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Haïti et l'extrême pauvreté : un budget de rupture s’impose

Compte tenu des événements catastrophiques survenus les 6 et 7 juillet dans le pays, la nécessité d’un budget de rupture s’impose, a démontré l’économiste Kesner Pharel lors d’une séance de formation organisée les 16 et 17 juillet 2017 à Pétion-Ville par le Group Croissance et le Réseau des journalistes économiques pour le développement durable (REJEDD).

Publié le 2018-07-17 | Le Nouvelliste

S’appuyant sur les événements fâcheux provoqués par la décision du gouvernement d’augmenter les prix des produits pétroliers à la pompe, la cartographie géospatiale de la pauvreté et l’Enquête Mortalité, Morbidité et Utilisation des services (EMMUS-V), l’économiste Kesner Pharel a démontré la limite des différents budgets élaborés durant la dernière décennie à aider à toucher les problèmes de pauvreté, d’inégalité et d’accès aux services de base. « Je disais, lors de la conférence de presse donnée le jeudi 5 juillet, que le projet de loi de finances 2018-2019 est le dernier pour cette décennie et qu’il faut avoir une rupture dans le budget 2019-2020. Cependant, les événements survenus les 6 et 7 juillet indiquent que c’est le moment d’avoir un budget de rupture, c'est-à-dire qu’il faut changer les tendances », a argumenté le P.D.G. du Group Croissance.

Il n’y a pas que l’augmentation excessive des prix des produits pétroliers qui explique les émeutes du mois de juillet. La pauvreté qui atteint des millions de personnes dans le pays, l’inégalité et la mauvaise répartition des richesses sont considérées par plus d’un comme les causes profondes de ces émeutes. « Environ 6,3 millions d’Haïtiens ne sont pas en mesure de satisfaire leurs besoins essentiels, dont 2,5 millions vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins de 1,23 dollars par jour », a souligné Kesner Pharel, précisant que le taux national de pauvreté dans le pays représente 58,9% et celui de l’extrême pauvreté 23,8%.

« Plus de 80% des personnes se trouvant en situation de pauvreté extrême vivent en milieu rural. Il y a 38% de la population rurale qui se trouve dans l’impossibilité de satisfaire ses besoins nutritifs contre 12% dans les zones urbaines », a affirmé Kesner Pharel, faisant référence aux données de l’EMMUS-V. D’un autre côté, l’inégalité des revenus en Haïti est la plus élevée au niveau de la région avec un coefficient de génie égal à 0,6 constant depuis 2001. Environ 20% des ménages les plus riches détiennent plus de 64% du revenu total contre à peine 1% pour les 20% des ménages les plus pauvres. Près de la moitié de la population (45%) n’est pas seulement des pauvres mais n’ont pas accès aux services de base.

Pour ce qui est de la cartographie de la pauvreté en Haïti, les chiffres collectés en 2012 révélaient que 44% des habitants du département du Nord-Est vivaient en situation d’extrême pauvreté avec moins d’un dollar américain par jour. Ensuite, viennent les départements du Nord-Ouest, de la Grand’Anse, du Plateau central, du Nord et des Nippes qui comptaient respectivement 43%, 37%, 34% , 36% et 30% de leurs habitants vivant dans l’extrême pauvreté. En ce qui a trait à la pauvreté, ce sont le Nord-Ouest et la Grand’Anse qui comptaient le plus de personnes vivant dans la pauvreté. « Il n’y a pas de doute que le pays ne serait pas en mesure d’atteindre les 17 Objectifs de développement durable (ODD) dont l’un consiste à éliminer la pauvreté d’ici l’horizon 2030. Cependant, il faut faire en sorte que le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté puisse être réduit pour se situer au-dessus de la barre des 2 millions », a affirmé Pharel.

Après avoir exposé les données sur la pauvreté et l’accès limité aux services de base dont l’eau, la santé, l’éducation et l’électricité, Kesner Pharel a décortiqué le budget 2018-2019 du gouvernement dont un conseiller du président avait annoncé le retrait. « Ce budget n’est pas différent des autres budgets réalisés au cours de cette décennie. On constate une augmentation des recettes et des dépenses, particulièrement les dépenses de fonctionnement », a expliqué l’économiste Kesner Pharel. Dans ce budget, le crédit de fonctionnement se chiffre à 113,1 milliards de gourdes contre 63,2 milliards de gourdes pour les investissements. Seulement 20,61 milliards de gourdes vont être tirées du Trésor public pour financer des projets d’investissement. Un taux de croissance relativement faible de 3,8% était prévu.

La population allait financer ce budget à hauteur de 71%, ensuite, les dons et les financements le feraient respectivement à 17% et 11%. Dans ce budget, la pression fiscale était passée de 12% à 18%. Le financement du budget reposait en grande partie sur la population qui se trouvait en majorité dans la pauvreté. Le gouvernement avait décidé d’augmenter les crédits alloués aux biens et services (acquisition de véhicules, bureaux, etc.) pour faire fonctionner l’appareil de l’État 29,94 milliards de gourdes et les crédits de transferts et de subventions, 10,9 milliards de gourdes. Cependant, avec les émeutes de ce mois de juillet, le gouvernement, qui avait prévu des recettes pétrolières autour de 19 milliards de gourdes, a décidé de revenir sur cette décision. Le conseiller du chef de l’État, Guichard Doré, avait annoncé sur les ondes de Magik 9 que le gouvernement allait faire le retrait du budget. Dans le nouveau budget, l’allocation des crédits budgétaires sera-t-elle effectuée en fonction des besoins de la population qui, désormais, finance en grande partie le budget ?

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