Qui veut couper la tête du premier ministre et pourquoi?

Publié le 2018-06-27 | Le Nouvelliste

Editorial -

Ce jeudi, si tout se passe bien, le premier ministre Jack Guy Lafontant doit se présenter devant la Chambre des députés. Il est interpellé. Selon la procédure en vigueur, la séance doit se conclure par un vote qui lui accordera ou non la confiance de la majorité des députés présents. Sans la confiance des élus de la Chambre basse, le Premier ministre et son gouvernent devront être renvoyés par le président Jovenel Moïse. Le chef de l'État désignera alors un nouveau premier ministre.

Cette interpellation est à l’initiative de seize députés de l’opposition. Selon l’arithmétique parlementaire, l’opposition ne dispose pas d’appuis suffisants pour bouter Lafontant hors de la Primature.

Des voix de la majorité se sont cependant levées ces derniers jours pour exprimer les insatisfactions de députes réputés proches du pouvoir. Les insatisfaits déplorent le fait que le gouvernement Lafontant ne tient pas ses promesses, ne se met pas au service de tous ses alliés. Reprenant des critiques de l’opposition, certains ne cachent pas que le PM gouverne mal.

En toute logique, quand une administration, comme c’est le cas de l’administration Moïse-Lafontant, dispose d’une confortable assise parlementaire, les mouvements souterrains pour forcer la main au premier ministre ou à un ministre devraient être le fruit de complots internes. Comme quand le président René Préval voulait se débarrasser en 2008 de son premier ministre Jacques Édouard Alexis.

Cette fois, rien n’indique que le palais national soit à la manœuvre pour déstabiliser le premier ministre. Il se dit même que le président qui a fêté mardi soir le cinquantième anniversaire de sa naissance en compagnie de Jack Guy Lafontant, est satisfait de la conduite des affaires de l’État par l’équipe en place. D’ailleurs, il n’y a pas deux mois, un remaniement ministériel a été opéré. Si la présidence estimait le changement nécessaire, elle y procéderait. Sans attendre les députés de l’opposition.

Que se cache-t-il donc derrière la bronca contre Lafontant ?

Ce n’est pas la rue. La constatation est évidente. Il n’y a ni manifestation, ni grève contre les politiques menées, ni contre les non-politiques de Jack Guy Lafontant.

Ce n’est pas non plus la société civile ou les partis politiques, les syndicats ou les églises. Le mouvement des élus n’a pas reçu de support de poids. Rares sont ceux qui sont en amour avec la conduite du pays par Lafontant, encore plus rares sont ceux qui la dénoncent publiquement avec véhémence.

Il n’y a sur le feu ni un budget contesté ni des taxes augmentées même pas les nouveaux prix des produits pétroliers.

Il ne reste que les parlementaires. Pourquoi ?

Les députés et aussi les sénateurs vont passer les prochaines semaines dans leurs circonscriptions respectives pour les fêtes champêtres, ils sont fatigués d’y arriver les mains vides. La première raison de la grogne contre Lafontant est d’ordre immédiat. En ces temps de vaches maigres, le gouvernement n’est pas assez généreux, déplorent nombre d’élus.

La deuxième raison rejoint la première, les mandats de plusieurs élus arrivent à terme. Comment repartir en campagne avec des listes de projets réalisés réduites au strict minimum ? Cette administration n’a de projet que pour le président Jovenel Moïse qui court d’une province à l’autre récolter la gloire et la lumière sur chacune de ses nombreuses promesses qui connaît un début de réalisation. Les élus ont peu de réalisations à présenter dans leur palmarès. Cela les agace tous.

La troisième raison fait corps avec les deux premières. Les parlementaires savent qu’ils ont tous tout à gagner quand un gouvernement vacille. Celui qui ne veut pas partir va casquer. Ceux qui jouent son départ vont investir. Si un nouveau premier ministre est désigné, il devra faire des promesses et offrir des cadeaux. Si celui qui est en poste veut conserver son siège, il doit faire de nouvelles promesses et offrir des cadeaux. Bénéfices assurés dans tous les scénarios.

L'interpellation du premier ministre ressemble plus à un appel au secours qu'à un geste politique pour le renverser.

Ce n’est donc pas pour provoquer un choc ni pour réclamer une amélioration de la gouvernance générale du pays que les faiseurs de rois s’agitent au Parlement. C’est une guerre de mouvements, de positions, d’intérêt et de recherche de profits immédiats qui se joue. Ce qu’on peut reprocher à Jack Guy Lafontant avait été reproché à son prédécesseur et son successeur, un jour, sera devant les mêmes griefs.

Il faudrait que le pays change de logiciel. Réforme vraiment la façon dont il est gouverné. Que tous les élus acceptent de reconnaître nos vérités fondamentales et s’attellent à résoudre avec courage les problèmes du pays, mais personne ne veut aller jusque-là.

Comme d’habitude, on veut changer de musique, de chaise, de participants à la fête, mais nous voulons tous continuer à danser, à faire un tour de piste dans le grand jeu de la chaise musicale qui se déroule sur le pont de notre Titanic national.

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