La mobilisation contre le budget ne faiblit pas

Publié le 2017-09-20 | lenouvelliste.com

La levée de boucliers contre la loi des finances 2017-2018 ne souffre d’aucune anémie, quoique le gouvernement ait publié le document dans le journal officiel Le Moniteur. Ce mercredi, à l’appel du leader de Pitit Desalin, Jean Charles Moïse, des milliers de participants ont pris part à une manifestation pour dénoncer la publication de ce budget. Les manifestants ont parcouru plusieurs artères de Delmas, de Pétion-Ville et du centre-ville de Port-au-Prince, de manière pacifique, sous le contrôle des agents du Corps d’intervention pour le maintien de l’ordre (CIMO).

Devant le Palais national, au milieu de plusieurs de ses sympathisants, assis sur un cheval à quelques encablures de la place Jean-Jacques Dessalines, Jean Charles Moïse ne décolère pas. « La communauté internationale doit noter que Jovenel Moïse, l’artisan de ce budget anti-peuple, n’a aucune légitimité. Cette foule est là pour le démontrer », estime-t-il. L’ancien candidat à la présidence en a profité pour rejeter d’un revers de main les allégations émanant du camp présidentiel selon lesquelles cette mobilisation serait financée par des pontes du secteur de l’énergie. « Nous avons organisé cette manifestation sans char sonore, sans bande de rara. Nous nous mobilisons avec nos ongles. Ils veulent discréditer ce mouvement, mais ça ne passera pas », a-t-il prévenu. Quelques minutes plus tôt à Lalue, MJC avait qualifié de provocation la décision de l’exécutif de publier, dans le journal Le Moniteur, le budget tel qu’il a été voté au Parlement. « Maintenant, nous n’avons d’autre choix que de lui demander de laisser le pouvoir », a-t-il asséné.

Les propos de Jean Charles Moïse font écho à ceux du député de la 3e circonscription de Port-au-Prince, Printemps Bélizaire. Celui-ci suggère à Jovenel Moïse, actuellement à New York dans le cadre de la 72e Assemblée générale des Nation unies, de rester à l’extérieur. « En faisant fi des revendications de la masse, Jovenel Moïse nous révèle son vrai visage de dictateur. Il doit prendre la même route que Roger Lafontant, François Duvalier et Jean-Claude Duvalier », a-t-il fait savoir.

Pour sa part, le coordonnateur du Conseil national des ouvriers haïtiens (CNOHA), présent également sur le macadam, a dénoncé un budget qui ne répond pas au besoin des masses défavorisées. « Nous avions demandé un salaire minimum de 800 gourdes. Le gouvernement n’avait pas répondu à notre demande. Maintenant, cette administration vient de publier un budget dans lequel les taxes augmentent de manière exponentielle. Et ce budget va certainement pénaliser ces mêmes ouvriers », dénonce-t-il. Une autre manifestante a estimé que le Président ne fait pas preuve de capacité pour diriger le pays. « Comment ose-t-il traiter des gens qui manifestent contre le budget de corrompus ? Le père de la corruption c’est lui. Sinon, il devrait se rendre, de son propre gré, en prison car il est inculpé pour blanchiment des avoirs », a-t-elle asséné.

"On n'est pas d'accord avec ce que Jovenel fait: il écrase le pays" accuse Jean-David Sénat au milieu du long cortège qui s'étend sur une des principales artères de la capitale. "Il avait dit qu'il mettrait de l'argent dans nos poches, il ne l'a pas fait. Il avait dit qu'il mettrait à manger dans nos assiettes, on n'a pas même de la terre à manger donc il faut que cette équipe de voleurs parte" conclut le manifestant en rappelant les slogans de campagne du président.

Depuis sa présentation en juillet, le budget national pour l'année fiscale 2017-2018 est contesté par l'opposition mais également par plusieurs économistes qui affirment que cette loi de finances va aggraver l'endettement du pays à l'économie déjà très fragile.

Face à ces avis négatifs, le parlement, majoritairement acquis au pouvoir en place, a tout de même largement voté le texte au début du mois.

Lundi, la grève générale, lancée par les syndicats des transports pour signaler la contestation face à ce budget, a été très largement suivi, transformant la capitale, d'ordinaire en proie à d'interminables embouteillages, en ville déserte.

Malgré cette grogne populaire, le gouvernement a publié tard mardi soir le document au journal officiel et c'est cette absence de conciliation qui frustre aujourd'hui les opposants.

"Le fait qu'il a publié le budget c'est une provocation faite au peuple haïtien et à nous les leaders politiques. Par conséquent, nous ne sommes pas responsables de Jovenel Moïse, le peuple va décider de son sort" a déclaré Moïse Jean-Charles, dirigeant de l'opposition initiateur de la manifestation. "Une alternative se prépare. Cette fois on prend notre destin en main: personne ne va pouvoir détourner notre mouvement pour satisfaire encore la bourgeoisie" assure l'opposant menant le cortège assis sur un cheval.

Défilant branches d'arbres en mains, les milliers de manifestants ont enchainé pendant plus de 5 heures les slogans et chants opposés au président, lui ordonnant de ne pas revenir en Haïti.

Le chef d’Etat a quitté dimanche le pays pour assister à l'assemblée générale des Nations Unies à New York. Il doit y prononcer son discours jeudi et revenir vendredi en Haïti.

Après la fin du parcours officiel de la manifestation devant le Palais national, quelques centaines de militants ont voulu se rendre devant le siège du Parlement haïtien au Bicentenaire. Ils ont buté sur une haie d’agents du CIMO tout près de la Primature. Ces forces de l’ordre ont dispersé ces quelques centaines de manifestants qui lançaient des pierres. Des tentatives d’érection de barricades de pneus enflammés ont échoué. L’usage de gaz lacrymogène par la PNH a causé des dommages collatéraux au bas de la ville, notamment à la grand-rue et la rue des Casernes. Les organisateurs de la manifestation donnent rendez-vous ce jeudi pour la poursuite de la mobilisation.



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