Bélizaire Printemps, de la militance à la Chambre des députés

Le député de la 3e circonscription de Port-au-Prince, qui brandit son ancrage à gauche comme l'œuvre de sa vie, est l'un des pourfendeurs du pouvoir Tèt kale à la Chambre basse. Bélizaire Printemps, accroché à ses origines, se veut le chantre de la cause des masses populaires.

Publié le 2018-03-20 | lenouvelliste.com

Être à l’heure? C’est un graal auquel ne touchent que très peu de politiques haïtiens. Mais le député de la 3e circonscription de Port-au-Prince semble être du lot, de ce petit cercle d’exception. Chemise blanche jetée sur un pantalon noir, sans agent de sécurité, Bélizaire Printemps – que tout le monde appelle Printemps Bélizaire –, se pointe, les pas haletants, entre les touffes de fleurs de l’allée menant au café de l’hôtel Le Plaza. Il croit qu’après l’heure n’est plus l’heure, sans perdre de vue le sens des détails. « Mon prénom est Bélizaire et mon nom Printemps. Dommage que beaucoup ne le sachent pas », jette, tout de go, le parlementaire, l’un des pourfendeurs les plus fielleux du pouvoir Tèt kale au Bicentenaire.

L’élu Lavalas, qu’on a vu dans une manifestation en chemise manches courtes dans le film GNB relatif aux convulsions politiques qui ont pourri le destin du pays en 2004, est un lavalassien pur jus. De militant fidèle au statut de parlementaire fidèle à sa ligne politique, Bélizaire Printemps cherche ici à donner du sens à chacune de ses actions, de ses sorties, loin des sirènes du pouvoir en place qu'il exècre sur tous les tons. « Jovenel Moïse est rentré illégalement au Palais national », n’arrête-t-il de ressasser, membre de Fanmi lavalas depuis 1995 et dont il ne s'est jamais séparé, malgré le départ forcé de leur leader charismatique du pouvoir en 2004, la traversée du désert qui s’en est suivie, l’échec à la présidentielle de 2016 et la reconfiguration du paysage politique, depuis.

Réminiscences

Le député de la 3e circonscription de Port-au-Prince, né à Bainet dans l’habitation Maréchal, dans le Sud d’Haïti, un 24 mars 1968, garde encore en mémoire, comme si c'était aujourd’hui, des instants de bonheur partagés avec les siens, dans la précarité certes, mais dans la dignité. Cette part de l’enfance enfouie sous les arbres tropicaux l’habite encore et continue à être le fil conducteur d’un cheminement dont la modestie est le moteur. 5e d’une fratrie de 11 enfants, Bélizaire, l’enfant qui n’a pas encore dix ans, a dû se séparer de son calme Bainet pour le grand bain dans le bruyant Port-au-Prince, comme s'est souvent le cas souvent pour beaucoup d’Haïtiens. S’en sont suivis son interminable séjour port-au-princien, son éducation à l’école Isidor, passant par l’école des Casernes (aujourd’hui lycée Fritz Pierre Louis) jusqu’au Collège Blaise Pascal.

L’homme, lui qui s’est cassé les dents en 2011 sous la bannière du parti INIITE dans sa tentative de s’offrir un siège dans la maison du peuple parce que son parti a boudé ces joutes électorales, a voulu intégrer l’académie militaire, après son bac en 1992. Pour quelqu’un qui, dès son jeune âge, a vécu la dictature et ses effluves, le choix n’était pas des plus simples. Il y est entré mais, vite, cette ambition est passée à l’as. Le jeune Bélizaire a tourné casaque, lui qui, dans la foulée de l’assassinat des trois écoliers gonaïviens en 1986 par des militaires en treillis, a gagné les rues en uniforme, comme d’autres écoliers, à Port-au-Prince. Celui qui a grandi à la rue de l’Enterrement, non loin du Collège Bird, du Parti unifié des communistes haïtiens (PUCH), vous dira qu’il a la politique dans l’âme.

Colère

Le député Bélizaire Printemps, qui est en colère de n’avoir pas réussi aux concours d’admission de la Faculté des sciences humaines et de la Faculté des sciences, et qui, enfin, s’est contenté de quelques cours comme auditeur à l’IERAH pendant trois ans, n’est pas un homme heureux. Pas qu’il soit insatisfait de son salaire, ou encore moins des privilèges que confère sa fonction, mais plutôt il s’enrage contre certains qui changent de camp comme on change de chemise, au Bicentenaire. « Les partis politiques sont à reconstruire », plaide le parlementaire, sensible à la cause des masses populaires dont il est issu. Son choix de se mettre sur la route des PHTKistes est axé, dit-il, sur une ligne idéologique. Pour lui, sa réalité sociale est intimement liée à celle des plus pauvres.

« Même si nous avons toutes les richesses du pays, nous ne pourrons jamais changer de classe », soutient-il, égratignant certains qui croient le contraire, peut-être naïvement, parce qu’ils sont des parlementaires. Bélizaire Printemps, dont l’élocution déclenche parfois des rires dans l’assemblée, veut rester fidèle comme un chien à son parti. Il veut, au Parlement, faire écho aux maux qui rongent sa vulnérable circonscription, bref, l’île tout entière. « Nous n'avons pas besoin de nous enrichir. Il faut plutôt que retournent, sous forme de services, les taxes que paie la population », enchaîne Printemps, formé en gestion de conflits, marié et père de deux enfants. Il se targue d’être le plus proche possible de ses mandants. Il est fier d’ « être minoritaire » dans la Chambre et d’ « être majoritaire » dans la rue.

Repères

Sa circonscription, là où logent Grand-Ravine et Ti-Bwa, étant donc gangrenée par la pauvreté, la violence et les gangs, Bélizaire Printemps a su surfer sur cette vague pour construire son nid, pour devenir le parlementaire qu’il est aujourd’hui. Puisqu’il est habitué à intervenir pour adoucir les colères, parfois pour refroidir ou en éteindre les ardeurs. Il invite à ne pas voir le banditisme en surface. « Pour débanditiser les quartiers populaires, il faut d'abord débanditiser l’État », peste-t-il, fustigeant un « État bandit » qui ne cherche jamais à contenir le mal à la source. Bélizaire Printemps, passé par le groupe 57 et Pitit lejitim tab la vers les années 1994-1995, en veut pour preuve des jeunes largués, sans métier, ni formation professionnelle, sur les chemins de l’enfer et qui, enfin, finissent, les têtes trouées au raz des caniveaux.

Bélizaire Printemps, qui a voté contre le budget 2017-2018, contre l’énoncé de politique générale de Jack Guy Lafontant, sait que son chemin est parsemé d’embûches. L’élu de l’opposition, qui reçoit des centaines de lettres de demande de subvention par semaine, indique que toute les portes du pouvoir leur [les parlementaires de l’opposition] sont fermées. Il explique même qu’ils sont irrecevables dans des ministères clés où leurs noms ont été acheminés. Quoique cela réduise ses marges de manœuvre, avec en face des attentes à combler, Printemps ne s’en plaint pas. Mais parce que la question de réforme constitutionnelle donne ces derniers jours du grain à moudre, il plaide pour un « changement de régime », lui qui, durant ses heures creuses, cherche ses repères dans les écrits de Marx.



Réagir à cet article