La bombe pétrolière, Jovenel Moïse et nous

Publié le 2018-05-10 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le gouvernement a différé le plus longtemps possible la communication sur l'engagement pris envers le Fonds monétaire international (FMI) d'arrêter la subvention des produits pétroliers à la fin du mois de juin 2018. Sans cet ajustement, il y aura un trou de 14 milliards de gourdes à cause des recettes pétrolières non perçues, soit l'équivalent du découvert ou déficit budgétaire à ce stade de l'exercice 2017-2018.

Pour le gouvernement, cet ajustement participe du respect de la parole donnée au FMI et à d'autres partenaires qui recommandent la rigueur budgétaire, la stabilisation des finances publiques, la ligature des veines ouvertes de l'Etat. Au bout de l'exercice, en contrepartie, le gouvernement, d'ici la fin de l'exercice, devra obtenir une carotte, un appui budgétaire de plus de cent millions de dollars américains.

Quelques syndicalistes, intraitables, montrent leurs crocs. L'option de la grève est mise sur la table. Entre-temps, le prix du pétrole continue de s’apprécier sur le marché international. Le baril dépasse aujourd'hui les 70 dollars.

Il y a désormais trois choses distinctes à considérer: le prix du pétrole est en hausse continue, les recettes fiscales perçues sur le pétrole par l'Etat baissent en valeur absolue, la dépréciation de la gourde vis-à-vis du dollar américain continue alors qu’on achète le pétrole en dollars et qu’il est vendu en gourdes. Le pays est face à une évidence: la bombe pétrolière fait tic tac.

Haïti a perdu avec le gel du programme PetroCaribe un "choc absorbeur", une source de rentrée positive. Ne pas agir sur le déficit budgétaire et recourir au financement monétaire se répercuteront sur le taux de change. L'impact s'en ressentira sur l'inflation, déjà supérieure à 13 %. A cela s'ajoute la pénalisation du consommateur qui paie plus cher certains biens et services depuis l'annonce de la dédollarisation.

Pour faire face aux jours difficiles qui s'annoncent, le dialogue social entre le gouvernement et les partenaires sociaux sera-t-il suffisant? Le dialogue social entre le gouvernement et les syndicats, s’il aboutit, sera-t-il profitable au pays ou aux syndicats? Les problèmes liés à l'organisation moderne du transport ont-ils été posés et résolus? Faire la grève et tout casser aura-t-il un impact sur les cours du pétrole? Fera-t-il baisser le déficit budgétaire ? Renforcera-t-il la valeur de la gourde ?

Le président Jovenel Moïse est peut-être sur le point de vivre une vraie épreuve, l'évidence que ce pays, pauvre, reste très fragile aux chocs externes, conjoncturels, à cause de problèmes structurels non résolus. Des problèmes liés à la bonne gouvernance qui ont ruiné le capital confiance de la population en ses dirigeants. Pour beaucoup, les chefs vivent grandement sur le dos du Trésor public alors que le peuple croupit dans la crasse. Ni la machine à propagande du président Jovenel Moïse, ni ses 14 mois au pouvoir n'ont encore convaincu le pays du contraire.

Le président reste un "grand Je". Il n'est, pour le moment tout au moins, ni le théoricien, ni le réformateur attendu par certains. Son mérite le plus grand est son envie de faire. Parfois sans la manière, sans la vision nécessaire, pour que son œuvre soit pérenne.

La tentation de tout casser, de faire taire les voix discordantes, de confondre critiques et opposition existe quand l’absence d’un contrat de performance imposable au gouvernement et au Parlement nous empêche de mesurer l’action des pouvoirs.

C'est avec ces tares que le gouvernement a aussi promis au FMI de prendre des mesures, quasi révolutionnaires au regard des pratiques habituelles, pour diversifier ses sources de revenus, pour simplifier la TCA, rationaliser les droits d'accises et taxes de nuisance, pour réformer des régimes d'exonération fiscale, les régimes applicables aux personnes physiques, aux entreprises et aux patrimoines fonciers, de lutter contre la corruption. Le gouvernement a aussi promis d’augmenter le prix du pétrole et de mieux commercialiser l’énergie électrique.

Si comme la République dominicaine le pays se prenait au sérieux et effectuait les réformes nécessaires pour se mettre sur les rails du développement, on serait moins exposés aux soubresauts et appréciations des cours du pétrole, des céréales ou des matières premières.

Nous sommes arrivés à un point où il ne faut pas désespérer que d'une nouvelle crise germent les résolutions pour un vrai changement de cap.

Ses derniers articles

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".