Le gouvernement Haïtien doit indiquer la provenance des ressources qu'il compte utiliser, selon James A. Robinson

Publié le 2018-03-05 | lenouvelliste.com

Le professeur James A. Robinson de l'université Harvard était intervenu dans la conférence baptisée « Mercredi de réflexion », organisée par la Banque interaméricaine de développement (BID) et la Primature la semaine écoulée. A l’issue de cette séance, portant sur la réforme de l’État, le politologue et économiste s’est confié au Nouvelliste sur la situation d’Haïti et sur les décisions à prendre pour sortir du bourbier. Durant son séjour en Haïti, l’expert mondialement reconnu a rencontré des acteurs du gouvernement, du secteur privé, de la société civile, du monde universitaire, des bailleurs internationaux. De toutes ces rencontres, il confie avoir appris des choses. « Je suis ici pour apprendre des problèmes en Haïti, comment pensent les gens par rapport à la situation, etc. Et voir si je peux apporter des connaissances ou des idées qui pourront aider les gens à aller de l’avant, c’est mon rôle », affirme M. Robinson.

Le professeur a été interrogé sur des conseils qu’il pourrait prodiguer aux acteurs rencontrés. James A. Robinson objecte. Selon lui, la situation d’Haïti est avant tout un problème pour les Haïtiens. « Je ne suis pas venu avec une recette. J’essaie tout simplement de fournir des idées, ou des exemples d’autres parties du monde », a-t-il dit. Le politologue a toutefois évoqué la politique de l’actuel gouvernement sans omettre ses suggestions. « Je pense que la politique du gouvernement actuel de renforcer la capacité de l’Etat, pour professionnaliser et bureaucratiser l’Etat, l’engagement du gouvernement pour travailler dans les milieux ruraux, tout cela est vraiment important », dit-il.

Cependant, nuance-t-il, la seule chose que je n’ai pas entendue est d’où proviennent les ressources. « Selon moi, le gouvernement doit avoir des discussions plus sérieuses pour indiquer la provenance des ressources, la manière d'augmenter les impôts, et la manière de convaincre les gens que leurs impôts vont être utilisés pour le bénéfice de la société. Et cette discussion manque pour l’instant », déplore-t-il. Dans la même veine, James A. Robinson pense que c’est aux Haïtiens de travailler pour le renouveau de leur pays. « Ils ne peuvent pas dépendre des bailleurs internationaux. Le développement vient du sein de la société. Ce sont les Haïtiens qui doivent faire avancer les choses », a-t-il fait savoir.

Le journal a questionné le professeur sur son rôle comme expert dans la rédaction d’une feuille de route permettant à Haïti de s’adresser aux bailleurs et investisseurs internationaux. Il a indiqué au Nouvelliste qu’il était très engagé pour essayer d’aider la BID à supporter le gouvernement haïtien. « Je suis très heureux de coopérer avec n’importe qui. Je pense que mes conseils seront utiles. C’est pour cela que je suis revenu. C’est pour cela que la BID m’a amené ici. Je travaille étroitement avec le gouvernement. J’essaie d’apporter mes connaissances pour faire en sorte que ce processus aille mieux », a-t-il assuré, soulignant que le gouvernement doit effectivement avoir une feuille de route.

James A. Robinson a fait écho du scepticisme de ceux avec qui on parle d’Haïti. Pour éliminer ce doute, il invite les dirigeants à produire des résultats. « Il y a beaucoup de gens qui sont sceptiques. J’entends ce scepticisme. Jusqu’à présent j’estime que les gens du gouvernement semblent être sérieux. Et c’est enthousiasmant. Mais il faut produire des résultats. Et ensuite le peuple haïtien sera convaincu de ce sérieux. Et c’est ce qui est important », tranche-t-il.

Haïti doit se réinventer par rapport à son passé

Par ailleurs, le professeur d’université a invité les Haïtiens à s’unir autour d’un projet collectif pour transformer le pays. Haïti, selon lui, doit se réinventer par rapport à son passé. « La Corée du Sud a souffert de l’exploitation et du colonialisme japonais. Mais ils se sont réinventés collectivement. Dans la Caraïbe, la Barbade est un endroit très prospère, très sécurisé où il y a beaucoup d’investissements dans le secteur public et dans les infrastructures. Mais la Barbade a souffert de plusieurs années d’esclavage. Pourtant ils ont trouvé une façon de créer une nouvelle identité, une nouvelle société pour avancer par rapport à leur passé. Et je pense qu’Haïti doit faire la même chose. Haïti est une république souveraine. Vous avez tous les éléments pour le faire. Ceci a été la première république noire dans le monde. Vous aviez fait la révolution, vous aviez renversé le colonialisme. Il faut célébrer cela et vous en servir comme outil pour aller de l’avant », a-t-il conseillé.

Il a lancé un appel à la société civile pour que celle-ci se mobilise. « Selon moi, il y a beaucoup d’inégalités en Haïti. Il y a des barrières pour la mobilité sociale et il faut que cela s’érode, ce pour qu’une nouvelle société puisse émerger. Les Haïtiens doivent trouver une façon pour communiquer, pour coopérer afin de trouver un projet collectif qui soit à l’avantage de tous. Un projet national commun. C’est ce dont Haïti a besoin », analyse l'économiste Robinson.

Propos recueillis par Frantz Duval et Roberson Alphonse



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