Julia Gaffield: à la recherche de l'histoire d'Haiti

Le Nouvelliste s'est entretenu avec Juli Gaffield autour de l'intérêt des chercheurs des Etats-Unis d'Amérique pour l'histoire d'Haïti. L'entretien avec l'historienne ci-après.

Publié le 2018-03-28 | Le Nouvelliste

National -

Le Nouvelliste (LN) : Votre parcours, vos publications, voulez-vous nous en parler ?

Julia Gaffield (JG) : Je suis professeur adjoint à Georgia State University à Atlanta aux États-Unis. J'ai reçu mon doctorat en histoire de Duke University en 2012 et je suis l'auteur de Haitian Connections in the Atlantic World: Recognition after Revolution (The University of North Carolina Press, 2015) et la rédactrice en chef de The Haitian Declaration of Independence: Creation, Context, and Legacy (University of Virginia Press, 2016).

LN : Pourquoi cet intérêt pour l’histoire d’Haïti ?

JG : C'est une histoire méconnue et mal comprise en dehors d'Haïti et je souligne dans mes recherches et dans mon enseignement l'importance de l'histoire d'Haïti pour l'histoire des Amériques et pour l'histoire du monde. L'histoire d'Haïti au début du XIXe siècle a été au centre du développement de notre compréhension contemporaine de la souveraineté et du développement des États-nations à l'époque révolutionnaire.

LN : Quelles sont les découvertes de ces dernières années dans vos recherches ou dans d’autres auxquelles vous avez accès ?

JG : Mon nouveau projet de recherche porte sur le catholicisme en Haïti avant le Concordat en 1860. J'étudie les négociations diplomatiques d'Haïti avec le Vatican ainsi que la façon dont l'État a utilisé la religion dans ses efforts pour créer un nouveau gouvernement centralisé. Cette histoire est liée au processus d'indépendance en Amérique latine ainsi qu'à la Révolution française et montre comment les Haïtiens contestaient les tentatives d'imposer des hiérarchies de pouvoir à l'extérieur des frontières du pays.

LN: Y a-t-il un grand nombre d’historiens, de chercheurs aux USA ou a travers le monde qui s’intéressent à l’histoire d’Haïti ? Si oui, pourquoi et comment peut-on les répertorier ?

JG: Oui, de plus en plus (mais, bien sûr, pas assez!). Au cours des deux dernières décennies, de plus en plus de chercheurs en dehors d'Haïti reconnaissent l'importance d'étudier Haïti et d'inclure Haïti dans la recherche sur d'autres endroits du monde atlantique. Michel-Rolph Trouillot a attiré l'attention sur l'exclusion systématique de l'histoire haïtienne dans son livre important Silencing the Past: Power and the Production of History en 1995 et nous progressons lentement, mais cela ne fait toujours pas partie de l'éducation de tout le monde.

LN : Quelle est la période la plus étudiée ?

JG : Certainement la Révolution, mais aussi l'Occupation américaine. L'une des raisons pour lesquelles je voulais étudier le XIXe siècle était que je voyais la nécessité d'une recherche archivistique internationale, en particulier sur la période précédant la reconnaissance diplomatique de l'indépendance d'Haïti. Mais même cela change aux États-Unis, de plus en plus de chercheurs étudient le XIXe siècle dans les domaines de l'histoire et de la littérature.

LN : Travaillez-vous avec des collègues haïtiens ?

JG : Oui; durant ce voyage, j'ai été heureux de pouvoir parler avec le père Hans Alexander et le père William Smarth au sujet de leurs étonnantes recherches sur l'Église catholique en Haïti et sur les archives disponibles pour ce type de recherche. Le professeur Jean Casimir (Université d'État d'Haïti) et M. Patrick Tardieu (Bibliothèque haïtienne des pères du Saint-Esprit) ont écrit des chapitres importants pour mon volume édité et je travaille actuellement sur un projet de traduction avec Nadève Ménard (Université d’État d'Haïti) et Chantalle Verna (Florida International University).

LN : Que peut-on encore trouver dans les archives publiques ou privées en Haïti ?

JG : C'est dur; pour la période avant 1860, il n'y a pas trop de documents. Mais les Archives nationales d'Haïti traitent actuellement d'importants dossiers financiers et commerciaux de l'époque et, espérons-le, ces dossiers seront ouverts au public à l'avenir. Dans mes recherches, j'ai pu trouver des documents importants, imprimés et manuscrits, dans des archives étrangères, en Jamaïque, en Angleterre, en France, aux États-Unis et ailleurs. Ces archives m'ont aidée à raconter l'histoire des expériences d'indépendance en Haïti.

LN : Avez-vous visité certaines de ces archives ?

JG : Au cours de cette visite, j'ai passé le plus clair de mon temps aux Archives nationales d'Haïti et à la Bibliothèque haïtienne des frères de l'instruction chrétienne (BHFIC). À l'avenir, je prévois de faire des recherches dans les registres paroissiaux de Port-au-Prince et peut-être dans d'autres villes.

Frantz Duval
Auteur
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