Conjoncture

Jovenel Moïse: À quand la fin du one-man-show…?

Publié le 2017-08-16 | Le Nouvelliste

National -

Comme d’autres présidents avant lui, Jovenel Moïse fait l’apprentissage du pouvoir. Ses premiers pas montrent qu’il se croit capable de tout faire, convaincu qu’il réussira là où ses devanciers ont échoué. Le nez dans le guidon de ses promesses, il pédale, guide sa caravane et personne ne devrait questionner ses affirmations, mettre ses projets à l’épreuve de la rationalité, de la réalité de nos ressources budgétaires, de l’impossibilité de contracter des prêts non concessionnels sur le marché financier international après l’annulation de la dette d’Haïti.

Le chef de l’État, par rapport aux articles de presse sur sa promesse d’électrifier l’ensemble du territoire 24/24 en 23 mois, confie avoir beaucoup lu et surtout rit ceux qui doutent. Pour lui, ceux-là doivent se cantonner dans le rôle d’observateurs. S’ils se mettent sur sa route, il leur roulera dessus. Le train a déjà démarré, a averti le président en début de semaine, le même jour où le directeur de l’Ed’H, en conférence de presse, a indiqué que le niveau de subvention de l’État à la compagnie était à hauteur de 200 millions de dollars us sur une enveloppe budgétaire totale de plus d’un peu plus de 2 milliards de dollars.

La compagnie sous perfusion, dont le taux de facturation globale est de 36 %, n’a pas encore partagé pour l’exercice à venir un budget d’investissement pour rénover, pour étendre son réseau et matérialiser, rendre pérennes les mesures pour résoudre le problème commercial né du très faible niveau de recouvrement sur l’énergie vendue. Le black-out sur l’aspect financier du projet d’électrification 24/24 du pays ne permet pas de savoir si, après le vote par le Parlement des lois enlevant le monopole de la production, du transport et de la commercialisation du courant à l’ED’H et la création d’une autorité de régulation, le chef de l’État sera en mode concession, en mode partenariat public/privé. Là encore, la rentabilité financière sera l’objectif premier des investisseurs. L’homme d’affaires Jovenel Moïse devrait être le premier à le savoir.

Mais, généreux dans le verbe, il promet, promet et promet comme si Haïti était le Qatar ou un de ces pays riches du golfe. Sur un ton de campagne électorale, il a promis un aéroport à Ouanaminthe, se réjouit de la réfection de rues aux Cayes. Il parle, parle et laisse l’impression qu’il n’est pas dans la réflexion stratégique. Autrement, il aurait compris qu’il faut se rendre à l’évidence qu’avec le niveau de dégradation du parc Macaya et de tout le massif, les millions dépensés en infrastructures dans la ville ne feront pas long feu. Les nécessaires travaux de gabionnage, de profilage de berge n’auront que des effets limités. Les lits de l’Acul et particulièrement de la Ravine du Sud illustrent déjà l’étendue de la situation et du risque de catastrophe environnementale qui se précise parce que des autorités, sur une longue durée, réfléchissent sur des coins de table, sans intelligence pour intégrer les populations dans l’effort intelligent, rationnel pour stopper la dégradation et résoudre les problèmes environnementaux en amont.

Avec le président Jovenel Moïse qui éclipse les ministères, conforte l’administration publique dans sa paresse légendaire, il y a désormais le danger des promesses qui augmente. Parce qu’ils croient qu’il y a beaucoup de ressources, des juges, des professeurs…brandissent la menace de la grève pour exiger des ajustements de salaire. Si le Sénat ne fait aucune modification au projet de loi de finances 2017-2018, il peut y avoir des débrayages et la dégradation du climat social.

Le président Jovenel Moïse, mine de rien, ne se rend pas compte qu’il brûle les meilleurs moments de son quinquennat. Et qu’il ne devrait pas prendre pour acquis le silence des uns et des autres. Au Cap-Haïtien, il a été hué par une poignée de personnes. Qu’il s’agisse de partisans déçus, non « arrosés » ou d’opposants, le chef a eu droit à son premier revers public. Ce n’est rien. Une peccadille, à bien y réfléchir.

Cependant, très vite, si le candidat Jovenel Moïse ne devient pas le président Jovenel Moïse après six mois au palais national, il risque une grogne plus sérieuse à l’avenir. Personne, surtout les politiques, ne doivent sous-estimer le sens, ni les implications probables du départ en octobre prochain de la Minustah. Pour Jovenel Moïse, appuyé sans réserve par le Parlement, une large frange du secteur privé qui l'a financé, il y a des choix à faire.

Il doit être plus dans l’action stratégique à la tête d’un gouvernement qui participe réellement à la gouvernance du pays, tordre le coup à cette impression que ses ministres sont des béni-oui-oui obéissant aux directives de son cabinet privé au palais national. Il est aussi essentiel que le chef de l’État comprenne que maintenir la stabilité sociopolitique est sa première mission, à côté de la nécessité de créer de la lisibilité sur l’avenir, encourager l’entrepreneuriat privé qui se traduira par l’augmentation des bons de commandes pour beaucoup d’entreprises privées qui peinent à garder la tête hors de l’eau.

Sur le plan social, les départs massifs vers le Chili ou sur de frêles esquifs vers les Bahamas racontent la détresse des populations, leur conviction que l’avenir est ailleurs. Au lieu de perdre son temps dans son one-man-show, le président Jovenel Moïse, qui souffre comme d’autres chefs d’État avant lui de « commissionite », devrait peut-être se persuader de l’utilité des états généraux sectoriels de la nation. Sans forcer. Sans être contraint par la conjoncture.

Car rien ne dit qu’il aura la chance d’un Michel Martelly dont la fin du quinquennat a été sauvée par des gens de bonne volonté de la société civile lors que la situation se corsera à l’approche des prochaines échéances électorales, quand les déçus se transformeront en opposants acharnés, lorsque le temps aura raison des promesses mirobolantes. Dans son one-man-show, le président Jovenel Moïse tire les benéfices d'une surexposition médiatique. Il n'a pas de fusibles. C'est le grand risque de l'exercice. Dans sa science, il le sait sûrement...

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