Karine Margron clôture en beauté son projet : Chansons d'Haïti

PUBLIÉ 2018-03-20
À l’invitation de la Fondation Odette Roy Fombrun (FORF), quelques centaines de personnes se sont réunies à la date du 16 mars 2018 pour assister au concert de clôture des travaux de sauvegarde du projet Chansons d’Haïti, initié par la soprano Karine Margron.


Il est 7h 35 p.m. Lorsque quelques bravos retentissent dans la salle, je crois un moment que c'est là un acte de révolte du public, invité pour 7h. Non, c'était enfin le maître de cérémonie qui faisait son apparition. Après les propos de circonstance de Marie-Claude Bayard, présidente de la FORF, le public peut enfin entrer dans le vif du sujet de la soirée : La musique, sous un format spécial. En effet, en plus de la performance des artistes, Karine Margron allait toute la soirée être en conversation avec Allenby Augustin, maître de cérémonie.

En tant que spectatrice uniquement préparée à assister à un show, j’ai tout de suite pensé à l’ennui qu’un tel format allait procurer au public. Mais c'était mal connaître Karine Margron dans sa facilité de communication et son allégresse. En effet, à chaque fois qu’elle introduisait un artiste en communiquant des informations sur la chanson qui allait être interprétée, la soprano ajoutait à la connaissance musicale de l'assistance. Cette dernière, composée de personnalités comme Yole Dérose, Jean Coulanges ou encore Odette Roy Fombrun elle-même, de supporters de Madame Margron et de la FORF mais aussi de quelques jeunes (très minoritaire), a pu jouir d’un spectacle dont la qualité des performances, surtout celles des chanteurs, ne court pas les rues en ces jours.

Le spectacle

Le line-up de cette riche soirée fut essentiellement composé de mélodies, de rythmes traditionnels et de danses. Le ténor Wenson Délice et le pianiste Josué Alexis sont les deux artistes à ouvrir le show avec un texte signé Michel Dejean. Se suivent sur scène, entre les mots de Allenby Augustin et de Karine Margron, le flûtiste Théophile Joseph, le percussionniste Welele Doubout, la soprano Christie Louissaint, la pianiste Yamile Leyva, le Rev David César ainsi que les danseurs Rose Myrtha Danda et Maurice Jean Pierre de l'académie de danse Tempo Plus.

Epoustouflante, entremêlant des pas basiques et des envolées magistrales, la prestation des danseurs avait en quelque sorte pour but de ramener à la vie la méringue de salon qui a disparu au profit du compas : “ la méringue, qui a pratiquement disparu, malheureusement, au profit du compas, plus facile à jouer”, déplore KM. Magnifiques dans leurs costumes colorés, Rose Myrtha et Maurice ont apporté une touche sensationnelle à la soirée pendant leurs deux passages sur scène. Soulignons que la méringue, elle, peut aisément se danser sur une scène ou en pleine lumière, suivez mon regard...

En plus d’avoir égayé la soirée de ses mots riches en explication autour de la musique haïtienne, Karine Margron a aussi exécuté quelques morceaux parmi les plus connus de notre répertoire traditionnel tels Latibonit et Sole. Parce que la transmission de nos chansons est essentiellement orale, nombreux sont les morceaux qui se sont déformés, soutient Karine. C’est le cas de la chanson Sole. “ En réalité, il s’agit de Soye, déformation de (pitit soyèt) dans le département de l’Artibonite. Dans la tradition vaudou, le soleil ne peut pas mourir. Il disparaît ici pour réapparaître en Guinée ” explique-t-elle comme pour dire qu'on ne devrait pas parler de la mort de Sole, comme on le chante depuis quelques années. Karine Margron fut, tour à tour, artiste et invitée à son propre spectacle. Elle l’a d’ailleurs mené d’une main de maître.

En clôture, la chanson “Haïti, terre de Soleil” de Kiki Wainwright a réuni tous les artistes de la soirée sur le podium. Au moment où le public ovationne les artistes et particulièrement Karine Margron, la petite fille de la présidente de la FORF vole le show en venant interpréter une chanson en l’honneur d'Haïti.

Tout au long de ce spectacle à caractère spécial où elle n’a cessé d’annoncer que c'était là son dernier, la soprano a exhorté à la mise en écrit des rythmes composant la musique haïtienne, faute de quoi ce vaste patrimoine disparaîtra. «Les rythmes sont écrits dans les autres pays [....] et l'écriture soutient l'oralité», affirme Karine Margron. Un travail qu’elle et ses amis musiciens ainsi que la FORF ont déjà initié à travers les 11 recueils émanant des recherches de ce projet dont le but n’est autre que la sauvegarde de notre patrimoine musical.



Réagir à cet article