Conjoncture

Jovenel Moïse ou l'urgence d'apprendre de 2017 pour se réinventer en 2018

Publié le 2017-12-22 | Le Nouvelliste

L'année 2017 s'achève. Le 7 février 2018, Jovenel Moïse bouclera la première année de son quinquennat. Il a imprimé son style, un mélange de volonté, de grandes promesses, d'omniprésence médiatique à travers la Caravane du changement, de brutalité dans la prise de certaines décisions, de conflits inutiles avec d'autres pouvoirs. Sur le plan financier, contrairement à l'annonce de la poursuite du cash management de l'ère Privert/Jean Charles, l'administration Moïse/Lafontant a recours au financement du déficit budgétaire auprès de la BRH, c'est-à-dire trois milliards de gourdes pour les trois premiers mois de l'exercice 2017-2018.

L'Etat, sous Jovenel Moïse- privé du volume de ressources que générait PetroCaribe avant la baisse des cours du pétrole et peu gâté par des donateurs exigeants- vit au dessus des ressources collectées. Rien n'indique pour le moment si ce déficit a permis de réaliser des investissements générateurs de croissance du PIB. Il faudra encore attendre pour savoir où est allé l'argent utilisé dans le cadre de l'État d'urgence décrété neuf mois après le passage de l'ouragan Matthew. On sait seulement, selon le Premier ministre Jack Guy Lafontant, que le total des décaissements dans le cadre du relèvement post-Matthew avoisine les sept milliards de gourdes. La présentation du rapport détaillé des dépenses n'est toujours pas effectuée, comme si la transparence, la reddition des comptes promises par le président Jovenel Moïse avaient du plomb dans l'aile, éprouvent toutes les peines du monde à se matérialiser.

Le président ne lutte contre la corruption qu'avec des mots. A son actif, il a une série d'attaques quasi systématiques contre des institutions censées être en première ligne dans la lutte contre la corruption comme l'ULCC et l'UCREF. Ces institutions, a affirmé Jovenel Moïse il y a quelques mois, faisaient chanter des gens, objets d' enquêtes. Cependant, depuis qu'il est là, ces deux institutions et les parquets de la République n'ont pas encore lancé la traque des corrompus. Aucun grand procès n'est encore à l'affiche. L'attaque frontale, brutale de Jovenel Moïse contre le CSPJ sur la certification des juges et son aveu pour le moins choquant d'avoir signé sous pression la nomination de plus d'une cinquantaine de juges corrompus ont confirmé ce qui est plus qu'une ligne politique, en référence au dossier de surfacturation présumée de kits scolaires qui traîne en longueur, aux torpilles lancées contre le rapport Beauplan sur l'utilisation du fonds PetroCaribe.

Sans le savoir, le chef de l'Etat n'est, semble-t-il, pas habité par la volonté de s'informer encore moins, pour le moment, du besoin de corriger des mauvaises pratiques de gestion financière de la BMPAD, de braquer les projecteurs dans la pénombre des centrales vénézuéliennes, de comprendre un peu plus comment l'Ed'H est devenue cette artère ouverte pour le Trésor public. Il a pourtant navigué avec un certain succès en 2017, marquée par les manifestations d'ouvriers de la sous-traitance textile pour l'augmentation du salaire minimum et celles contre certaines dispositions du projet de loi de finances voté par la majorité présidentielle au Parlement. Le président, quelque peu ébranlé par ces mouvements, a cependant bénéficié de la maladresse de ses opposants, obnubilés par le pouvoir au point d'exiger son départ quelques mois seulement après sa prestation de serment. Si Jovenel Moïse a la baraka, le temps a cependant révélé que son plus virulent opposant n'est ni Moïse Jean Charles ni le sénateur Antonio Chéramy. Jovenel Moïse est le premier opposant à Jovenel Moïse. Il ne parvient toujours pas à maîtriser sa communication. Il affirme tant son statut de mâle dominant, de superchef qu'il rend crédible la thèse de ceux qui voient en lui un autocrate en puissance.

La première année de son quinquennat est de mauvaise augure pour la suite. L'inverse est aussi possible, si le président Jovenel Moïse peut et sait apprendre de ses erreurs. Il devra faire mieux en 2018. Parce qu'après la première année, en théorie, la plus facile du quinquennat, les vraies difficultés se présenteront comme la réalisation des élections sénatoriales, l'évidence que l'exécutif et le législatif, en dépit de l'apparence du contraire, s'entendent pour ne pas réaliser les élections indirectes afin de ne pas perdre le contrôle du Fonds de gestion des collectivités territoriales, une vraie caisse noire. Il faudra aussi espérer que l'économie ne dévisse pas trop brutalement, que les responsables des pouvoirs publics apprennent à retenir leurs pulsions dépensières.

Sur le CEP et la Cour constitutionnelle, deux questions épineuses, le président Jovenel Moïse devra décider. Il est attendu en 2018 sur le front de la politique, de la stabilité à maintenir parce qu'en Haïti où la création d'emplois n'est toujours pas (malheureusement) un indicateur de performance, personne ne s'attend à une croissance à deux chiffres du PIB, au retour rapide de l'espoir, de la lisibilité pour que les Haïtiens disent non à l'exode à tout prix. Le président Jovenel Moïse plus politique en 2018 devra combler le déficit de confiance qu'il a accumulé. Sa politique du fait accompli peut avoir miné son pouvoir de convocation et le peu de sincérité nécessaire pour faire un bout de chemin entre politiques et acteurs de la société civile. Pour Haïti, Jovenel Moïse doit se réinventer en 2018....

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