En peu de mots

\"Il faut que quelque chose change ici\", a été le cri lancé par le pape Jean Paul II lors de sa visite en Haïti le 9 mars 1983. Vingt-deux (22) ans après, qu\'est-ce qui, à votre avis, a réellement changé en Haïti ?

Publié le 2005-04-08 | Le Nouvelliste

Charlotte B. Cadet (Ecrivain) Le pape Jean-Paul II, en visitant Haïti le 9 mars 1983, avait poussé le cri désormais mémorable : \'\'Il faut que quelque chose change ici\'\'. En même temps, il avait saisi l\'occasion pour mettre l\'accent sur certaines défaillances de l\'époque : \'\'Mais l\'Eglise a constaté aussi la division, l\'injustice, l\'inégalité excessive, la dégradation de la qualité de la vie, la misère, la faim, la peur d\'un grand nombre (...). 22 ans après, malheureusement, si le pape Jean-Paul II devait revenir en Haïti, en cette année 2005 il aurait fait la même constatation et aurait lancé le même cri peut être avec encore plus de force : \'\'Il faut\'\'..., car à mon avis, rien n\'a changé chez nous, le climat de terreur, la peur, la division, la haine, l\'injustice, l\'intolérance, les coups bas... sont les maîtres de l\'heure. Le citoyen haïtien, quelle que soit la classe sociale à laquelle il appartient, est désespéré et livré à son triste sort. Dr Georges Michel (Ecrivain, historien) Il y a eu, à mon avis, des changements positifs et des changements négatifs : - positifs :une vie politique qui n\'existait pas sous Duvalier et une liberté d\'expression totale qui est, à mon avis, la plus belle conquête du peuple haïtien depuis 1804 ; - négatifs : notre pays est en proie à un semi-chaos et son économie et son infrastructure sont détruites. Dr Kyss Jean Mary (Professeur à l\'Université) Ce fut un cri du Coeur. Le pape a compris qu\'un peuple, enfant de Dieu, ne pouvait pas continuer à vivre comme nous étions en 1983. Mais qu\'est ce qui a effectivement changé depuis ? C\'est encore du même au pareil ; blanc bonnet, bonnet blanc ; \'\' Kouri pou lapli, tonbe nan larivyè\'\'. Et le même cri est plus que nécessaire aujourd\'hui : « Il faut que les choses changent dans ce pays ». Georges Béleck (Homme de théâtre) Les Haïtiens doivent aussi changer pour que les choses changent réellement en Haïti. Le changement des choses passe par le changement des hommes, de la mentalité. Et l\'on constate malheureusement que les querelles intestines perdurent et ne font que nous enterrer, nous donnent l\'impression que le temps s\'est arrêté dans ce pays. J\'espère un jour que, nous les Haïtiens, nous prendront vraiment conscience des richesses de ce pays, de ce beau coin de terre et travailleront à son développement pour que demain ne soit pas comme hier ou du moins «comme aujourd\'hui» pourquoi ne pas le dire. Margaret Papillon (Ecrivain) Vingt-deux (22) ans après, tout a changé sauf que rien n\'a été changé dans le sens que l\'on espérait. Le changement n\'a pas été fait dans le sens positif. Il y a eu certes des changements mais pas dans l\'intérêt de la collectivité. Nous aurions dû travailler au développement du pays mais malheureusement, ça n\'a pas été le cas. C\'est dommage ! J\'espère vivement que l\'on pourra emboîter le pas à la globalisation. Paulette Poujol Oriol (Ecrivain) Je pense que le cri du pape, lancé en Haïti le 9 mars 1983, nous a aidés à nous débarasser d\'une première dictature. Et je pense que son action dans l\'éviction de la seconde dictature, celle dont nous venons de nous débarasser, a été, également, extrêmement importante, parce que le tyran de Tabarre n\'a jamais pu obtenir auprès du Vatican le support qu\'il aurait pu souhaiter. Jean André Victor (Agronome) Il y a un seul changement positif, à mon avis, qui est la liberté d\'expression. Il y a beaucoup de changements négatifs sur le plan politique, socioéconomique et environnemental. Et malgré tout, finalement on a constaté que l\'espoir a grandi au sein des populations urbaines er rurales pour un renouveau qu\'on attend encore. Marc Exavier (Ecrivain, professeur) Bien sûr en 22 ans, beaucoup de choses ont changé ; certaines dans le bon sens, d\'autres (pour la plupart) dans le mauvais sens. Beaucoup d\'illusions se sont perdues, beaucoup d\'espoirs sont morts ; l\'environnement s\'est dégradé davantage, des hommes se sont avachis ou avilis, des enfants ont