La diplomatie, l’un des grands chantiers du président Jovenel Moïse

Publié le 2018-01-25 | lenouvelliste.com

À elle seule, la réforme entreprise par le président Jovenel Moïse au sein de notre diplomatie, transformée ces dernières années en un hallucinant repaire d’oisifs et de privilégiés sans qualités intrinsèques pour la plupart, a valeur d’exemple. D’autant que rien n’est plus frappant que cette façon de remplacer la sinécure par le savoir-faire technique, la rente ou favoritisme politique par le mérite. Réforme : le mot fait peur en Haïti. C’est le chantier choc de sa présidence sur le plan institutionnel. Elle dit mieux qu’un long discours que sa volonté n’est pas vaine. L’ambition est assumée, les signes visibles affichés. À l’évidence, qu’on réduise le nombre pléthorique (ce que le président appelle « obésité » en langage fort imagé) et, répétons-le, souvent incompétent de contractuels et de fonctionnaires dans nos missions extérieures, cela est nécessaire, mais il importe surtout que cela soit fait avec méthode et en toute transparence. C’est ce qui est en train d’être fait. Mais pour que ça marche, foin de détours. En 2010, c’est-à-dire sous l’administration de René Préval, les représentations extérieures comprenaient seulement 186 recrutés sur place et 214 diplomates (400 au total) équivalant à 1.297.078.61 dollars américains. Par la suite, une nette augmentation a été constatée au niveau du personnel externe sous l’administration de Michel Joseph Martelly et la présidence provisoire de Jocelerme Privert. Cela n’avait évidemment rien de banal ni de simple. A l’arrivée du gouvernement actuel, le nombre était de 1 003 (pour les 49 missions diplomatiques) répartis en 488 diplomates et 515 contractuels (contrats expirés le 30 septembre 2017) nécessitant environ 4.5 millions US mensuellement, alors que 300 à 350 fonctionnaires diplomatiques auraient suffi pour gérer valablement les services extérieurs. Ce qui n’ira pas, au niveau des secteurs ou groupes d’intérêt touchés, sans mécontentements ni campagne de dénigrement et de désinformation. Après les mesures de redressement prises par l’administration de Jovenel Moïse, ils sont au nombre de 368 pour les services extérieurs. Au bureau central, il y a maintenant 601 fonctionnaires : les 83 contractuels ont été renvoyés récemment. Un trou béant ! L’objectif idéal c’est d’arriver à réduire la masse salariale à 2.5 millions. Pour arriver à compresser l’effectif des missions externes, pour arriver à le réduire à moins de 500 employés et cadres, le président de la République a dû faire preuve de courage et d’endurance. Quoi qu’on pense de l’actuel président de la République, il cherche à faire bouger les choses, à répondre de manière constructive aux problèmes nationaux.

Le Ministère des Affaires étrangères et des Cultes (MAEC) n’est pas la seule institution publique qui, face à une masse salariale exponentielle et improductive, mérite d’être redressée. Il y a aussi l’EDH, l’OAVCT, l’ONA, le ministère des Affaires sociales et du Travail, le ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle, le ministère de l’Agriculture, pour ne citer que les autres cas les plus connus dont le marasme budgétaire ou financier et le mode de gestion calamiteux en ont fait des « cas spéciaux » aggravés avant l’avènement au pouvoir de Jovenel Moïse. Ce sont des dossiers toxiques à approfondir, à vulgariser, en toute rigueur. D’énormes efforts ont été déployés, suivant les grandes lignes de la vision présidentielle en matière de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, par l’actuelle direction du Fonds d’assistance économique et sociale (FAES) pour appliquer strictement un mode de gestion propice à l’assainissement pour la promotion de l’équilibre budgétaire et la compétence technicienne. Il aurait été facile de tomber dans la chasse aux sorcières. Rien de tel ici ; le processus de redressement est la traduction d’une série de mesures dédiées essentiellement au bon fonctionnement de l’institution. L’expérience actuellement en cours à l’OAVCT a également valeur d’exemple où une bonne partie du personnel contractuel a été requalifiée et/ou réorientée avec un accompagnement approprié de l’institution.

