? Faute de verdict d’une institution compétente, chacun va garder sa vérité. Dans l’un ou l’autre cas, cette question apparemment banale permet à la République d’apprendre beaucoup sur la gestion calamiteuse des biens publics. C’est dans la presse que la population est informée des privilèges que les autorités se sont donnés.

Que les autorités aient des privilèges, ce n’est pas là le problème. Que cela se fasse dans l’opacité, c’est très grave. L’ancien questeur du Sénat a une génératrice en sa possession. Le président du Sénat est accusé de louer sa propre maison à l’État haïtien pour le loger. Voilà des accusations contre des parlementaires qui prouvent que nos institutions sont gérées comme des boutiques. Ne devait-il pas y avoir d’appel d’offres public ? Ne devait-il pas y avoir un service qui s’occupe de l’achat et de la livraison de la génératrice au bureau du sénateur Rica Pierre ?

Dans un pays où l’information n’est pas encore un droit, mais un privilège, le spectacle de mauvais goût qu’ont offert certains de nos élus cette semaine dans la presse n’est pas forcément une perte de temps. Grâce à de telles séquences, nous savons mieux pourquoi nous sommes toujours parmi les pays où l’indice de corruption est le plus élevé dans le monde. Ce que nous avons appris cette semaine sur la gestion de nos impôts est peut-être la pointe de l’iceberg.

Rien ne dit que les biens publics étaient mieux gérés avant, mais aujourd’hui, avec l’Internet, particulièrement les réseaux sociaux, les informations circulent plus vite. Si Haïti a l’étiquette du pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental, si les institutions internationales choisissent de gérer elles-mêmes les fonds décaissés au nom d’Haïti, si la majorité de la population croupit depuis toujours dans la misère, c’est parce que la bonne gouvernance n’a jamais été la priorité de nos dirigeants. La lutte contre la corruption a toujours été un vœu pieux. L’attitude du pouvoir exécutif et du Parlement dans l’affaire PetroCaribe le prouve.

La tentative du sénateur Ricard Pierre de livrer à Jacmel la génératrice qui est en sa possession est la preuve que les remous provoqués dans la presse suite aux accusations du sénateur Joseph Lambert portent leurs fruits. Qui parmi les autorités politiques, parlementaires, hommes d’affaires et d’autres personnalités de la société civile accusées de dilapider le fonds PetroCaribe suivront l’exemple du sénateur Ricard Pierre ? Qui parmi ceux qui ont obtenu dans l’opacité ou par accointances des prêts à l’ONA vont emboîter le pas au sénateur? Qui parmi ceux qui ont en leur possession illégalement des biens du Centre national d'équipements (CNE) et d'autres institutions publiques vont marcher dans le sillage du parlementaire?

Heureusement que ces scandales éclatent avant le vote du budget pour l’année fiscale 2018-2019. C’est une bonne occasion pour que le pays exige un budget qui correspond à la réalité. La bonne gouvernance dont nous rêvons tous doit commencer dans l’élaboration du budget. Voilà une bonne cause pour laquelle le pays doit se mobiliser.

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