grandi mal ou bien, les jours ont passé, le pays demeure une part de souffrance, une part de rêve. Deuils, deuils et mardi gras. Marcel Salnave (Ecrivain) Au niveau des institutions, quelque chose a réellement changé puisque nous sommes passés de l\'ère dictatoriale à l\'ère démocratique. C\'est bien d\'évoquer la démocratie, cependant, qu\'on se rappelle que celle-ci a besoin d\'être controlée dans ses manifestations essentielles pour ne pas se transformer en arnachie. Frantz Piard (Avocat) Le cri du Pape a été un cri approprié à la conjoncture des années 80 où l\'on pouvait pressentir déjà l\'effrondrement du bloc communiste et la montée du néolibéralisme et aussi la rupture avec le régime autoritaire un petit peu partout dans le tiers-monde caractérisé par une misère endémique des inégalités sociales criantes et des régimes on ne peu plus répressifs. C\'est dans ce contexte que le pape a dû prononcer ces paroles historiques et célèbres qui ont effectivement provoqué 3 ans après la chute du régime des Duvalier, dictature autoritaire et héréditaire. Les choses ont-elles changé depuis ? La réalite de la gravité des rapports sociaux au pays, le marasme économique, la crise politique et l\'ingouvernabilité de l\'Etat sont là pour prouver que les choses n\'ont pas changé d\'un pouce,ce, malgré les beaux discours politiques et l\'implantation forcée de la démocratie procédurale de 86 à nos jours. Jean Robert Simonise (Professeur) Le premier sens du message fut un appel à la liberté, la liberté a été acquise mais elle a été dévoyée par la haine. L\'autre sens fut un appel au changement de mentalité qui devrait évoluer vers des valeurs de partage et de solidarité à l\'égard des plus faibles. Des signaux positifs en ce sens sont perceptibles. L\'espoir va renaître... Dr Renald Dubuisson (Médecin) Je pense que cette déclaration du Pape Jean-Paul II, 22 ans après, beaucoup de choses ont changé, en ce qui a trait à la misère et la pauvreté. Nous vivons toujours une éternelle crise. Chaque gouvernement arrive avec son petit clan pour s\'enrichir et le peuple haïtien s\'accroupi de plus en plus dans la pauvreté. Si nous admettons que rien n\'est stable, qui n\'avance pas, recule, donc de jour en jour, Haïti comme nation reste et demeure dans sa grande pauvreté. S\'il y a l\'espoir, point d\'interrogation. Le pape Jean-Paul II, vu son carisme à travers le monde, n\'avait fait aucun effort pour aider Haïti à changer ou à entrer dans ce qu\'on appelle la globalisation qu\'on prone à travers le monde. Dr Rudy Hérivaux (Fanmi Lavalas) Dans La tourmente socio-politique dans laquelle se trouve aujourd\'hui notre pays démontre, hélas ! que ce cri lancé par le pape Jean-Paul II, le 9 mars 1983, est plus que jamais d\'actualité. Vingt-deux (22) ans après, les problèmes majeurs auxquels nous sommes confrontés n\'ont pas été résolus. Il y a eu, certes, une éclaircie politique à partir de 1986 et surtout avec l\'avènement au pouvoir de Jean-Bertrand Aristide en 1991 mais les dysfonctions chroniques qui rongent la société haïtienne n\'ont pas permis réellement la concrétisation du rêve démocratique et les changements profonds auxquels aspirent légitimement la population. Il est fortement souhaitable aujourd\'hui, dans un sursaut collectif, que tous les secteurs se transcendent pour apporter un écho favorable à cet appel du Saint-Père. Emmanuel Azémar (Ancien colonel des FAD\'H, psychologue) Bien des choses ont changé, cependant le Pape Jean-Paul II, malheureusement ne pouvait empêcher au soleil de se lever sur Haïti de 1983 à 2004. Paix à son âme. Mon pays entre-temps est libre non coopératif, en quête de démocratie et non souverain. Les couleurs nationales ont changé et notre bicolore flotte sans orgueil à côté d\'une kyrielle d\'autres qui juponnent sous le vent en lui clignant l\'oeil. L\'environnement continue à se dégrader. La démocratie prend du temps à s\'installer dans nos moeurs, l\'intolérance et l\'exclusion régnait en maître chez les bourgeois, ouvriers, chômeurs et parasites. Au niveau de la classe défavorisée chez les poitrinaires et en nette progression chez les \'\'moitrinaires\'\' (nos dirigeants).
Jean Samuel Pierre-Louis, Jobnel Pierre et Samuel Baucicaut Auteur

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