Haïti dispose de seulement 30 lits, dans 5 hôpitaux, pour les maladies les plus graves

Publié le 2018-07-04 | Le Nouvelliste

Editorial -

Qui que vous soyez, si vous êtes victime d’un accident vasculaire cérébral, de cardiomyopathie, de septicémie, de complications diabétiques ou de traumatismes, l’une des cinq principales maladies graves admises quotidiennement dans les Unités de soins intensifs en Haïti, sachez que seulement cinq hôpitaux pourront vous accueillir convenablement et vous traiter si l’un des trente lits équipés dans les services de soins intensifs sont disponibles.

Haïti ne dispose que de trente lits, disponibles dans cinq hôpitaux, qui peuvent recevoir des patients et leur assurer une prise en charge en soins intensifs 24 heures sur 24. 30 lits pour tout le pays. Dans 5 hôpitaux seulement.

C’est une étude conduite par l'hôpital St-Luc et l’Université américaine du Maryland qui nous a dépeint notre situation. Elle est alarmante.

Ici, comme on fait rarement appel aux statistiques et aux études scientifiques pour quantifier les situations, nous sommes souvent devant des problèmes sans pouvoir les nommer, les appréhender ni les résoudre. Même du ciel nos solutions ne peuvent pas venir car le ciel sait rarement de quoi nous souffrons, de quoi nous avons besoin.

Pour une fois, on sait.

La capacité à prendre en charge les patients en soins critiques est très limitée en Haïti. Le pays n’a que 30 lits en Unité de soins intensifs (USI) alors que les hôpitaux disposant d’Unité de soins intensifs reçoivent en moyenne 468 cas par semaine.

Chaque semaine, plus de 430 malades graves ne trouvent pas la bonne place dans nos hôpitaux.

L’étude de l'hôpital St-Luc et de l’Université du Maryland révèle que les accidents vasculaires cérébraux, les cardiomyopathies, la septicémie, les complications diabétiques et les traumatismes sont les cinq principales maladies graves admises quotidiennement dans les Unités de soins intensifs.

Grâce à cette étude, nous savons non seulement que nous n’avons pas assez de lits équipées pour les cas graves, mais aussi quelles sont les pathologies les plus fréquentes.

« Cette étude sur la capacité en soins critiques et d'urgence en Haïti couvrant les dix départements du pays a été réalisée durant la période d'avril à octobre 2017. 39 hôpitaux publics et privés ont participé à cette enquête. En Haïti, seulement 5 hôpitaux publics et privés disposant de 30 chambres arrivent à assurer une couverture médicale appropriée 24/24, a révélé cette enquête qui avait pour objectif d’évaluer la capacité de soins actifs en Haïti», écrit Edrid Saint-Juste dans son article publié à la une de cette édition du Nouvelliste.

Et comme une mauvaise nouvelle arrive rarement seule…

Médecins sans frontières, qui apporte depuis le séisme de janvier 2010 des services de santé remarquables en Haïti, est en train de réduire drastiquement sa présence et cela affecte déjà l’offre de santé. « Avec la fermeture prochaine du centre de traumatologie de Médecins sans frontières de Tabarre, un centre de référence situé dans la banlieue nord de Port-au-Prince et qui abritait à lui seul une Unité de soins intensifs avec 9 lits, le nombre de lits disponibles va être revu à la baisse de près d’un tiers», a affirmé le Dr Marc Edson Augustin, directeur médical de la Fondation St-Luc.

Selon l’étude conduite par son institution et l’Université du Maryland, les patients en Haïti sont pris en charge dans différents départements hospitaliers qui ne sont pas équipés. « Parmi les hôpitaux sans Unité de soins intensifs, 83,3% soignent des patients gravement malades à l'urgence… sans pouvoir les transférer vers un service spécialisé.

Au moment où le budget de la République revient dans l’actualité, il serait bon que la santé retienne l’attention des décideurs de façon plus soutenue que lors du dernier exercice fiscal.

Réagir à cet article