Florence, vendeuse de produits éclaircissants

Qui en Haïti n’a pas entendu parler du phénomène « douko » ? Cette tendance est courante dans les sociétés noires. Le douko est un vrai cas d’étude. Marie Florence, une commerçante investie dans les articles pour blanchir la peau, a aussi sa ligne de produits de beauté sur le trottoir où elle allèche le chaland.

Publié le 2018-07-30 | lenouvelliste.com

Marie Florence, la cinquantaine robuste, est marchande de produits éclaircissants, à la rue St-Honoré, près du lycée Toussaint Louverture. Assise sur un banc, elle attend le client éventuel pendant qu’un haut-parleur diffuse à plein régime une publicité vantant ses produits cosmétiques fabriqués de manière artisanale. Depuis vingt ans environ, elle s’adonne allègrement à ce commerce qui lui sied bien. Comme ses clients, ses premières couches épidermiques ont disparu depuis des lustres.

Que dire de plus ? Florence est bel et bien une femme chimiquement claire. La chimie ? Elle en connaît un rayon. Depuis deux décennies, la native de Jacmel fabrique une mixture pour le moins décapante. De quoi est-elle composée ? Elle répond sans aucune gêne : « Lwil ti grimèl est composé de plusieurs éléments : safran, l’huile de foie de morue, lanbe, miel, un peu de chlorox, de la permanente… et d’autres produits que je refuse de vous confier, ces produits sont naturels. Ils éclaircissent la peau sans vous laisser des effets secondaires tels le cancer ou autre maladies de la peau. »

Florence n’est pas entrée dans cette activité lucrative par hasard. Un phénomène culturel l’a aussi motivée. « Depuis que j’ai vu pour la première fois Michael Jackson à la télévision, je l’ai aimé. J’ai dit voici mon modèle: un homme qui a changé sa couleur pour devenir un homme blanc, un bel homme », avoue-t-elle. Un sourire fend ses lèvres.

Tous les jours, cette mère de trois enfants (deux garçons et une fille) est sur la balle. Le commerce est son gagne-pain. Bec et ongles, elle défend ses produits. Quand une personne devient claire, elle se hisse à un statut social supérieur, croit-elle. «Pwodwi sa yo fè w vin milat. Depi ou milat plis pòt louvri pou ou nan peyi sa a», lâche-t-elle avec assurance au moment où un jeune homme se présente pour acheter quelques produits.. Quelques minutes plus tard, une femme corpulente, marchant avec difficulté, vient lui faire la causette.

C’est une amie à elle. Même peau fanée, zébrée de vergetures, même peau fatiguée à force d’utiliser un cocktail de produits éclaircissants. Elle profite de notre présence pour vanter les effets miraculeux des ''douko'' de Florence sur sa peau. En plus des clients venus de partout, Florence avoue que ses enfants sont aussi des utilisateurs de ses produits.

Prenant en exemple sa fidèle cliente, Florence se défend de ne pas utiliser les produits à l’instar de Michael Jackson. « Mes produits sont naturels, c’est pourquoi mes trois enfants l’utilisent », dit-elle.

Pour atténuer tout effet secondaire de sa crème éclaircissante qu’elle vend à partir de 25 gourdes, Florence demande à ses clients de verser un peu de lait dans cette mixture.



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