Le spectacle des majors-joncs au rara à Léogâne

Publié le 2018-04-04 | lenouvelliste.com

Sur la place de l’église Ste-Rose où trône la statue de la reine Anacaona, une bonne vingtaine de majors-joncs, ce Jeudi saint, attirent les regards. Vêtus de leur tunique traditionnelle pailletée d’argent qui pend sur une jupe chamarrée de foulards rouges, verts, jaunes, noirs, bleus, mauves, ils excellent à tourner entre deux doigts leur instrument. L’association de couleurs sur cette place, tunique éclatant de pailletés, jupe aux tons vivaces et froids forment un véritable « tchaka » de teintes pour une palette de peintre. Ces foulards virevoltent avec des franges sous l’effet des mouvements que ces majors exécutent avec leur jonc.

Pour que tous ces professionnels se rassemblent dans un même lieu, il faut que ce soit une festivité qui braque les projecteurs sur eux. Depuis quatre ans, Rara en folie réunit ces danseurs qui se distinguent par leur manière d’exceller avec le jonc, instrument ponctué aux deux extrémités d’un renflement conique.

Ce sont de vrais clowns, avec leur visage maquillé, des lunettes de fantaisie assorties à leur casquette pour la nuit. Ils se donnent en spectacle. La canne en fer blanc tourne dans l’air, le jongleur la reçoit sur un pied ou sur une autre partie de son corps. La foule applaudit.

Attirer l’attention

Pour Jean Kerby Joseph, coordonnateur de Rara en folie, cette manifestation, en prélude au dimanche de Pâques, qui clôt les festivités, est une manière d’attirer l’attention de la communauté sur la carence des majors-joncs à Léogâne. « Depuis quelque temps, les bandes de rara de Léogâne se renforcent de jongleurs venus d’autres communes du pays, particulièrement de l’île de La Gonâve », déclare, navré, ce natif. Le rara, outre son côté identitaire auquel s’attachent les Léogânais à l’instar de ces plantations de canne et de ces distilleries, est une grande activité économique. Une bande de rara, précise-t-il, récolte en moyenne pour ses musiciens un million cinq cent mille gourdes. Cet argent, qui vient en grande partie de la diaspora léogânaise, file vers d’autres points du territoire, fait savoir ce chauvin.

Jean Kerby Joseph a une large idée de la cartographie du rara dans la plaine de Léogâne. « Léogâne est le bastion du rara : 34 bandes sont réparties dans nos 13 sections communales. » Mourase kay ti kouzen de la famille Jeudi qui existe depuis 1800 ; Brillant soleil de Signeau (1815) et Nouvelle des jeunes (1806). Pour cette tradition qui remonte de très loin, proclame-t-il, « Léogâne a grand besoin d’un musée pour retracer l’histoire du rara ».

Kerby, comme nombre de jeunes, s’est enivré de tambour, de bambou, de vaksin, de kone, depuis le début de la période pascale qui remonte après le mercredi des Cendres.

Les couleurs musicales dans la cité d’Anacaona enfièvrent les fans. Elles sont représentées par une panoplie de bandes : La fleur de rose, Modèle d’Haïti, Ti Malice caché de Cassange, Rosoli de Bernard, Brillante de kay Similien, Brillante de Longpré, Les Tirailleurs de la garde, Les Tirailleurs de Baussan, Étoile Salomon Jeune, Obéissance de Longpré, Mande granmoun de Belle Fortune, pour ne citer que celles-là.

Avant que les festivités ne prennent fin, comme beaucoup d’Haïtiens de la diaspora, les fêtards se sont tranportés à la plage et dans les espaces réservés aux activités liées à l’artisanat.

Gaëlle Castor alias Maryam Haïti, une journaliste qui vit à Atlanta, aux États-Unis, est venue se retremper dans les festivités de sa ville natale. Elle s’est amusée à cœur joie au spectacle de Carole Démesmin, au Juventud Night-Club. Le dimanche de Pâques, elle a connu des moments exaltants. « Bien que je sois musulmane, je reviens tous les ans à mes ‘’demanbre’’. Je suis une Haïtienne, je m’attache à ma culture. Je suis ce qu’on appelle une enfant de cette culture. C’est la part de mon identité. C’est un devoir d’être présente à Léogâne. » Maryram anime «Se Fanm», une émission sur Télé Pacific. Ces festivités lui ont permis de faire une provision d’événements qui mettent en valeur les femmes.

Les majors-joncs qui se sont illustrés sur la place Ste-Rose ont paradé le dimanche de Pâques jusqu’à ce que le jour blanchisse la plaine de Léogâne.



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