Sans m’attarder au diagnostic comptable du MAEC, je m’attacherai aux quelques objectifs particuliers et principes universels (entre autres, celui de la rotation) que ce projet de réforme cherche à atteindre et aux solutions qu’il propose de manière visible sans désemparer. Pour l’essentiel, ce n’est pas ce que fait le président Jovenel Moïse qui est frappant, sinon osé. On pourrait définir ses options ici jusqu’à présent comme très rationnelles, judicieuses. Aujourd’hui sonne donc l’heure des choix décisifs, salvateurs. Aux yeux de plus d’un, il est un leader capable d’accélérer la réforme d’une diplomatie enlisée dans ses mauvaises habitudes, dans ses déficiences et dans ses modèles de la guerre froide. Cependant, il n’est pas seulement un réformateur en matière de gestion de politique publique. Mais plus que sa sobriété, c’est sa fermeté et les réponses franches aux questions posées qui suscitent des réactions diverses. Croyant en des valeurs progressistes et droit dans ses bottes, il est avant tout lui-même, c’est-à-dire le produit de la rencontre entre un chef de l’État volontariste et des circonstances difficiles. Fidèle aux idéaux de sa campagne électorale, il admet lucidement l’inefficacité flagrante de ce secteur, sans renoncer pour autant à l’idée de renouveau. Deux thèmes sont au centre du projet de réforme en cours : - la nouvelle Loi organique privilégiant une refonte de l’organigramme en priorisant une structuration nouvelle sur le plan géographique à la place de celle en vigueur depuis 1987 fixant une répartition thématique ; - l’élaboration de la Loi sur le statut des fonctionnaires diplomatiques et la carrière diplomatique ; - la Loi sur le protocole d’Etat ainsi que la Loi portant création, organisation et fonctionnement de l’Académie diplomatique Jean Price-Mars. Pour remplacer celle en application depuis 1958. Regardons-y de plus près.

La question centrale qui se pose est donc comment rendre efficace notre appareil diplomatique. Impossible de ne pas saluer et soutenir la démarche exécutée avec beaucoup de sérieux et de compétence par le ministre des Affaires étrangères, Antonio Rodrigue. Mais quel gâchis comme héritage ! Que de gaspillages insensés ! Ce qui a conduit à un ensemble de bêtises administratives comme la présence de 83 consuls et vice-consuls` haïtiens en République dominicaine non conformes aux dispositions de la Convention de Vienne, dénoncée par la Chancellerie dominicaine. Certains personnels diplomatiques peuvent rester en poste plus de dix ans dans un même pays – ce qui ne se fait nulle part ailleurs. Le rappel de la plupart des chefs de missions (il en reste d’autres, et non des moindres : Mexique, Venezuela, Taïwan, Etats-Unis, France, Canada, etc.) ne peut pas occulter la présence anormale de ceux ayant une nationalité étrangère et ceux qui ne détiennent pas d’accréditation. Outre la mise à la retraite de cadres diplomatiques pour rajeunir le personnel du MAEC, la fermeture de certaines ambassades (Afrique du Sud, Bénin, Colombie, Italie, Vietnam) est envisagée afin de respecter le principe de la réciprocité ainsi que l’ouverture de nouvelles ambassades. Le contexte international, marqué de plus en plus par le multilatéralisme ou l’émergence de nouvelles super-puissances, définira au juste le positionnement stratégique du chef de l’État plus encore que ce qu’il veut faire. Beaucoup reste à faire donc ! En politique, où nécessité fait loi, il est important de s’accrocher lorsqu’on est sur la bonne voie. Le mérite principal de cette réforme sera d’associer fortement la technicité, la compétence professionnelle à une chancellerie soucieuse d’efficacité et de rigueur en respectant le sacro-saint principe de la rotation, si souvent violé chez nous. Que cela soit effectif ! Car il n’y a pas de diplomatie sans diplomates et il n’y a pas de diplomates sans expériences. Ce sont bien sûr deux logiques qui se complètent. Reste, évidemment, à finaliser l’avant-projet de loi organique du MAEC. L’intendance doit suivre. C’est surtout aussi cela la base, ou le levier de toute réforme qui arrive à s’imposer. À cet égard, le succès présidentiel qui dépend des autres acteurs étatiques sera certainement un atout en politique intérieure. Il reviendra au Parlement, en particulier le Sénat, d’accompagner l’Exécutif dans sa louable et pertinente politique de changement. Là, nous sommes dans le domaine de l’expectative, de l’incertitude, mais je m’appuie sur un constat : l’administration publique haïtienne est certes sclérosée, rebelle aux changements dictés aussi bien par l’intérêt général que par les exigences redoutables de ce XXIe siècle en profonde mutation (internet, énergies renouvelables, globalisation financière, intelligence artificielle, cyberattaque, réchauffement climatique, vagues migratoires, menace nucléaire, etc.), mais on doit s’obstiner à la transformer. Inexorablement. Sans peur ni esprit partisan. Comme le fait avec fougue le président Jovenel Moïse ! Les réformes, dans l’administration centrale en général ou dans la diplomatie en particulier, ne sont pas une option : Haïti doit s’adapter ou notre génération passera dans l’histoire comme celle qui aurait condamné définitivement le pays.

