Dédollarisation : Ronald Décembre explique les motifs

Par un arrêté, le gouvernement exige désormais que toutes les transactions commerciales effectuées dans le pays soient libellées en gourdes. Cette mesure fait couler beaucoup d’encre. Entre la confusion et l’étonnement suscités par cette décision, le gouvernement gagne le terrain de la communication pour expliquer les motifs.

Publié le 2018-03-12 | Le Nouvelliste

Economie -

Le secrétaire d’Etat aux Finances, Ronald Décembre, a été l’invité de Marie-Lucie Bonhomme, ce lundi, sur les ondes de Radio Vision 2000 pour expliquer la décision du gouvernement d’exiger l’utilisation de la gourde comme l’unique monnaie dans toutes les transactions commerciales effectuées en Haïti. Pour lui, cette mesure vise d’abord à freiner l’instabilité du taux de change. « La gourde n’inspire pas confiance et les gens cherchent le dollar pour faire leurs transactions, créer un coussin de sécurité et s’enrichir par la spéculation en anticipant le taux de change », a soutenu Ronald Décembre, soulignant que cette mesure relative à la dédollarisation doit permettre à la gourde de capter la confiance des gens.

Par ailleurs, le secrétaire d’Etat aux Finances a fait savoir que la circulation de la gourde comme monnaie unique dans le système facilitera la Banque de la République d’Haïti (BRH) dans la conduite de la politique monétaire. « Cette mesure a aussi pour but de favoriser le système de marché des changes », a affirmé M. Décembre. Pour le secrétaire d’Etat aux Finances, l’idée de stopper la double circulation monétaire va permettre de garantir la stabilité des prix des produits sur le marché local et, dans un sens beaucoup plus large, de résoudre le problème de l’inflation.

Intervenant aussi sur les ondes cette station de radio de la capitale, l’économiste Thomas Lalime, a fait savoir que la vraie dollarisation s’observe dans les dépôts bancaires. 63% des dépôts dans le système bancaire sont en dollars selon le mode de calcul utilisé par la BRH, a fait remarquer M. Lalime qui préfère parler d’indice de dollarisation autour de 56%. L’auteur des Idées pour le développement envisage seulement deux façons pour que les autorités fassent respecter cette décision visant à la dédollarisation du marché haïtien. De son point de vue, elles peuvent recourir à la coercition ou du moins essayer de comprendre les raisons expliquant cette préférence pour le dollar en vue de prendre des mesures incitatives pour permettre à la gourde de gagner la confiance des gens.

Thomas Lalime voit une certaine efficacité de l’arrêté dans la mesure où il a été formulé ainsi : « Quand une entreprise affiche les prix en dollars, un client qui veut payer un article en gourdes, il le fera à partir du taux de référence de la BRH. A ce moment-là, toutes les entreprises choisiront plutôt d’afficher les prix en gourdes puisque le taux de référence est inferieur à ceux pratiqués par les banques », argumente l’économiste avant de poser cette question: « Si l’indice de dollarisation continue à augmenter pour atteindre 70 à 80%, que se passera-t-il dans l’économie avec cette mesure visant la dédollarisation ? »

Participant aussi à ce débat, Jerry Tardieu, député de Pétion-Ville, a souligné le manque de confiance des gens dans la gourde qui ne cesse de se déprécier sur le marché des changes à cause de divers problèmes : instabilité politique, coup d’Etat, balance commerciale déficitaire, déficit budgétaire, etc. « Je pose des questions, non pas sur la mesure visant la dédollarisation de l’économie, mais sur le timing. La décision a été prise hâtivement dans un contexte particulier… », a indiqué le parlementaire.

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