A Bel Art/ Bel-Air: Nou pran lari-a

Jean-Robert Alexis et Gilberson Cyprien pour un duo à Bel Art

Publié le 2017-08-24 | lenouvelliste.com

Les deux artistes Gilberson Cyprien (Bel-Air) et Jean-Robert Alexis (Grand-Rue) travaillent assidûment à leurs ateliers pour préparer le vernissage de l’exposition pour le samedi 2 septembre - en duo, au local de Bel Art, en face du Complexe du Bel-Air, sous le patronnage du mouvement « Nou pran lari-a ».

Deux moments ont marqué l’orientation de la vie artistique de Jean-Robert Alexis, l’artiste-peintre venu de l’Artibonite : sa rencontre avec l’artiste récupérateur Céleur Jean Hérard de la Grand Rue et son intégration au mouvement « Nou pran lari-a ».

Pourtant, son cheminement est marqué par son intégration à l’atelier d’Ismaël Saincilus –l’artiste-phare de l’Artibonite, à ses débuts – jusqu’à l’âge de dix-neuf ans environ, avant la mort de celui-ci, en 2000. Influencé par cet aîné, le travail d’Alexis rappelle visiblement les touches d’Ismaël.

Deux ans après l’assassinat de sa mère, une tante l’a accueilli à la capitale pour continuer avec ses études. Il s'est inscrit, en 2012, à l’ENARTS (Ecole nationale des arts).

À la Grand-Rue où il habitait, il fréquentait les ateliers d’André Eugène, de Guyodo, de Céleur Jean Hérard, les créateurs du fameux mouvement « Atis rezistans ».

L’éclairage de Céleur Jean Hérard

Pour vivre et survivre, il n’abandonnait pas la peinture. Bien imbu des principes de travail du maître Ismaël, il reproduisait, à l’époque, au gré des commandes de la clientèle, des paysages, des marchés, des scènes de toutes sortes de la vie courante. Cette manière de « gaspiller » son talent a été critiquée par le récupérateur Céleur Jean Hérard. Celui-ci lui a fait comprendre qu’il possède des aptitudes en peinture et qu’il n’a guère intérêt à dissiper son talent dans des reproductions, sans valeur. Cette remarque n’est pas tombée dans les oreilles d'un sourd.

Jean-Robert Alexis a réorganisé sa production. Il s’est créé un autre monde, avec d’autres motifs, d’autres merveilles. Alexis s’est réfugié dans les mystères, l’invisible, l’insolite, l’imploration des dieux. Il s’intéresse surtout à l’histoire précolombienne – les Taïnos.

Dans sa quête du merveilleux, il mélange le réel, les monstres, les dieux, les ancêtres, les Taïnos et leurs symboles pour dégager une autre archéologie, une autre cosmogonie, une autre puissance dans ses toiles.

Jean-Robert Alexis a réorganisé immédiatement sa production. Il s’est créé un autre monde ; il a utilisé d’autres motifs, d’autres merveilles. Alexis s’est réfugié dans les mystères, l’invisible, l’insolite, l’évocation des dieux.

Dans sa quête du merveilleux, il mélange le réel, les monstres, les dieux, les ancêtres (les Taïnos et les Amérindiens), leurs symboles pour susciter une autre puissance. Il cherche surtout à protéger la nature contre les méfaits de destruction venant de l’homme.

L’artiste peint ainsi une autre histoire nourrie de l’histoire précolombienne, l’histoire des dieux, des divinités, l’histoire des formes d’adoration (insignifiante à nos regards immédiats), mais quelles souvenances de la mémoire, du patrimoine de notre propre culture de peuple ancrée, d’abord, dans l’histoire des plus reculées, comme celle des Amérindiens, des Taïnos. Il se ressource dans l’esthétique du délabrement, l’autre forme manifeste de la beauté.

Fort de cet élan (le renouvellement de la beauté), Jean Robert Alexis contruit une autre référence à la beauté, à ce que nous prétendons être beau. Il s’appuie, à la fois, sur l’histoire ancienne, l’histoire précolombienne, l’histoire des dieux ou des divinités, l’histoire des lieux, de la mémoire, du patrimoine matériel et immatériel, mais aussi c’est l’apparition de la divinité avec ses instruments dont le cep dans ses créations parfois macabres ou choquantes.

« Nou pran lari-a », selon Alexis

L’artiste s’est investi dans ce mouvement, pour plusieurs raisons. Parmi lesquelles, il jouit, à son sens, de plus de visibilité, d’une part, au niveau du milieu d’exposition : cette fois-ci, au Bel-Air. D’autre part, les gens –les voisins, l’entourage- ne savent pas que ce personnage est un artiste. L’exposition leur fournit une occasion en or de nous découvrir. L’artiste-peintre Alexis nous en donne une preuve : il avait exposé à la place Ste-Anne (en juin dernier) ; les gens de la Grand-Rue où il habite ne savaient pas qu’il était un artiste. C’est le show patronné par « Nou pran lari-a » durant une demi-journée sur la place publique qui a permis à ces regardeurs de le repérer.

Cette exposition au Bel-Air présente une particularité : elle se déroulera devant tous les chefs, les notables, les grosses pointures du quartier du Bel-Air, les grands noms du secteur culturel, les représentants des ambassades intéressées à la culture (ambassade de Suisse, ambassade des États-Unis, ambassade de Finlande, ambassade de France), le ministère de la Culture et de la Communication, les propriétaires de galeries d’art, et des grands noms du secteur musical,etc.

D’un autre côté, l’exposition durera jusqu’à trois semaines au Bel Art en vue de permettre aux élèves de la localité, dont ceux du lycée Pétion, de faire connaissance avec des exposants de l’art contemporain, afin d’entrer cette forme d’art dans leurs têtes.

La génération d’art contemporain doit être formée dans cette discipline : conférences, vidéos, expositions, etc. afin de préparer ces jeunes à mieux apprécier l’art en évolution dans leur vécu.

Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr
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