Le thème de la refonte de l’organigramme du MAEC pose, d’une façon précise, des questions en définitive identiques sur le sens et les enjeux de la Loi sur la carrière diplomatique. Beaucoup plus fondamental donc est le débat sur le principe de recrutement du corps de fonctionnaires diplomatiques, il concerne non seulement le fonctionnement de la chancellerie, mais, à la limite, l’efficacité de celle-ci. Est-ce le préalable à la réussite de la réforme, à sa pérennité ? Il est possible de le penser. On voit à quel point, envisagé dans ce sens le débat porte sur la fonction même de la formation universitaire et du perfectionnement des cadres, ce que le président Jovenel Moïse a souligné suffisamment à travers sa propension pour les appels à candidatures en s’appuyant en la matière sur les compétences normatives de l’Office de management et des ressources humaines (OMRH). Or c’est bien de cela qu’il s’agit aussi : non seulement de savoir mener à bien une réforme comme il le fait avec sa témérité parce qu’elle est bonne, remarquable, nécessaire mais de trouver des relais et des ressorts dans la société globale en vue de sa consolidation. Mais qu’il en ait pris, sans hésiter, allègrement, le risque montre bien que son engagement patriotique et son sens de l’Etat transcendent les intérêts de clans qui ont rendu notre diplomatie inopérante et stérile, bref « moribonde ». Ce n’est pas seulement le contexte international et le passage d’un monde hier encore unipolaire à un monde qui hésite dangereusement entre une multipolarité singulière (Etats-Unis / Chine / Russie) ponctuée d’entités chaotiques et de forces belliqueuses qui font que Jovenel Moïse est dans son effort de remodelage de notre appareil diplomatique nécessairement laborieux et obligatoirement motivé.

Reste que la référence à la « compétence » ne peut se faire impunément, sans une vision diplomatique adaptée aux temps actuels dont l’un des défis clés et angoissants a trait aux phénomènes migratoires, climatiques et terroristes. Sans négliger les axes traditionnels de notre politique étrangère et tout en restant sensible aux enjeux mondiaux et à leurs implications sur le plan des alliances à construire, la République dominicaine, les Etats-Unis, la CARICOM constituent les intérêts majeurs pour notre pays. C’est l’intérêt national qui impose de s’interroger sur les représentations géographiques à sélectionner et à privilégier : la rigueur des choix et des changements doit impliquer donc des avantages pour le pays. C’est le moins qu’on puisse dire. Toutes les initiatives ou campagnes qui dénigrent, bloquent ou tentent d’éviter l’action réformatrice ne peuvent que renforcer la mauvaise image du pays à l’étranger et l’inefficacité grimaçante de la diplomatie haïtienne dominée par tant de faiblesses et de retards intolérables. Il importe de réaliser, soutient le président Jovenel Moïse, une véritable réorientation, qui soit pragmatique et intelligente, et de défendre avec passion les intérêts du pays. Le dynamisme, il le fera toujours sien, car rien ne semble freiner sa défense du bien commun, indissolublement liée au renforcement de l’État de droit. Dans sa volonté d’aller à l’essentiel, de ne pas répondre à la complexité des problèmes, par la facilité et le défaitisme ambiant, il est aussi conscient du fait que sa crédibilité et sa réussite à l’international sont une de clefs de sa capacité à freiner la dérive de nos institutions.



Réagir à cet article